CHAPITRE SEPTIEMS
?}} Des couches corticales et ligneuses.
Drs observations intéressantes et curieuses ont été faites sur la formation de ces couches concentriques que l'on voit, dans les tiges ligneuses, envelopper Pétui médullaire, et qui se distinguent, d’après leur ancienneté et leur solidité, en bois, en aubier , en couches corticales. En remontant a leur origine, on reconnait que Ces couches ne sont que des modifications du tissu organique (réticulaire et cellulaire) amené à ces différens états par des moyens qu'il n’est pas donné à l’homme de connaître, quels que soient les efforts qu'il ait faits pour y parvenir. Il a observé des faits, mais les causes sont restées inconnues; il a établi des théories, mais leur démoustration n’est encore qu’un problème sans solution. Je ne peux entrer ici dans la discussion des opinions qui partagent les, physiologistes sur l’origine et la formation tant des couches ligneuses que des couches corticales, je dirai seulement les faits les plus importans qui ont été observés. Ainsi, nous reportant aux premiers développemens d’une tige ou d'un rameau, nous distinguerons dès la première année, à mesure que le végétal se fortifie, deux couches autour de l’étui médullaire, une intérieure, destinée à se , ENS en bois, et une extérieure, qui forme l'écorce. Au out de deux ans, il y aura deux couches de bois et deux d'écorce; d’autres ‘couches sont produites annuellement entre le.bois et l'écorce, et, à mesure que la tige grossit , les anciennes couches ligneuses, pressées par les nouvelles; se resserrent, se durcissent, et forment cette masse compacte à la uelle on a donné plus particulièrement le nom de bors : elle est entourée de couches plus modernes qui forment l’aubier, d'un tissu plus lâche, qui ne diffère en rien du bois dont il fait partie, et dont on ne peut plus le distinguer dès qu'avec l’âge il en a acquis la dureté. Le bois et l'aubier sont donc la même substance; la distinction qu’on y à établie ne sert qu'à indiquer le bois ancien et le mo- 4°. Livraison.
derne : Personne ne doute de leur identité. I1 n’en est pas de même des couches corticales, qui portent encore le nom de liber, et dans Fine se réfugie la force vitale des plantes à mesure que la partie intérieure se solidifie. Lorsque le liber est humecté, il se divise en lames minces, réticulaires à peu près comme les feuillets d’un livre, composé de vaisseaux allongés, superposés les uns sur les autres, formant un réseau dont les interstices sont remplis de tissu cellulaire.
La couche la plus extérieure du ZBer est revêtue d’une enveloppe herbacée qui forme. la partie superficielle des tiges : c’est un tissu cellulaire dont les vésicules sont remplies d’une matière verte, résineuse, la même qui occupe les vides du tissu réticulaire dans les feuilles, et qui enveloppe également les tiges, les branches et les rameaux. Cette enveloppe herbacée s’use, s’exfolie à l'air et se renouvelle ; elle pénètre dans les couches corticales, d’où elle tire son origine; mais à mesure qu’elle s’enfonce, ne recevant plus immédiatement l’action de la lumière, sa conleur verte s’affaiblit, et même disparaît entièrement entre les feuillets les plus rapprochés de Panbie.
La réunion des parois les plus extéricures des utricules qui composent l’enveloppe herbacée, forme l’épiderme, membrane très-mince, incolore et transparente lorsqu'on l'enlève isolément, et qui ne parait verte, ou de toute autre couleur, u’à cause de celle des substances contenues dans le tissu Cale L’épiderme se détruit sur les vieilles tiges, tombe en poussière, se détache par plaques et par lambeaux ; sur les jeunes rameaux il se renouvelle assez promptement, et ne cesse de se reproduire qu’autant que l’enveloppe herbacée elle-même est détruite sur les vieux troncs : au reste, quelle que soit laltération de cette enveloppe ou des cotiches corticales, l'observation nous apprend qu’elles se rétablissent , même lorsque le bois est mis à nu, surtout si ces accidens arrivent à l’époque de la grande abondance de la sève.
L’épiderme n’est pas toujours composé d’une seule membrane, on en distingue souvent rs appliquées les unes Sur les autres, comme dans le bouleau; on a encore
considéré le Jiége comme un véritable épiderme épaissi par la réunion d’une multitude de couches cellulaires. Quoique
(69 ) Jon n'ait pu jusqu'alors distinguer aucun pore dans l’épiderme, il est à croire qu’ils ont échappé à la faiblesse de nos yeux et de nos instrumens, étant reconnu que l’épiderme tant celui des rameaux que celui des feuilles, laisse échapper des matières visqueuses, et que c’est à travers cette membrane que pénètrent, dans les feuilles, les fluides gazeux
qu'elles absorbent et ceux qu’elles rendent.
J'ai parlé plus haut de la différence qui existait entre les tiges ligneuses dicotylédones et les monocotylédones : ces dernières n’ont point d’écorce; leur épiderme se détruit trèsrapidement et ne peut se renouveler ; Pintérieur de ces tiges iest pas divisé par couches, mais composé de fibres fasciculées, entremélées de moelle. Comme les feuilles sortent toujours du centre de Parbre ei de son sommet, elles ne s'ouvrent un passage qu'en pressant les anciennes fibres, qui se tassent à Ja circonférence, et formeut souvent un bois assez dur et compacte par l’oblitération de la moelle, tandis que les fibres du centre sont plus làches, la moelle plus active.
Les tiges des plantes herbacées sont organisées de même que les ligneuses; mais, comme elles périssent au bout d’un ou de deux ans, elles ne vivent pas assez pour que leurs couches intérienres puissent se convertir en bois; toutes sont pourvues d’un canal médullaire, de couches internes qui deviendraient ligneuses si elles existaient plus longtemps, et d'une couche corticale avec un tissu cellulaire plus. où moins abondant, placé sous l'épiderme.
Quant à la production des couches ligneuses et corticales, lexpérience nous a appris que les unes et les autres se formaient intérieurement entre le hiber et le bois : d’où il suit qu’en se multipliant elles forcent le réseau des couches corticales extérieures et plus anciennes à élargir ses mailles, qui finissent même par se déchirer, et occasionent ces profondes crevasses qui sillonnent le trone des vieux aïbres, tandis
1e les couches corticales plus modernes et plus intérieures ont leurs mailles beaucoup plus serrées : le contraire a lieu pour les couches ligneuses. Les nouvelles ou celles de l’aubier s'établissent à l'extérieur du corps ligneux, c’est-à-dire entre Pécorce et l’aubier. En augmentant l'épaisseur du bois, elles contribuent encore à lélargissement du réseau des couches corticales, et si leurs efforts agissent sur le corps
(70) ligneux, ce ne peut être qu’en le resserrant de plus en plus vers le centre. |
El est à remarquer que les couches dont nous parlonssont des couches annuelles, qui ne se distinguent qu’à cause de l'interruption de la végétation pendant l’hiver : ces couches sont elles-mêmes composées de plusieurs autres couches très-minces produites dans le courant de l’été, mais tellement adhérentes, qu'on n’apercoit entre elles aucun point de séparation, et qu’il est même difficile de les séparer par l’art. Si la végétation était interrompue et reprise plusieurs fois dans l’année, il est à croire qu’on trouverait, à la fin de chaque année, autant de couches qu’il y aurait eu d’interruptions.
La formation des nouvelles couches est une opération sur laquelle Les physiologistes ne sont point d'accord. La plupart ont pensé, d’après les expériences de Duhamel, que les couches corticales se convertissaient en bois. Il est possible qu’elles aient cette propriété; mais, en suivant avec attention ce qui se passe dans cette opération, il paraît résulter que le cambium, cette matière visqueuse dont nous parlerons plus bas, qui suinte au dehors de l’aubier et s'épaissit à sa surface, forme une couche ligneuse, tandis qu’une autre portion de cambium, qui transsude de la surface des couches les plus intérieures du liber, donne naissance à une nouvelle couche corticale, étant reconnu, comme je l'ai déjà dit, que tous les ans il se formait, dans les végétaux Higneux , une couche de bois et une de liber. Quelle serait donc la couche de liber qui se convertirait en bois ? Ce ne peut être une des anciennes, puisqu'elles sont repoussées en dehors par les nouvelles; ce ne peut être ces dernières, puisqu'on distingue celles qui se sont formées dans le courant dé l’année : mais ici se présente une autre difficulié. Sur un très-grand nombre d’arbres, les couches corücales sont bien moins nombreuses que les couches ligneuses; même sur les branches où lécorce ne paraît point avoir éprouvé d'altération. S’en suivrait-il de la qu’il ne se forme pas constamment une couche de liber tous les ans, ou bien qu'il s’en forme davantage de ligneuses, ou enfin que des couches corticales se convertissent réellement en bois? Les expériences de Duhamel portent à le croire, d’autres constdérations en font douter. Je suis loin de prononcer sur ces
(71) questions délicates; je renvoie le lecteur aux expériences faites par Duhamel, Knight, du Petit-Thouars, Mirbel, etc.
Telle est donc, en général, la constitution des tiges ligneuses, formées, comme je l'ai dit, par les modifications d’un seul organe primitif, le tissu organique, dont nous avons suivi les développemens et les formes diverses , à partir de la moelle jusqu'a l’épiderme. Pour plus grand éclaircissement, je vais rappeler en sens inverse les différentes ER qui constituent le tronc et les branches des végétaux
igneux.
La plus extérieure est l’épiderme qui recouvre toutes les autres parties des plantes, les tiges, les feuilles, les fleurs et les fruits , qui se détruit, se renouvelle, et souvent disapr presque entièrement sur les vieux troncs; vient ensuite l'enveloppe herbacée ou cellulaire, verte, tendre, succulente, quelquefois très-mince, qu'on regarde avec raison éomme une production de la moelle centrale, ou le dernier terme de ces prolongemens médullaires dont il a été question plus haut. Des auteurs lui donnent exclusivement le nom d’écorce , distinguant ensuite, sous le nom de couches corticales ou de Liber, ces lames minces, réticulées, appliquées les unes sur les autres, qui se suivent immédiatement, qu'on sépare avec assez de facilité dans certains arbres, principalement sur les jeunes branches, à l’époque de la plus forte végétation. Les couches ligneuses sont bien distinctes des corticales par leur masse, leur dureté : les plus jeunes portent le nom d’aubier ; les plus intérieures, serrées et compactes, celui de bois, dans le centre duquel se trouve l’étui médullaire, variable dans ses dimensions, même dans sa forme, très-remarquable par sa grandeur dans certaines espèces, comme dans le sureau, fort petit dans d’autres, et même quelquefois difficile à distinguer.
Tel est ce mécanisme, sublime dans sa simplicité, admirable dans ses résultats, que la nature a placé dans ce tissu membraneux, dans cet organe unique, dont les modifications donnent lieu au développement des diverses parties des végétaux, qui se resserre ou se dilate, s’amollit ou s’ossifie, prénd toutes les nuances qu’exigent les parties du végétal qu'il doit fournir, reçoit les impressions diverses des milieux dans lesquels il se trouve. À peu près indifférent à toutes les
formes, il peut devenir racine ou branche, feuilles ou chevelu, selon Les circonstances.
… Ce-tissu organique a une telle force vitale, que, si son développement n’était pas modéré par impression des élémens ; s’il n’était dirigé par une puissance secrette, d’après les vues incompréhensibles de la nature ; si la rapidité de sa végétation n’était arrêtée et déterminée, l’on verrait une fécondité, en quelque sorte monstrueuse, occasioner, par la trop grande multiplication de certæines parties, l'avortement d’antres parties plus essentielles. Siles prolongemens médullaires produisaient tous des boutons, comme ils en ont la faculté; si les rameaux se prolongeaient autant qu'ils le pourraient, enfin si les feuilles devenaient trop nn ce ne pourrait être qu'aux dépens des fleurs et des fruits : c’est ainsi que disparaissent ou restent stériles les organes sexuels par la trop grande multiplication des pétales.
Il n’est presque pas une seule partie des plantes qui ne puisse donner naissance à d’autres individus. L’extrémité d’un rameau mise en terre va produire des racines, et par suite une nouvelle plante; les feuilles elles-mêmes , surtout celles qui sont grasses, épaisses, sont susceptibles de s’enraciner. a a su profiter de ces dispositions; mais les circonskances qui amènent cette surabondance de végétation sont rares dans la nature : il faut, pour les produire, la patience, l’adresse et la longue expérience des cultivateurs, qui s'emparent de cette propriété génératrice pour multiplier une partie aux dépens d’une autre, selon Putilité qu’ils peuvent en retirer. Îls arrêtent, dans les arbres de nos vergers, la trop grande multiplication des rameaux et des feuilles pour avoir un plus grand nombre de fruits, ou bien ils suppriment ces derniers lorsque les feuilles sont l'objet principal de leur culiure, comme dans la plupart de nos plantes potagères. Ces opérations sont une nouvelle preuve que le tissu organique peut produire, presque indifféremment, toutes les parties des plantes; mais la nature s'est opposée à ce désordre en établissant une juste proportion dans les divers développemens de la végétation; elle dessèche dans ses anciens canaux cette moelle fécondante; elle ossifie, dans les arbres, Les couches herbacées des années antérieures, et ne réserve, pour l'entretien essentiel du végétal, que les couches corticales, et l'extrémité des prolondemens médullaires abreuvés dans l’écorce par la présence des sucs nourriciers; elle y tient en réserve une foule de
‘boutons, auxquels ellene permet de paraître qu’autant qu'il y a de grandes pertes à réparer ; elle a déterminé, dans cha-
que espèce, la grandeur et les autres dimensions qui pourraient être portées presque à l'infini.
Mais nous n'avons jusqu'ici considéré ces organes que dans un état d'inertie; nous avons cherché à reconnaitre leurs modifications, leurs attributs, leur position, il faut maintenant les voir eu activité : nous avons à rechercher les principes qui entretiennent leurs fonctions et contribuent à leur développement; nous ne pouvons les trouver, au moins comme cause secondaire, que dans Les fluides qui les abreuvent.
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