CHAPITRE DOUZIÈME
Des boutons.
| J USQU'ALORS nous n'avons vu que des troncs nus, des
branches et des rameaux sans parure : l'étude de leur organisation intérieure, à la vérité, nous a dédommagés de ce que nous perdions à l'extérieur ; elle était nécessaire pour nous initier dans cette suite d'opérations qui vont s'offrir
| successivement à nos regards. Avant d’en développer toute
la grandeur, il fant encore nous arrêter sur les parties des plantes qui en renferment les élémens.
Les rameaux sont nus; leurs feuilles ont disparu au retour des frimas ; mais de nombreux boutons les remplacent et doivent les renouveler : ce sont eux qui maintenant vont fixer notre attention ; c’est dans leur intérieur que nous allons découvrir la source de cette brillante parure que chaque année voit naître et périr. Un bouton est le berceau d'une nouvelle plante : isolé, il produirait un individu séaré; mais destiné à rester sur la plante-mère, à moins que | du cultivateur ne vienne l’en arracher, il ne lui est pas accordé de la quitter. Eile le nourrit, le développe, le fortifie, jusqu'a ce que lui-même soit devenu une partie inté- Le te, et qu'il puisse contribuer à en soutenir xistence. En effet, sans les boutons, l'arbre lene tarderait pas à périr : ce sont eux qui, les a éparent avec avantage les pertes des années précédentes ; c’est par eux que l'arbre prolonge son existence pendant une longue suite de siècles, que tous les ans il reprend, quoique sillonné par les rides de la vieillesse, tous les attributs de la jeunesse, et qu'il donne naissance À une postérité presque audessus de tout calcul humain.
On doit se rappeler qu’il a été dit plus haut que les boutons £taient produits par les prolongemens médullaires qui se rendent du centre de la tige dans l'écorce, où ils conservent toute leur force vitale, quoique oblitérés dans la partie
( 106 }), ligneuse qu'ils traversent. Tout est bouton dans les plantes, H4 : , je veux dire qu’il n’est presque aucune de leurs parties qui ne puisse en produire lorsqu'elles y sont, en quelque sorte, forcées par les circonstances : ils sortent de toutes les por-
tions de l'écorce, ainsi que des feuilles; il s’en trouve même w
dans les fleurs, sous le nom de bulbes j'en ai parlé ailleurs; mais, dans les plantes qui ne sont nullement contrarices dans leur développement, les boutons ont une place déterminée; ils croissent assez généralement à l’extrémité des rameaux et dans l’aisselle des feuilles. |
Quoique tous les boutons se ressemblent par leur organisation intérieure, qu’ils renferment, ainsi que les semences, l'embryon d’une nouvelle plante, il est cependant plusieurs de leurs parties qui restent quelquefois sans développement, Les uns ne produisent que des feuilles ; d’autres des rameaux, des feuilles, et par suite des fleurs; d’autres enfin semblent uniquement réservés pour la production des fleurs et des fruits. Tel est l’ordre ordinaire de la nature; mais, lorsqu’il est troublé par des mutilations, il arrive que tel bouton qui aurait fourni un rameau ; ne donne que des feuilles; tel quiaurait produit des fleurs, se développe en feuilles et en rameaux, et réciproquement ; d’autres enfin, qui, séparés avec adresse de la plante-mère, poussent des racines, et fournissent un iudividu isolé.
Dans l'ordre naturel , on distingue trois sortes de boutons,
les boutons à bois, quand ils produisent des branches et des :
feuilles , les boutons à feuilles, lorsqu'ils ne produisent que des feuilles ; enfin, les boutons à fleurs où à fruits, quand il n’en sort que des fleurs nues, ou seulem n 6 de quelques feuilles. Il ne faut pas con avec ceux que l’on nomme boutons de f tendent des fleurs prêtes à s'épanouir : c'est un bouton d’œillet, de rose, etc. Il est encore itiel de distinguer le bouton terminal et les boutons latéraux. Le premier, comme nous l'avons vu, est destiné au prolonge-
ment de la tige on des anciens rameaux ; les autres doivent
fournir de nouvelles branches ‘d’où résultent quelques mo- 4
dificatious qu’il est bon d'observer. ,
Le bouton términal s'établit à l’extrémité des tiges et des rameaux : il est uniquement destiné à leur prolongation ; il dépend de l'étui médullaire distendu par le gonflement de
| Ja moelle intérieure arrêtée momentanément dans son pro= | longement : c’est alors que se forment les premiers rudimens des feuilles appliquées les unes sur les autres, et les prin- | cipes à peine apparens de la nouvelle üige, le tout renfermé | dans des écailles de structure et de formes différentes. Les | extéricures sont ordinairement dures, sèches, luisantes, | comme vernissées, enduites de sus résineux, et tellement emboîtées l'une dans autre par leurs bords, que l'humidité | ne peut y pénétrer; les écailles intérieures sont molles, suc- | culentes | souvent velues, et enveloppées d’une bourre coton- | neuse. | |
Les boutons latéraux, destinés à former de nouvelles | branches, ne différent des précédens que par leur position : | ils sont ordinairement beaucoup plus petits, placés dans | Vaisselle des feuilles, d’abord peu apparens dans certaines | espèces, où ils restent enfermés dans la substance même de | la branche, et recouverts par la base du pétiole, ainsi qu'il arrive pour le platane, le ptéléa, etc.
Les boutons à fleurs ont tant de rapports.avec les précédens, qu'il ne faut que quelques circonstances ee qu'ils produisent des feuilles avec une nouvelle tige : ils n’en sont presque jamais privés; mais leur tige est tres-courte, sans prolongement, et ne supporte que quelques feuilles, comme dans la plupart de nos arbres fruitiers.
L'œil exercé du cultivateur distingue aisément les boutons à fleurs à leur grosseur, à leur forme arrondie, à leur sommet obtus, tandis que ceux à bois et à feuilles sont plus petits, plus allongés et pointus. Les boutons ne se ter pent que lentement, et ordinairement d’une année à l’autre; ils percent, déchirent l’écorce qui forme à leur base un petit bourrelet en anneau. Lorsqu'ils commencent à se montrer, les cultivateurs les désignent sous le nom d'œil : ils grossissent dans le courant de l'été, et deviennent des boutons proprement dits; ils persistent après la chute des feuilles, passent l'hiver à l’abri du froid dans leur fourrure cotonneuse, garantis de l'humidité par leurs écailles coriaces et vernissées. Ils n’attendent, pour se développer, que les influences du printemps : le moment arrive, ue bouton prend alors le nom de bourgeon (pl. 5, fig. 24); bientôt il s’enouvre, et c’est alors que s'exécute le bourgeonnement, Opération qui correspond à celle de la germination pour les se-