‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 128 sur 201 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Les feuilles.

IN ous avons laissé les boutons entr’ouverts, les feuilles | prêtes à sortir de leur berceau; déja la sève engourdie se ra- |nime dans ses canaux; encore quelques instans d'une tem érature humide et douce, et nous verrons ces arbres, que FF frimas avaient dépouillés de leur parure, la reprendre au retour des zéphirs, et les animaux retrouver dans les forêts l'ombre et la fraicheur; nous verrons un dôme de verdure se former, comme par enchantement, audessus de nos têtes. | La renaissance des feuilles est peut-être, de tous les phéno- | mènes de la nature, celui qui a Le plus d'influence sur la | plénitude de l'existence dans tous les êtres animés; celui ‘qui toujours inspire avec le plus de force l’étonnement et | ladmiration ; chacun en attend, avec l’annonce des beaux jours, le brillant cortége des fleurs, et les fruits qu'elles produisent et les richesses qu'elles promettent ; enfin les feuilles se montrent, et la nature, renouvelée, offre à nos regards le plus imposant, comme le plus brillant des spectacles. Si elles n’ont point le coloris séduisant et le parfum des fleurs, elles sont plus durables, plus nombreuses ; leur | couleur, d’un vert gai, ami de l'œil, repose agréablement la | vue. Soutenues la plupart par une queue mince, légère et flexible, elles se jouent au gré de l’air, qu’elles purifient | en l’aspirant, qu’elles renouvellent en le rejetant. Mais les

| feuilles ne sont pas seulement destinées à faire l’ornement de | nos forêts, à nous procurer des ombrages, ou à récréer nos | regards par la variété de leurs formes : elles ont des usages pus directs, des fonctions plus importantes à remplir dans acte de la végétation. Nous allons les suivre sous ces différens rapports.

1°. Attributs et fonctions des feuilles.

. Les feuilles peuvent être considérées comme les dernières divisions des rameaux; ou plutôt comme des expansions

Lo de leur écorce; mais elles sont bornées dans eurs dimensions; leur grandeur et leur forme sont tellement déterminées, qu’une fois développées, les feuilles ne qe plus croître en longueur ni en épaisseur : elles sont disposées de manière à mulüplier les surfaces, afin de présenter à Pair un contact plus étendu avec le moins de matière possible, en sens inverse des racines, qui multiplient leurs chevelus pour s’enfoncer dans la terre avec plus de facilité. Par cette disposition, les feuilles ouvrent a

très-grand nombre de pores, dont les uns pompent dans ce fluide les élémens propres à la perfection de la sève (voyez

chap. 8, pag. 77 ), tandis que d’autres donnent passage aux #

matières expulsées pes la transpiration.

La feuille est le développement des prolongemens médul-

‘air un

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laires, puisqu'elle est produite par un boutén, qui, lui- 32 À * Co ñ pie même, leur doit son origine; elle a pour base un faisceau M

fibreux, qui tantôt s'étend, presque des sa naissance, en une

lame mince et plate (dans ce cas la feuille est sessile) ; plus 4 |

souvent il se prolonge en une sorte de queue, qui porte le nom de pétiole (alors la feuille est pétiolée). Les fibres, très-rapprochées dans le pétiole, s’écartent à son sommet,

et forment, par leur écartement et leurs divisions, le sque- «

lette de la feuille (pl. , fig. 7). On a donné le nom de nervures et de veines à leurs nombreuses ramifications : à mesure qu'elles s’étendent, le tissu cellulaire, resserré d'abord entre les fibres, s’accroît, se dilate, et prend le nom de parenchyme. La surface extérieure des cellules qui le composent, se dessèche à Pair, et forme, tant en dessus qu'en dessous, l’épiderme de la feuille, pellicule d’une extrême finesse, percée d’une multitude de pores corticaux.

Ainsi organisées, il ne restait plus que de donner aux feuilles la position la plus avantageuse pour qu’elles pussent s’acquitter avec facilité de leurs importantes fonctions : elles vont, sous ce nouveau rapport, nous offrir des faits infiniment intéressans, et qui ont été en partie exposés par Bonnet avec une ingénieuse sagacité. Les feuilles, placées la plupart dans une position horizontale, présentent à l’air libre leur surfacesupérieure, et à la terre leur face inférieure. Cette position est tellement essentielle, que, si l’on courbe les rameaux d’une plante quelconque de manière que la face inférieure des feuilles soit tournée vers le ciel, bientôt

M L : Le

(13) toutes ces feuilles se retourneront et reprendront leur première situation. Si l’on place, dans une cave ou dans un cabinet , de petites branches garnies de feuilles, dont l'extréimité soit plongée dans des vases pleins d'eau, les feuilles présenteront leur face supérieure aux fenêtres ou aux souipiraux. Dans plusieurs espéces de plantes herbacées , telles que les mauves, les feuilles suivent le cours du soleil : le matin, on les voit présenter leur face supérieure au levant ; vers le milieu du jour, elles regardent le midi, et, le soir, elles sont tournées vers le couchant. Pendant la nuit ou par lun temps pluvieux, ces feuilles sont horizontales ; leur face | inférieure regarde la terre. Si nous observons les feuilles de Pacacia, nous verrons encore que, lorsque le soleil vient à les échanffer, toutes leurs folioles tendent à se rapprocher | par leur facesupérieure; elles forment alors une espece de | gouttière tournée vers le soleil. Pendant la nuit, ou dans un | temps humide, ces mêmes folioles se renversent en sens con- |traire, et se rapprochent par leur face inférieure; elles for- | ment alors une gouttière tournée vers la terre. |. Quoique nous ignorions encore le mécanisme de ces mou- | vemens, leur fin principale n’a point échappé à l'observa- | tion. Les feuilles sont destinées, comme les racines, à la | nutrition des plantes ; elles pompent dans l’atmosphère des sués nourriciers, qu’elles transmettent aux autres parties du végétal : la rosée qui s'élève de la terre paraît être le principal fond de cette nourriture aérienne; les feuilles lui présentent leur surface ünférieure garnie d’une infimté de petits tuyaux toujours prêts à l’absorber; et, ce qu'il est | bien essentiel de remarquer, afin que les feuilles ne se nuisent | pas dans cette fonction, elles sont arrangées sur les branches avec un tel art, que celles qui précèdent immédiatement | ne recouvrent pas celles qui suivent : tantôt elles sont placées alternativement sur deux lignes opposées et parallèles ; | tantôt elles sont distribuées par paires qui se croisent à angles droits ; d’autres fois, elles montent le long de la tige ou des branches sur une ou plusieurs spirales ; enfin, la surface inférieure des feuilles, surtout dans celles des arbres, est ordinairement moins lisse, moins lustrée, d’une couleur plus pâle que la surface opposée ; elle est couverte d’aspérités, ‘ou garnie de poils avec des nervures plus relevées, plus propres à arrêter les vapeurs et à en favoriser l'absorption,

tandis que la surface supérieure, lisse, vernissée, sans ner- M vures saillantes, semble être plus particulièrement destinée aux excrétions, et à s’imbiber des fluides calorique et lu-

mineux.

Bonnet a confirmé une partie de ces conjectures par des

expériences. Des feuilles égales et semblables prises sur le

même arbre, placées par leur surface inférieure dans des vases pleins d’eau, s’y conservent vertes des semaines et même des mois entiers, tandis que celles que l’on place par leur surface supérieure, périssent en peu de jours. C’est surtout à Papproche de la nuit, que la surface inférieure des feuilles commence à s'acquitter d’une de ses principales

fonctions, celle d'admettre par ses pores la nourriture qui M

doit réparer la déperdition causée par l’action du soleil.

Pendant le jour, surtout lorsqu'elles sont exposées aux rayons du soleil, les plantes perdent par la transpiration

plus qu’elles n’acquierent alors; c’est le moment des excrétions, et ce sont encore les feuilles qui sont chargées particulièrement de cette fonction. Plusieurs ont prétendu qu’elle s’opérait uniquement par leur surface supérieure, mais des expériences bien faites paraissent établir que la surface inférieure des feuilles sert aussi à la transpiration insensible. Constamment fixées à la terre, les plantes languiraïent,

ainsi que les animaux, si elles restaient immobiles : leur vie !

ne se soutient, ne se fortifie par une alternative de mouvement et de repos. Les feuilles, toujours agitées par Pair, sont encore les organes du mouvement : ainsi, pour lexécuter avec plus de facilité, elles sont la plupart attachées aux tiges par de longues queues minces et flexibles. L’expérience prouve que les plantes acquièrent d'autant plus de solidité et de force, que cette espèce d'exercice est plus violent. Les plantes des Alpes, exposées à l’action continuelle des vents, celles du Cap de D Pere où les tempêtes sont très-fréquentes, ont plus de fermeté et de roideur.

Enfin les ue si utiles pour la conservation des plantes, le sont encore pour celle de notre propre existence. Tandis que l'air atmosphérique est continuellement altéré et vicié par notre respiration, par les décompositions putrides, par les vapeurs qui s'élèvent du sein de la terre, et qui por-

me UE st a mit

tent dans les organes de la vie la destruction et la mort, M

les feuilles des arbres le purifient, le rendent plus salubre,

Conb ) en absorbant toutes ses parties non respirables, en décompo- | sant et en laissant échapper de leurs pores, surtout lorsqu elles | sont frappées par lesoleil, une grande abondance d’air vital ou d’oxigène, si précieux pour l'entretien de notre sante.

o°. F'eille et sommeil des feuilles. Phénomènes particuliers dans quelques-unes.

Les feuilles, pendant la durée de leur vie, présentent la | plupart un phénomène particulier qui ma point échappé au génie observateur de Linné : il a remarqué qu’elles | prenaient pendant la nuit, quelquefois même à l'ombre, et | dans des temps pluvieux ou humides, une position diffé- | rente de celle qu’elles affectent pendant le jour; il a consi- | déré cette position comme un état de délassement, et, le | comparant aux attitudes particulières que prennent les ani- | maux lorsqu'au déclin du jour ils veulent se livrer au | repos, il l'a nommé sommeil des plantes: c’est vers la fin | du jour, c'est au milieu de la nuit, et surtout lorsque le | temps est nébuleux, que les feuilles nous offrent ce spectacle intéressant. Linné l'ayant remarqué pour la première fois sur le Lotus ornithopodioïdes, soupconnant qu'un tel fait ne pouvait être isolé, en perd le repos ; il s’arrache au sommeil, | et va, pendant le silence de la nature, observer les plantes de |

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son jardin; chaque pas qu'il fait lui découvre une foule de merveilles inconnues jusqu'alors. Nul autre phénomène ne fut confirmé en aussi peu d'instans, par un plus grand | nombre de faits remarquables. Le premier, il nous a appris | que la position des feuilles, pendant la nuit, changeait la | physionomie des plantes à un tel point, qu’elles devenaient | très-difficiles à reconnaître d’après leur port; que cette con-

traction était plus frappante dans les jeunes plantes que dans

les adultes : il a démontré que l'absence de la lumière, bien | plus que le froid, était la principale cause de ce phénomène, puisque les feuilles se contractaient, pendant la nuit, dans les serres chaudes, comme en plein air; enfin il a observé que cette contraction faisait prendre aux feuilles des positions différentes, suivant que ces feuilles étaient simples au composées , et il pense que le but de la nature, dans cette diversité de moyens qu'elle emploie, est de mettre les jeunes pousses à l'abri des injures de l'air.

Linné distingue quatre positions différentes dans les feuilles simples : 1°. elles sont conniventes, ou sommeillent face à face, lorsque, étant opposées, elles s'appliquent si étroitement par leur face supérieure, qu’elles paraissent ne former qu’une seule feuille, comme dans l’arroche des jardins;.2°. elles sont enveloppantes, lorsque, étant alterues, elles s'appliquent contre la tige, comme pour protéger le bouton de leur aisselle, comme celles du sida abutilon; 3°, elles sont environnantes, où en entonnoir, lorsque, étendues horizontalement, elles se redressent, se roulént en cornet, entourent les jeunes pousses et les bourgeons, comme dans la mauve du Pérou; 4°. elles sont abritantes, ou pro-

tectrices, quand , portées sur de longs pétioles, elles s’abais- :

sent, pendent vers la terre, et forment une espèce de voûte ou d’abri audessus des fleurs inférieures, comme dans l’impatiens noli tangere.

Les feuilles ailées ou composées sont bien plus susceptibles de changemens de position : Linné les a signalées par les caractères suivans : 1°. elles sont dressées, ou face contre face, quand leurs folioles se redressent, et s'appliquent deux à deux l’une sur l’autre, comme les feuillets d’un livre, telles que celles du baguenaudier; 2°. en berceau, lorsque, étant ternées, les trois folioles se redresseut, se réunissent seulement à leur sommet, forment entre elles une cavité, et laissent entre leur base un intervalle; une sorte de berceau, qui cache et abrite les fleurs, comme daus le trèfle; 3°. divergentes, lorsque, dans les feuilles ternées, les folioles sont réunies à leur base, ouvertes ou écartées à leur sommet, comme dans le melilot; 4°. pendantes , quand les folioles se renversent ou se courbent pour garantir les bourgeons ou les fleurs, comme dans le lupin; 5°. retournées, quand le pétiole commun se redresse un peu, et que les folioles s’abaissent en tournant sur elles-mêmes, de manière qu’elles s'appliquent l’une sur l’autre par leur face supérieure, quoiqu’elles pendent vers la terre, comme dans les casées : ce retournement est d'autant plus singulier, qu'on ne pourrait l’opérer artificiellement pendant le jour, sans

courir le risque de briser les vaisseaux des pétioles particu-

liers; 6°. imbriquées, lorsque les folioles s'appliquent le

long du pétiole commun, le cachent entierement en se recou< » 4

vrant les unes les autres, telles que les tuiles d’un toit,

ET

| comme dans la sensitive; 7°. enfin elles sont rebroussées,

quand les folioles sont imbriquées en sens inverse des précé-

dentes, dirigeant leur sommet vers la base du pétiole com-

mun, comme dans le galega caribæa. .

Ainsi les plantes, lorsqu'elles se montrent à nous parées,

| pendant le jour, de tout leur éclat, ou das l'obscurité de la

nuit, repliées sur elles-mêmes, nous intéressent sous tous

| les rapports par une suite de phénomènes inattendus, et

nous séduisent de plus en plus par les charmes de leur étude. De quelle admiration elles nous pénètrent, lorsque nous

| parcourons, quelques heures après le coucher du soleil, ces

jardins peuplés de plantes de tous les climats! À voir leurs feuilles pendantes, leurs fleurs fermées ou renversées, nous

| sommes portés à croire qu’elles éprouvent, comme tous les | êtres sensibles et actifs, le besoin du repos; mais nous

avons vu que ce changement de position n’était qu’une pré-

| caution prise par la nature pour les garantir de l'humidité

des nuits.

Parmi les plantes à feuilles composées, il n’en est point dont le changement de position soit plus rapide, plus marqué que

| dans la sensitive : il n’est point borné aux folioles; 1l s’ob-

serve également dans les pétioles et les jeunes rameaux : Le seul attouchement suffit en tout temps pour l’opérer. M. Decandolle est parvenu à changer l'heure du sommeil de cette plante, en la plaçant dans un caveau obscur qu’il éclairait avec des lampes pendant la nuit. Lés feuilles, trompées en quelque sorte par cette lumière artificielle, s'épanouissaient comme à la lumiere du jour, et, plongées dans l'obscurité pendant le jour, elles se fermaient comme elles ont coutume

| de le faire pendant la nuit; mais quelques physiciens ont

| observé que cettesensitive, placée dans un lieu très-obscur, | veille et sommeille souvent aux mêmes heures que: lors-

qu’elle est dans son état naturel; et M. Decandolie n’a pu changer les heures du mimosa leucocephata , ni celles de Voxalis incarnata et de Voxalis striata, quoiqu'il eût soumis ces plantes à la même épreuve que la sensitive : d'où ilest à présumer qu’il existe, pour le sommeil des plantes, quelque autre cause que l'absence de la lumière : autrement : suffirait, pour le produire, de les mettre dans un endroit obscur.

Ce n’est pas seulement pendant la nuit que les feuilles

(118 ) prennent des positions différentes, on en voit plusieurs exécuter également pendant le jour, même à une vive lumiere, par un temps sec et chaud, des mouvemens qui paraissent quelquefois indépendans de l’état de l'atmosphère; et qu'on ne peut attribuer qu'à une sorte d’irritabilité difficile a expliquer. Nous avons vu plus haut, et chacun sait qu'il suffit d'approcher la main de la sensitive, pour lui voir incliner toutes ses feuilles vers la terre : d’autres mouvemens particuliers ont lieu pour plusieurs autres plantes. [l'en est une du Bengale, cultivée dans nos serres, l'hedysarum gyrans : ses feuilles sont composées de trois folioles; la terminale est très-grande, les deux latérales fort petites. Ces dernières , soutenues par un pétiole particulier articulé, ont un mouvement de torsion brusque, irrégulier, et tournent continuellement sur leur charnière; elles se meuvent en même temps de haut en bas, et se rapprochent ou s’éloignent de la grande foliole : quelquefois lune s’agite, tandis que l'autre se repose. M. Mirbel remarque que cette irénabilité est indépendante de la plante-mère; que la feuille, détachée de la tige, continue à en donner des marques; que même chaque foliole, fixée par son pédicelle ssl ointe d’une aiguille, se balance encore, et qu'enfin le pétiole, isolé, laisse apercevoir un reste d’irritabilité. Le même mouvement, mais bien moins sensible, se retrouve dans l’Aedysarum vespertilionis, lorsque ses feuilles ont trois folioles, ce qui arrive quelquefois. :

Nos rossolis d'Europe (drosera rotundifolia et angustifolia), petites plantes qui croissent dans les marais tourbeux, ont leurs feuilles arrondies ou ovales, chargées et bordées de poils glanduleux : lorsqu’on les irrite, ces poils se courbent, et la feuille prend la forme d’une bourse à jetons. Une plante de l'Amérique septentrionale, connue sous le nom vulgaire d’attrape-mouche (dionæa muscipula , Lin.) (pl. 12, fig. 7), exécute un mouvement très-rapproché de celui des rossolis, mais bien plus remarquable à cause de la constitution de ses feuilles : elies sont divisées à leur sommet en deux lobes réunis par une charnière le long de la nervure du milieu. Lorsqu'un corps quelconque, tel qu'un insecte, par exemple, vient à toucher la face supérieure de ces lobes, ils se ferment aussitôt en se rapprochant l’un de Vautre, croisent les cils qui les bordent, et, par ce moyen,

retiennent l’insecte captif. Tant que celui-ci se débat et se

meut, les lobes, plus irrités encore, restent constamment fermés : on les romprait plutôt que de les forcer à s’ouvrir ; mais lorsque, épuisé de fatigues, l’insecte cesse de se mouvoir, alors les Rss s'ouvrent, et le prisonnier recouvre sa hberté.

Les Indes nous offrent une plante bien plus étonnante encore, le nepeuthes (pl. 12, fig. 8). La nervure du milieu qui traverse les feuilles, se prolonge bien au delà du sommet en forme de vrille, se contourne, se redresse, et se ter-

| mine par une urne longue de trois à quatre pouces, sur

environ un pouce de diamètre, surmontée d’un couvercle à charnière, qui s'ouvre et se ferme à différentes époques, selon l’état de l’atmosphère. Cette urne se remplit d’une eau

| douce et limpide que distille la paroi interne du vase; alors

Purne se ferme assez ordinairement : elle s'ouvre dans le

| courant du jour, et la liqueur diminue de plus de moitié;

mais cette perte est réparée pendant la nuit, et le lendemain l'urne est pleine de nouveau et fermée par son opercule. Les sarracenia d'Amérique présentent à peu près les mêmes phénomènes (pl. 12, fig. 6) : leurs feuilles ont la forme d’un long tube conique ou ventru, souvent rempli d’eau, surmonté d’un large opercule redressé ou rabattu, selon les circonstances atmosphériques. Des mouvemens analogues se retrouvent dans les fleurs ; jen parlerai en traitant de ces dernières.

3°. Durée et chute des feuilles.

Si les feuilles n’eussent été créées que pour servir d’embellissement à la nature champêtre, et récréer la vue de l'homme, elles ne quitteraient, que remplacées par d’autres, l'arbre qu’elles décorent; mais la plupart disparaissent pendant six mois de l’année, et leur chute en automne nous attriste autant que leur retour nous a réjouis au printemps. Le spectacle n’est plus le même; leurs couleurs sont plus variées, plus nuancees ; elles sont d’un rouge éclatant dans le sumac, le cornouiller, etc. ; d’un beau jaune dans plusieurs espèces d’érables, panachées dans d’autres, d’un jaune pâle dans la plupart. Le vert, lorsqu'il persiste, devient plus foncé, presque noir; les feuilles du noyer brunissent: elles

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bleuissent dans le chevrefeuille : mais, au milieu de cette variété de couleurs, qui paraîtrait devoir encore plaire à l'œil, règne un certain ton de tristesse et de mélancolie, qui annonce a peu vont disparaître ces derniers ornemens de Ja nature végétale, et que nous entrons dans la saison des brouillards, des frimas et des vents. Toutes ont perdu cette fraîcheur de jeunesse, ce ton de santé et de force qui leur donnait, sur leur pétiole, une position si gracieuse : maintenant flétries, décolorées, leur forme est changée; le contour de leur limbe s’affaisse, son centre s’éleve, leur pétiole fléchit. Tristement inclinées vers la terre, le moindre vent les abat; le froid, l'humidité hâtent encore leur destruction : mais consolons-nous; le bouton est à côté de la feuille décolorée, et la terre a recu dans son sein la semence échappée de ses valves. Après avoir nourri les fruits jusqu'au moment de leur maturité, les feuilles se précipitent avec eux sur la terre pour les couvrir encore de leurs débris, protéger les jeunes pousses, et augmenter ensuite, par leur entière décomposition, la fertilité du sol sur lequel elles reposent. Ainsi cette apparente destruction est, dans l'ordre des choses , une nouvelle source de fécondité.

La vature a donc eu, dans la création des feuilles, un autre but que celui d’en faire une décoration champêtre: elle les a destinées, comme organes alimentaires, à fournir aux fleurs et aux fruits , ainsi qu'a toute la plante, les sucs uourriciers qu’elles épurent. Viennent-elles à manquer à l’époque de la floraison , ou avant celle de la maturation, le végétal languit, les fruits, à demi mürs, se flétrissent et tombent; mais quand ceux-ci sont arrivés au moment de la maturité, surtout si elle a lieu en automne, le cercle de la végétation annuelle étant achevé, et la même abondance de nourriture n'étant plus nécessaire, les feuilles perdent alors leurs -brillans attributs; leurs pores se resserrent et s’obstruent ; leurs fonctions s’exécutent mal; la sève, qui les entretenait, suspendue dans ses canaux, ne leur parvient presque plus : dès lors elles cessent d'exister, parce qu elles cessent d'être nécessaires. Au reste, la maturité des fruits

‘west pas toujours l’époque de la chute des feuilles : souvent,

surtout quand ceux-ci müûrissent de bonne heure, comme

dans l’orme, les feuilles persistent bien plus long-temps, k ‘À LA - »* .

parceque le végétal a encore besoin d’elles, qu'il continue

de ccm Lan dot

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| ses développemens à peu près jusqu'à l'automne; mais je

ne crois pas qu’on puisse citer l'exemple d'aucun arbre qui

| se dépouille de ses feuilles avant la maturité, au moins très-

avancée, de ses fruits. Cette observation ne pourrait-elle pas servir à expliquer, du moins en partie, la persistance des feuilles dans les arbres qu’on a nommés arbres verts. I est rare que leurs fruits mürissent dans Ja même saison: on sait que, dans les orangers, ils restent. plus d’un an sur Parbre ; que les fruits des pins, des sapins, etc., ne donnent leurs semences que la seconde année. Ces plantes ont donc besoin pendant plus long-temps du service des feuilles : ils les gardent.

À la vérité, il est des plantes dont les fleurs se montrent avant le développement des feuilles; mais aucune, à ma connaissance, ne donne de fruits avant d’avoir produit des feuilles : au reste, tout ce qui vient d’être dit sur la chute

| et la renaissance des feuilles, ne peut s'appliquer qu’à celles des végétaux ligneux. Quant aux feuilles des plantes herba-

cées, on sait qu’elles périssent avec la plante, et que celle-ci

| ne meurt qu'après avoir produit ses fruits : l'époque de leur maturité et de la dissémination des graines détermine celle | de la durée du végétal.

4°. Formes, dispositions et autres caractères des feuilles.

Les feuilles, par leur admirable diversité, offrent au botaniste une foule de caractères qui sont d’un très-grand secours pour reconnaître, dans chaque genre, la différence des espèces, surtout lorsque nous avons appris par l’obser-

|, YaLion à n’employer que ceux de ces caracteres qui sont tran- | chans et point susceptibles de variations : ils sont fournis par l'insertion, la forme, la consistance, la durée, la dispo-

sition, la structure et autres attributs des feuilles.

1°. Les feuilles, considérées d’après leur insertion, leur disposition et leur direction, sont radicales lorsqu'elles sortent immédiatement du collet de la racine (pl. 6, fig. 1 );

| caulinaires , lorsqu'elles s’insèrent sur la tige et les rameaux

(pl. 6, fig. 2, 3, 4, etc.); alternes, placées une à une par échelons autour de la tige (pl. 6, fig. 4, 5); éparses, lorsqu’elles sont très-nombreuses et disposées sans ordre autour

de la tige (pl.6, fig. 3); distiquées, lorsque, étant alternes, elles sont rangées sur deux côtés opposés de la tige ( pl. 6, fig. 6); imbriquées, quand elles sont éparses et qu’elles se recouvrent en partie les unes les autres, comme les tuiles

d’un toit (pl. 6, fig. 2); fasciculées, lorsqu'elles s’inserent M

plusieurs ensemble sur un même point (pl. 6, fig. 11); qua

Lé . ’ . . . , ’ posées, disposées par paires, sur deux points diamétrale- M ment opposés (pl. 6, fig. 1); croisées, lorsque, étant oppo- :

sées, les paires se croisent a angles droits, comme dans quelques espèces de véronique, de millepertuis, d’euphorbe, etc. ; werticillées, disposées en anneau autour de la tige, et formant une espèce d’etoile, étant plus de deux à chaque verticille (pl. 6, fig. 8, 9,10,1x).

Quant à leur direction, elles sont dressées lorsque, étant ee à l’horizon, elles forment avec ke tige un angle très-aigu ; appliquées, encore plus rapprochées ; ouvertes, horizontales, selon leur degré d’éloignement de la tige; relevées, a peu près horizontales ou inclinées, se re-

dressant à leur partie supérieure: elles sont encore courbées :

en dedans ; réfléchies, où courbées en dehors; pendantes, quand elles sont entierement abaissées vers la terre; nageantes, quand elles se soutiennent sur l’eau ; submergées, quand elles y sont tout à fait plongées.

D’après leur insertion, les feuilles sont pétiolées, soutenues par une queue que l’on nomme pétiole (pl: 7, fig. 12, 18); sessiles, lorsque, privées de pétiole, elles s’insèrent immédiatement sur la tige (pl. 6, fig. 6, ro); peléces ou ombiliquées, insérées sur le pétiole, non par leur bord, mais par un point souvent rapproché du centre de leur disque ( pl. 8, fig. 3, 8); conjointes , ou soudées par leur

base (comata), lorsque, étant opposées, elles se réunissent |

par leur base (pl. 8, fig. 10); décurrentes, leur base se prolonge sur la tige ou sur les rameaux (pl. 8, fig. 6); am-

plexicaules, lorsque, étant sessiles, elles embrassent la tige:

par leur base (pl. 8, fig. 8); perfoliées, la tige traverse leur disque (pl. 8, fig. 11); engatnantes où vaginales, leur base forme une espèce de tuyau qui entoure la tige, telles que celles des graminées (pl. 7, fig. 9).

En ps feuilles, considérées d’après leur séructure et leur

figure , sont orbiculaires ou rondes ; leur contour approche

de la forme d’un cercle (pl. 8, fig. 1, 9); arrondies ; quand

a D Te ee mm

(Cr28 ) d Lelles ne‘sont pas- exactement rondes (pl. 8, fig. 2); oblon- \gues, c’est-à-dire un peu plus longues que larges, comme celles du carlina vulgaris; elliptiques, deux fois plus longues que larges, et arrondies aux deux extrémités, comme | dans le convallaria maïalis; ovales, plus larges à leur base wà leur sommet (pl. 7, fig. 15); en ovale renversé, plus | ce au sommet qu'a la base (pl. 7: fig 14); paraboliiques , quand elles se rétrécissent insensiblement vers le som- |met, et se terminent par un bord arrondi (pl. 7, fig. 17); | cunéiformes , rétrécies en coin à leur base, élargies et obtuses à leur sommet (pl. 10, fig. 1); spatulées, larges et arron- | dies au sommet, allongées et rétrécies vers leur base (pl. 7, | fig. 10); lancéolées, allongées et rétrécies vers le sommet | (pl. 7, fig. 12); Ainéaires, étroites, allongées, et presque égales dans toute leur longueur (pl. 7, fig. 5); subulées ou en ulène, linéaires, puis rétrécies en une pointe très-aigue (pl 7, fig. 4); en épingle où aciculaires , menues, roides, | aigues , comme celles de plusieurs pins; capillaires , menues let très-flexibles, comme dans l’asperge; filiformes , séta- | cées, selon leur degré de finesse.

D’après leur forme, les feuilles sont cyZndriques , allon- | gées, et arrondies en cylindre dans toute leur longueur, | comme celles de la soude cultivée; demi-cylindriques, | comme celles du. pin sauvage ; fstuleuses, creuses, comme celles de l'ail, de l'oignon (tabl. 7, fig. 6); comprimées, aplaties latéralement, ayant plus d'épaisseur que de largeur, comme plusieurs mesembrianthemum ; ensiformes où en glaive, tranchantes aux deux bords, très-aigues au | sommet (pl. 7, fig. 7); acinaciformes ou en sabre , aplaties, | l’un des bords épais, l’autre mince, tranchant, recourbé en |arrière; en doloir, charnues, presque cylindriques à la | base, plates au sommet, un des bords épais et rectiligne, l’autre élargi, circulaire et tranchant, comme le mesem- | brianthemum dolabriforme; en langue, allongées, con- | vexes en dessous, obtuses au sommet; gibbeuses, charnues, | relevées en bosse aux deux faces, comme dans le crassula | cotylédon; deltoïdes, courtes, à trois faces, amincies aux | deux.bouts (tabl. 7, fig. 11); érigones, allongées en prisme | a trois faces, le jonc fleuri (butomus umbellatus ); tétra- | gones, allongées en prisme à quatre faces. . ‘En considérant les formes des feuilles à leur base, elles

sont en cœur lorsque, plus longues que larges, elles sont partagées à leur base en deux lobes arrondis ( pl. 7, fig. 16

17, 19); obliquement en cœur (pl. 8, fig. 12); en rein quand les lobes sont larges, très-écartés (le cabaret, asärum europæum); en croissant où en demi-lune, lorsque les lobes sont tres-étroits, et la feuille beaucoup plus large que longue (Aydrotyle lunata); en fer de flèche où sagittées, quand elles se prolongent en deux lobes aigus, peu écartés (pl. 9, fig. 2); hastées, quand les lobes sont tres-écartés, rejetés en dehors (pl. 9, fig. r ).

Considérées quant à leur sommet , les feuilles sont obruses, arrondies au sommet (pl 7, fig. 17); émoussées ou retuses, terminées par une tres-légère et large échancrure (pl. 10, fig. 4); échancrées (pl:10, fig. 1); tronquées, terminées brusquement par une ligne transversale (pl. 9, fig. 3 ); mordues, terminées par une ligne irrégulière, comme si le sommet avait été coupé avec les dents (caryota urens); aigués, terminées en pointe sans prolongement ( pl. 7, fig. 14); acuminées , quand la pointe est produite par le rétrécissement prolongé de la feuille vers le sommet (pl. 7, fig. 15); cuspidées , terminées par une pointe dure ou piquante (pl. 7, fig: 4, et pl. 6, fig. 12); mucronées, surmontées d’une pointe grêle, isolée ( pl. 7, fig. 5); oncinées, terminées par une pointe en crochet, statice mucronata ; tridentées , où términées par trois dents, quelquefois par quatre ou par cinq ; en cœur renversé, partagées à leur sommet en deux lobes arrondis, oxalis acetosella.

Considérées quant à la forme de leur contour, les feuilles sont entières où très-entières lorsque leur bord ou leur circonférence ne présente aucune incision (ph fig:x3; 17); crénelées, quand leur bord est divisé en dents ou crénelures: arrondies et obtuses (pl. 8, fig. 9); dentées, lorsque ces mêmes dents sont aigues et droites (pl. 7, fig. 15): elles sont denrées en scie lorsque ces dents dirigent leur

ointe vers le sommet dela feuille (pl: 7, fig. 12); denticulées, quand les dents sont extrêmement courtes (/actuca virosa); sinuées où goudronnées, quand le bord forme de légères sinuosités, des espèces d’ondulations (pl.8, fig. 1 5) anguleuses, lorsque leur bord a plusieurs angles saillans, en nombre indéterminé (pl. 9, fig. 3); panduriformes ou en «violon, lorsque, étant oblongues, elles ont de chaque côte,

Lai

F QTaT ) vers le milieu, une échancrure arrondie, rumex pulcher ; ciliées, bordées de poils comme les cils des paupières, juneus pilosus ; calleuses, entourées de Roi durillons, saxifraga cotyledon; cartilagineuses , . leur bord est distingué par une substance plus dure, plus sèche que celle de la feuille, comme dans plusieurs crassules et saxifrages ; épineuses, leur bord est garni de pointes dures et piquantes, les chardons, le houx ; déchirées, leur bord est partagé par des découpures inégales et difformes (pl. 9, fig. 6); rongées, lorsque, étant sinuées, leurs échancrures en ont d’autres plus petites et inégales, comme dans la jusquiame dorée; lyrées ou en lyre, quand les lobes latéraux sont peaits, en comparaison du lobe terminal, qui est très-ample (pl. 9, fig. 7); lobées, les incisions pénètrent à peu près jusqu’à la moitié du disque au plus, et forment des découpures élargies : elles sont bilobées, trilobées, à deux ou trois lobes, etc. (pl. 9, fig. 9, ro, 11). On les dit fendues, iquand les lobes sont très-étroits : elles sont pinnatifides , [quand leurs découpures sont très-profondes , un peu étroites, Jancéolées, et qu’elles s’étalent en forme d’aile ( pl. 9, fig. 8 ). + 3°, Les feuilles, considérées d’après leur composition, sont simples lorsque le pétiole n’est terminé que par une seule feuille (dans les planches 7, 8, 9, toutes les feuilles sont simples); elles sont composées lorsque le même pétiole porte plusieurs feuilles très-distinctes, auxquelles on a donné le nom de foioles (dans les planches 10,11, les | feuilles sont composées). Dans ces sortes de feuilles, les | folioles sont digitées lorsqu'elles terminent le pétiole com- |mun, comme autant de digitations, au lieu d'être disposées | sur ses deux côtés (tabl. ro, fig. 5) : dans ce cas, elles sont | binées, ternées, quaternées, etc. D’après le nombre de | folioles que le pétiole porte à son extrémité (pl. 11, fig. 6, 7,etpl.to, fig. 1, b), elles sont conjuguées quand leur | pétiole, très-simple, porte une seule paire de folioles op- | posées (pl. 11, fig. 6); bijuguées, trijuguées, quadrijuguées, etc., à deux, trois, quatre paires de folioles opposées (pl. ro, fig. 4, faille Piftisé ed à pédiaires lorsque | le pétiole se divise en deux à son extrémité, et que plusieurs folioles naissent sur le côté intérieur de ses divisions, comme dans lellébore noir : elles sont aïlées, pinnées où empennées lorsqu'un grand nombre de folioles sont rangées en .

(136 ) forme d’aile des deux côtés et le long d’un pétiole commun: (pl. 10, fig. 2, 3, 6, 7); ailées avec une impaire, termi-! nées par une foliole impaire (pl. 10, fig. 6); ailées sans ämpaire, terminées par deux folioles opposées, sans impaire (pl. 10, fig. 3); ailées à pétiole en vrille (pl. 10, fig. 2 )s. ailées. avec interruption : les folioles sont alternativement grandes et petites, comme dans la filipendule. |

Il arrive encore que le pétiole commun se divise, à sons sommet ou latéralement, en plusieurs autres pétioles par-1 tiels ou pétiolules, qui seuls portent les folioles ; alors les feuilles sont recomposées ou bin fois composées : telle est la rue des jardins. Quand les pétioles partiels sont terminaux, les feuilles sont dites bigéminées, si le pétiole se bifurque, et si chaque pétiole partiel soutient une paire de folioles, telles sont celles de l’acacie ongle de chat; biternées quand le pétiole commun se divise en trois autres, par+ tiels et terminaux, munis chacun de trois folioles, telles sont encore celles de l’epimedium alpinum ; mais quand les! pétioles partiels partent, non du sommet, mais des côtés du:

étiole commun, les feuilles sont bipinnées, où deux fois ailées, si les pétioles partiels portent des folioles disposées sur deux rangs (pl. 12; fig. 1 ); enfin les feuilles sont surcomposées, ou plus de:deux fois composées ( pl. 12, fig. 2); tripinnées, ou trois fois ailées, telles que celles de laralia spinosa.

On peut encore considérer les feuilles d’après leur-superficie :on distingue leur face supérieure tournée vers le ciel, 4 et leur face inférieure tournée vers la terre. Sous ces nouveaux rapports, les feuilles sont nues et lisses lorsque leur ; surface est unie, sans inégalités, sans po ni glandes ; co- 4 lorées, quand leur couleur diffère de la verte ; nerveuses, quand elles ont des côtes ou nervures saillantes dé s’étendent de la base au sommet sans se ramifier, le plantain, le! cornouiller ; veinées, munies de petites nervures très-rami- M fiées, l’airelle veinée; si/lonnées, marquées de petites excavations nombreuses et parallèles ; rédées, quand les portions de leur surface renfermées entre les ramifications des ner-# vures sont élevées et forment des rides, la primevère, las sauge des prés ; bullées, lorsque les rides sont concaves en dessous : le basilic à feuilles bullées ; ponctuées , parsemées de petits points concaves ou saillans, le millepertuis ; les

( 127 ) diosma ; mamelonées, chargées de points vésiculeux, charaus, ou de tubercules nombreux, la glaciale ; e/anduleuses, ou chargées de glandes à leur base, dans leurs dentelures

ou sur leur dos, le saule, la viorne, etc.; visqueuses,

gluantes, comme celles du seneçon visqueux; pubescentes, couvertes d’un duvet fin, court, un peu lâche, le sorbier ;

| velues, quand les poils qui les couvrent sont serrés et fré-

uens, la bétoine velue ; pifeuses, lorsque ces poils sont longs: et liches; soyeuses, quand ces poils sont mous, couchés,

| entassés et luisans, et qu'ils leur donnent un aspect soyeux

et satiné, la potentille soyeuse; cofonneuses où tomenteuses, chargées de poils abondans, entrelacés les uns dans les.

autres ; /anugineuses , si les poils entrelacés sont moins doux | et d’unecouleur moins blanche, lesmolènes ; rudes, scabres, | raboteuses, quand leur superficie est parsemee d’aspérités ;

hispides, hérissées, couvertes de poils roides, séparés,

| rudes au toucher, la viperine, etc.

‘Les feuilles fournissent encore beaucoup d’autres caractères dont je nai point parlé, mais qu’il suffit de nommer

| pour les comprendre. Au reste, je dois prévenir qu'ilne faut

pas attacher un sens trop rigoureux aux définitions des formes et autres caractères des feuilles; il en est peu qui offrent exactement les mêmes formes, quoique désignées par les mêmes expressions : elles s’en éloignent plus ou moins, même sur l'espèce à laquelle on les attribue. Il devient donc impossible de les caractériser avec une précision maihematique : ainsi, quand on dit que des feuilles sont ovales, lancéolées, orbiculaires, etc., on ne fait qu'indiquer les formes dont elles se rapprochent le plus. Quand elles semblent tenir le milieu entre deux formes, on l'indique par une double expression, comme ovales-oblongues, ovales-lancéolées, etc.; souvent aussi on onde mot de presque (sub), presque en cœur, presque ovales, etc., quand ces formes ne sont pas très-prononcées. |

Tout ce qui vient d’être exposé sur les feuilles ne se rapporte qu’à leur lame, excepté en partie ce qui regarde leur situation , leur direction. J'ai déja dit qu’on distinguait deux

parties dans les feuilles , Le pétiole, qui manque quelquefois,

et la lame, qui en est l'épanouissement. Le péuole ou queue de la feuille renferme, sous une enveloppe de tissu cellulaire, des trachées, de fausses trachées, des vaisseaux

poreux, réunis sous la forme d’un faisceau de fibres comprimées, très-serrées, qui ensuite s’étalent, se divisent, et constituent la lame ou la feuille proprement dite : ce sont ces mêmes fibres très-étalées qui forment, dans la feuille, les ner-' vures et les veines, ainsi que toutes ces petitesramifications disposées en réseau. Les caractères du pétiole ne sont point à négliger pour la distinction des espèces. Les pétioles sont simples où composés, cylindriques ou ren és; tubulés,

uand ils offrent un tube continu qui engaîne la tige, comme Le les cypéracées ; engafnans, quand leur gaîne est ouverte latéralement dans toute sa longueur : les graminées , etc. (pl. 7, fig. 9); bordés ou ailés, lorsqu'ils sont garnis latéralement d’expansions foliacées plus ou moins larges (pl. 11, fig. 5) ; articulés, offrant, à leur point d’attache ou à leurs divisions, un bourrelet où un étranglement, une marque quelconque, qui leur donne l'apparence de pièces soudées à la suite les unes des autres, robinia pseudo-acacia; cirriformes, contournées en vrille, clematis orientalis ; cürrtfères, portant des vrilles, smilax horrida; stipulifères, chargés de stipules ; glandulifères, munis de glandes.

Me

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