‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 134 sur 201 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

La corolle.

Tour ce que j'ai dit de ce charme séduisant attaché aux fleurs peut s'appliquer particulièrement à la corolle : c’est surtout pour elle que la nature a broyé les couleurs les plus éclatantes de sa ee qu’elle a dessiné les formes les plus gracieuses; mais, au milieu de ces brillans attributs, elle n’est en réalité que l’enveloppe immédiate d'organes plus importans. Ces belles formes que nous admirons ne lui ont joint été données uniquement pour briller à nos regards, elles ont une destination plus relative au but de la végétation. Après avoir protégé dans le bouton les organes sexuels, la corolle s’entr'ouvre; se déploie, et devient la tenture élégante du lit nuptial :les noces terminées, cette décoration disparaît, se flétrit, ou, si elle persiste encore quelque temps ; il est à croire qu’elle ne proionge sa durée:que pour concentrer dans l’intérieur de son tube, où réfléchir, par le poli de ses pétales, ces flots de lumière, qui se réunissent ; comme dans un foyer de chaleur, sur les ovaires fécondés, et en. accélèrent le développement.

Quelques auteurs sont portés à croire que le calice et la corolle ne sont qu'une modification du même organe : jé ne puis être de cetavis, et je vais présenter quelques observations qui tendront à prouver que ces deux organes sont nonseulement bien distincts, mais qu’il est encore possible, lorsqu'un seul existe, de reconnaître auquel des deux il appartient : pour cela, revenons un instant sur nos pas. Qu'est-ce qu’un calice ? C’est | avons-nous dit, une enveloppe: produite par le prolongement de l'écorce. Le calice est dans ses rapports tellement rapproché des feuilles, que quelque: fois il en affecte les formes, et n’en diffère que par une modification particulière : d’où suit une observation très-importante; savoir que, dans les fleurs doubles, dans ce luxe de végétation ‘qui bouleverse, confond, dénature toutes les parties des fleurs, le calice reste simple, ne se convertit

7°. Livraison.

jamais en pétales ; que tout au plus ses divisions s'élargissent, se déforment, ou se prolongent en folioles assez semblables aux feuilles ; qu’ilconserve sa couleur verte et sa rudesse. Sous des formes beaucoup plus aimables, la. corolle se présente avec des caractères qui en font un organe bien distnct, et qui aident à la reconnaître même quand elle existe seule. Je ne citerai pas ses formes plus variées, ses couleurs plus brillantes, ses parfums, sa contexture plus délicate. Quoique ces attributs ne se rencontrent que très-rarement dans les calices, nous en trouverons de plus tranchés dans la nature des pétales et dans leur rapprochement avec les filets des étamines. Rien n’annonce qu'ils-aient-aucun rapport avec les calices ; dont les divisions ne se changent pas plus en pétales, que les pétales en feuilles ; nous voyons au contraire, dans ra fleurs doubles, les étamines et même les pistüls prendre la forme des pétales, et quelques-uns, dans cette métamorphose, porter encore à leur sommet une anthère stérile : nous en trouvons une autre preuve dans les Heurs des malvacées, dont les filamens, soudés en un tube cylindrique autour du pistil, font corps avec la corolle, et ue sont qu’un prolongement de sa base; ailleurs, ces filamens sont greffés: sur les pétales, jamais sur le calice, comme je lai fait voir-plus haut. Dans les giroflées, les renoncules, les œillets, les pavots, les rosiers à fleurs doubles;.ete., les calices se montrent-uniquement avec-leurs divisions, tandis que les pétales se multiplient à l'infini aux

dépens des étamines. | 2 Une fois reconnu que la corolle seule se double, nous sonumes forcés de, regarder comme telle l'enveloppe florale de la tulipe, des narcisses, des jacinthes, etc., et, en général, celle de toute cette famille-des monocotylédones, dont les fleurs, malgré leur éclatante beauté ,-ont été, par plusieurs auteurs, rangées: parmi les calices. Dans ces mêmes fleurs et dans beaucoup d’autres, les nectaires, les appendices particuliers dépendans. des pétales, se multiplient comme eux: l’ancolie nous offre, dans son cornet éperonné, plusieurs autres cornets renfermés les uns dans les autres. Cette surabondance de végétation produit fréquemment des monstruosités singulières, mais qui n’affectent jamais que les corolles.. Ces particularités me:paraissent assez tranchantes pour nous faire reconnaitre, dans.un très-grand

nombre de fleurs à une-seule enveloppe, la nature de cette enveloppe, soit, dans les unes, d’après la multiplication des pétales, soit, par analogie, dans celles qui ne se doublentwpas. Je suppose que le lis ne se rencontre jamais doubi lui refuserai-je une corolle quand je vois à côté la tulipe et la jacinthe se doubler? Dirai-je que l’anémone n’a point de corolle quand j'apercois, au lieu de cinq pièces, une superbe rose composée d'un nombre infini de pétales disposées par zonesnuancées des plus vives couleurs?

On peut eucore faire entrer en considération la position respective des étamines, ou alternes avec les pétales, ou placées en opposition avec eux. On sait que, dans beaucoup de familles, ces dispositions sont constantes, etque, quand les étamines alternent avec les pétales, ces derniers alterpent également avec les divisions du calice, et qu’alors les étamines se trouvent en opposition avecdes divisions calicimales. Ces indications trompent rarement, surtout lorsqu'on étudie les plantes d’après leurs rapports naturels ; mais elles ne sont applicables qu'aux plantes dont toutes les parties sont en nombre déterminé, et lorsque ce nombre est égal dans chacune de ces parties : je ne parle pas de plusieurs autres signes de reconnaissance qui m’entraîneraient dans de trop longs détails, mais qu'il sera facile d'apercevoir par Fhabitude de l'observation. Ainsi ,:en réunissant toutes les observations antécédentes, il faudra, malgré l'opposition des étamines avec les pétales, admettre comme corolle, dans la famille des protéacées, l'enveloppe de chaque fleur, puisque, d’une part, cette enveloppe porte l’étamine, et que, de l’autre, elle est insérée sur le réceptacle, toutes ces fleurs étant d’ailleurs entourées d’une enveloppe générale, à laquelle on donne tantôt le nom de calice commun, tantôt celui d’involucre, selon la nécessité où l’on se trouve de la coordonner avec le système que l’on veut établir. J'en dirai autant de la famille des laurinées, dont les étamines sont soudées à la base de chaque pétale, ainsi que des plantaginées, dont la corolle monopétale adhère par sa base avec les filamens des étamines : ajoutons-y les nictaginées et les der mais , dans les polygonées, les atriplicées et es amarantacées , leur enveloppe est un véritable calice d’après les principes que j’ai-exposés plus haut.

Touruefort a posé en principe que le calice était destiné

pour la conservation de l'ovaire, soit quil l'enveloppe sans y adhérer, soit qu’il fasse corps avec lui et en devienne le péricarpe : il a fait de cette distinction les sous-divisions de plusieurs de ses classes. En conséquence de cette à se, il donne, dans les enveloppes simples, le nom de Me à toutes celles qui adhèrent avec l'ovaire : il en est résulté ge dans la famille des liliacées, la brillante enveloppe des leurs porte le nom de calice ou de corolle, selon qu’elle est adhérente ou non adhérente avec l'ovaire. 1] a été plus loin: entraîné par les conséquences de ce principe, il distingue deux parties dans les enveloppes adhérentes : la partie in= férieure, qui fait corps avec ue et qu'il nomme calice; la partie supérieure, qu'il appelle corolle, quoiqu’elle ne paraisse être que la continuation du même organe,

- Cette maniere de voir de Tournefort paraîtra peut-être contradictoire, au moins très-inexacte, à quiconque nes’arrétera qu'aux apparences. Comment, dira-t-on, le? même organe peut-il être en même temps calice et corolle, calice a sa base, corolle à la partie qui domine l'ovaire? Si la base de cette enveloppe est considérée comme un calice adhérent, la partie supérieure et libre de cette enveloppe n’en est-elle pas évidemment le limbe, et peut-elle recevoir une autre dénomination ? .

-Torirnefort a vu bien différemment, et ne s’est point arrêté à cette idée superficielle. Dans cette enveloppe unique; il'a remarqué deux parties bien distinctes, lesquelles, quoique réunies, remplissent deux fonctions differentes : c'est du moins, quoiqu'il ne le dise pas ouvertement, Pinterprétation que j’ose donner de son idée, et qui résulte naturellement de ses principes. La partie inférieure, destinée pour là conservation de l'ovaire, persiste, s'accroît, se developpe avec lui, et en devient le péricarpe; la partie supérieure | plus spécialement réservée pour la défense des. organes sexuels, se dessèclie et périt peu après la fécondation : la première remplit donc évidemment KR fonction de calice dans le sens de Tournefort, et la seconde celle de corolle. Elles devaient donc être distinguées par l'expression, comme elles le: sont-par leur position, leur durée et leur destination; elles forment donc réellement detix organes sous l'apparence d’un-seul. On a vu que monopinion est très-rap= prochée de celle: de Tournelort, et qu’elle n’en diffère qu’en

| ( 169 ) ce que je regarde cornme portion du réceptacle célle qu'il prend pour un calice.

L’attention qu'il faut donner aux formes de la corolle pour la distinction des plantes est peut-être ce qu’il ya de plus attrayant dans une étude où tout est jouissance. lourmefort, en choisissant la corolle pour le fondement de sa méthode, et mettant par ce moyen la science à la portée de tous les esprits, a peut-être plus fait pour sa propagation que les plus savans botanistes dans la profondeur de leurs recherches. Dès qu’on sait plaire en instruisant, on peut être assuré du succès de ses lecons : celles qui, tiennent à une science aussi attachante seront toujours écoutées tant qu’on ne sortira pas des bornes de l'observation, et que l’homme ne viendra pas nous offrir ses systèmes pour l'œuvre de la nature. Dans cette analyse de la corolle, tandis qu’au milieu d’une atmosphère parfumée des doigts délicats en séparent toutes les pièces, la vue ne peut se détacher de ces formes gracieuses , de ces tons de couleurs si agréablement nuancés ; et quand, au milieu de ces jouissances qui semblent n’affecter que les sens, on parvient à connaître le jeu et la des- .tination de toutes ces pièces, c’est alors que ce que nous ne * xegardions que comme une agréable distraction, pénètre notre ame d’une profonde admiration pour la grandeur des œuvres du Tout-Puissant, Arrêtons-nous d’abord aux simples formes de la corolle, nous verrons ailleurs qu’elles n’ont point été dessinées au hasard.

La corolle est monopétale (d’une seule pièce) ou po/ypétale (de plusieurs pièces, à plusieurs pétales); régulière , lorsque toutes ses divisions ou tous les pétales sont semblables ; irrégulière, lorsqu'une ou plusieurs de ses divisions ou de ses pétales ne ressemblent pas aux autres. La corolle est monopétale, quelle que soit la profondeur de ses divisions, quand el'es sont réunies en un seul corps, ne le seraient-elles qu’à leur base : la corolle de la mauve, quoique divisée presque jusqu'a sa base, est autant monopétale - que celle du liseron, qui est entière dans toute sa longueur.

On distingue deux parties dans la corolle monopétale : 1°. le tube, qui est sa partie inférieure, tantôt extrêmement court, tantôt trés-allongé : on donne le nom d’orifice ou de gorge à son ouverture supérieure; 2°. le {imbe, qui comprend toute la partie dilatée à partir de l’orifice jusqu’au bord.

Les formes les plus remarquables des corolles régulierés sont, 1°. celles en forme de déches les campanulées , lovsque, dilatée dès sa base, la corolle n’a point de tube sensible et qu’elle s’évase en offrant la forme d’une cloche, comme celle de la campanule, du liseron, etc. (pl. ro, fig: 4,5); 20, Les infundibuliformes ou en entonnoir : le tube est étroit, insensiblement dilaté; le limbe presque campanulé, comme dans le tabac, etc. (pL 2r, fig. 15) -3°. Dans les hypocratériformes au en forme de plateau, le tube est étroit, plus où moins allongé, point dilaté à son orifice; le limbe plane ou un peu concave, comme dans le phlox, le jasmin, ete. 4°. Dans la corolle en roue, le tube est très-court, le limbe plane, à plusieurs divisions où à plusieurs lobes : la relke: la pomme de terre (so/anum }, Quand les divisions du limbe sont allongées, aigués, on dit que la corolle est en molette d’éperon, comme dans la ‘bourrache, ou en étoile , comme dans le caille-lait (galium); enfin la corolle est tubulée lorsqu'elle est constituée par un ‘tube allongé, cylindrique, terminé par un limbe très-court, présque nul. |

Parmi les corolles monopétales irrégulières on distingue, 1°. les /abiées ou en lèvres : le tubese prolongé en un limbe irrégulier, divisé en deux parties dissemblables, écartées et placées l’une audessus de Pautre, que lon nomme /évres. La lèvre supérieure imite souvent un casque ; elle en porte le nom ; linférieure porte celui de barbe. L'écartement de ces deux lèvres est l'ouverture (rictus); l'évasement du tube est la gorge; l’éminence qui se trouve quelquefois -dans cet évasement se nomme le palais (pl. 19, fig. 8). -29, Les personnées , en masque ou en gueule : l’orifice du tube est large et renflé; les deux lèvres, rapprochées à leur base, sont fermées par une dilatation proéminente, le mufle de veau (antirrhinum); quelquefois le tube est muni d’un prolongement semblable à un ergot de coq ou à un éperon.

Les.pièces qui composent la corolle polypétale se nomment pétales. Dans chaque pétale on distingue l’onglet, qui est la partie par laquelle le pétale tient à la fleur : assez ordinairement les pétales sont plus ou moins rétrécis à leur base. Dans ce cas, on dit que le pétale:est onguiculé : quand -ce rétrécissement n’est presque pas sensible, le pétale est .sessile; mais, même dans çe cas, il n’a pas moins un onglet

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