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LIX. HER BAUMIER DU PÉROU

PERUIFERA ; Linné, Wateria medica, ed. Schreber ; appen-

dix : resinæ. - | MYROSPERMUM PEDICELLATUM ; Lamarck ? « ?

MYROSPERMUM; Jussieu, clas. 14, ord. 11, légumineuses ? Italien....... ALBERO DEL BALSAMO PERUVIANO. :

Pal s et

Français. .... BAUMIER DU PÉROU.

. Anglais..... PERUVIAN PALSAM-TREE. S Allemand. ... varsauraum, Hagen; PERUBAUM, Planer ; PERUVIANER

BALSAMBAUM, C

Les observations des voyageurs, les recherches des naturalistes ne nous ont point encore fait connaître exactement le végétal qui fournit le baume du Pérou. Il semblerait pourtant que Linné fils aurait dû en déterminer parfaite. ment les caractères botaniques, d’après un échantillon garni de feuilles et de fleurs, que lui avait envoyé le célèbre Mutis. M. Turpin juge la description du myroxylon peruife-

rum inexacte, en ce que Linné lui assigne des feuilles ailées sans impaire; il ajoute que les folioles se détachant communément dans les herbiers, on aura pu se tromper en recomposant les feuilles. M. Lamarck indique une autre différence; il observe que la gousse du myroxylon peruiferum n'étant point portée sur un long pédoncule, il doit être rapporté au myrospermum. frutescens, et non au pedicellatum. Cependant, comme M. Turpin a figuré ce dernier, qu'il croit être le vrai baumier du Pérou, je vais décrire cette espèce, en prévenant toutefois que je regarde comme très-incertain ce qui aux yeux de mon habile collaborateur est en quelque sorte une vérité démontrée.

Nous devons au docteur Joseph de Jussieu des renseignemens complets sur le myrosperme pédicellé, qui croit

naturellement au Pérou; les habitans de ce pays le nomment quina-quina, et les Espagnols saumerio. C’est un grand arbre, dont le tronc, garni de nombreux rameaux et couvert d’une écorce cendrée, acquiert jusqu’à deux pieds de diamètre. Son bois, très-dur, est blanchâtre dans les couches. extérieures, tandis qu’à l’intérieur il est d'un roug: scur tirant sur le noir.

Les feuilles sont alternies , ailées avec une-impaire, composées de sept à quinze folioles ovales, entières, quelques unes un peu pointues, mais la plupart légèrement échan crées au sommet, Ces folioles sont alternés, soutenues par de courts pétioles, vertes, fermes, coriaces, relevées -en

\ 16°. Livraison.

Ca

(2), dessous d’une côte médiane saillante, de laquelle naissent latéralement des nervures grèles, obliques, parallèles, peu sensibles. ;

Les fleurs sont pédicellées, nombreuses, disposées sur les rameaux en jolis épis droits, longs d’environ six pouces. Chaque fleur offre : un-calice campanulé, pubescent, dont le bord est armé de cinq dents peu proéminentes; une corolle blanche’, papilionacée, composée de cinqpétales, dont l'un, plus ample et presque cordiforme, représente l’étendard , deux autres figurent les ailes, et les deux derniers, connivens par leur bord postérieur, forment la carène; dix étamines, dont les filamens libres portent des anthères jaunes, droites, oblongues, biloculaires; un ovaire supérieur, pédiculé, surmonté d’un style et d’un stigmate, lesquels figurent une faucille à pointe très-acérée.

Le fruit est une gousse oblongue, comprimée, obtuse, mucronée supérieurement, élevée du fond du calice sur un pédicule de quatre à six lignes : cette gousse est mince, glabre, jaunâtre, longue de deux à quatre pouces, ayant au sommet un renflement ovale, rugueux, qui ne renferme qu'une seule graine, fauve, presque réniforme.

La dureté considérable du bois de myrosperme le rend très- propre à la construction des édifices, des moulins à sucre et généralement des ouvrages de charpente. Jussieu et Lamarck, qui nous transmettent ces renseignemens (1),

ne disent point que l'écorce soit imprégnée du suc résineux

balsamique qui, selon les pharmacologistes, distille du bau-

.mier du Pérou (2). Dans le myrosperme, au contraire, c’est

la graine qui contient le baume; l'arbre doit même son nom à cette particularité (3). Ainsi nous ne possédons, comme je l’ai déjà observé, que des notions très-insuflisantes , très-

incomplettes sur le végétal qui produit le baume du Pérou,

ét sur la manière d’en retirer ce suc aromatique. La plupart

des auteurs s'accordent à dire qu'on suit les mêmes pro= cédés que pour lextraction du baume de la Mecque. Je ne répéterai point ici l’'énumération de ces procédés que j'ai soigneusement détaillés en décrivant le balsamier, amyris opobalsamum.

(1) Encyclopédie méthodique : botanique, tome 4, page 192. ,

(2) Geofltoy, Traité de la matière médicale, tome 3 (1743), page 389.

Goulin, Dictionaire raisonné-universel de matière médicale, tome 1 (12973), page 485. | 4 : -

Spielmann, {nstitutiones materiæ medicæ (1584), page 320.

Fourcroy , dans l'Encyclopédie méthodique : médecine , tome 3 , page 648.

(3) Mupor, parfum, baume; STE, graine, semence : {AV pos T£P/40P , graine parfumée, grainé embaumée, Us

Les sophistications par lesquelles on dénature le baume: de la Mecque s’exercent peut-être plus fréquemment encore . sur celui du Pérou, en sorte que nous l’obtenons très-rare-. ment xierge. Le commerce nous en offre deux espèces ou variétés, distinguées et dénommées d’après leur couleur:

1°. Le baume du Pérou blanc, est le plus pur, le plus précieux , le plus rare. 11 exhale une odeur suave, qui se. rapproche beaucoup de celle du benjoin. Plus hmpide et moins consistant que la térébenthine, 1ls’épaissit, se durcit, et constitue alors , dit-on, le baume du Pérou sec, ou baume en coque (4).

2°. Le baume du Pérou noir, ou plutôt brun, est plus épais que le blanc, inflammable comme lui, et d'une ôdeur. très-analogue à celle de la vanille. x

Ces deux sortes de baume déposent au fond des vases où ils ont été longtemps renfermés, et fournissent par la disüllation, des cristaux qui ne diffèrent pas sensiblement des fleurs de benjoin; ils se combinent facilement à l'alcool et aux huilés essentielles , refusent de se mêler aux huiles grasses, et ne s'unissent à l’eau que par l’intermède d’un mucilage ou d’un jaune d'œuf. #:

La saveur du baume du Pérou est piquante, aromatique ; ses vertus, célébrées jadis avec enthousiasme, sont à peine mentionnées par les thérapeutistes modernes. Il a été prodigieusement vanté par Hernandez, Monardes, Pison ; Kir-

kland prétend avoir calmé des convulsions terribles , et Van Swieten avoir guéri des coliques extrêmement violentes , en administrant le baume du Pérou , joint au sucre, à la dose d’un demi-gros, et même d’un gros, répétée plusieurs fois par jour, et continuée pendant un certain temps. Hofmann surtout s’est montré le panégyriste outré de ce suc balsamique; 1l le recommande dans une foule d’affections variées ; c'est, à l'en croire, un excellent stomachique, un merveilleux cordial , un puissant béchique, et même un antiphtisique ; il convient parfaitement aux maladies de la poitrine et des voies urinaires ; il possède le rare avantage de réunir et de consolider les plaies récentes sans suppuration et sans cicatrice! Quel dommage de ne retrouver ces admirables propriétés que dans l'imagination exaltée du célèbre professeur de Halle!

Parmi les préparations pharmaceutiques dans lesquelles entre le baume du Pérou, il suffira de citer le sirop balsamique de Fréderic Hofmann, les pilules balsamiques de

(4) D’antres croient avec plus de vr

aisemblance que le baume en coque est une substance particuliè

re, naturellement janne-dorée, sèche et cassante.

C4) Morton , le baume de Locatelli, le baume ap lectique, l'emplâtre stomachique de Tacamahaca, l'essence de benjoin composée.

KOFMANN (rréderic), De balsamo peruviano, Diss. med inaug. resp. Imman. Lehmann ; in-4o. Halæ, 12 jan. 1703. — Id. 1706, etc.

LEBMANN (Jean Chrétien), De balsamo peruviano nigro, Diss. inaug. resp. Sigism. Schmieder:; iu-40. Lipsiæ, 1707.

Fe (Henri), De balsamo peruviano, Diss. in-40. Lugduni Batavorum ,

(La-plante est de grandeur naturelle) f

1. Galice cotonneux, campanulé, quinqué-denté, duquel on voit sortir lovaire pédiculé, coutbé en faucille, et dix étamines libres entre ‘ elles , insérées‘intérienrement et au bas du calice. ®

2. Calice onvert-dans lequel on voit l’étendard qui est grand et échancré au sommet, plus quatre autres pétales, dont les deux plus voisins de l’étendard remplissent le rôle d’ailes, et les plus éloignés celui de carène; ces pétales sont blancs.

3. Fruit ou légume monosperme, pédiculé , et garni d’une aile membra— neuse dans toute sa longueur ; il est représenté de grandeur naturelle.

4. Partie mférieure du même fruit, dont on a enlevé une valve, afin de mettre à découvert la graine. Cette graine est remplie d’un suc ‘résineux qui paraît ne diflérer en rien du baume du Pérou des bou tiques.

La plante décrite par Linné fils, sous le nom de myroxy lon peruiferum , ma jamais été figurée, et n’éxiste dans aucun des nombreux herbiers que J'ai visités. Celle que j'ai représentée se trouve dans l’herbier du Pérou de M. osepls de Jussieu, oncle du célèbre Antoine Laurent de Jussieu, qui a bien voulu me la communiquer. ù (T.)

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