LXXX VII
CAMÉLÉE.
Grec........ XAMEAMIL; XAMMIAEL TPIXOXKOS-
CHAMELÆA TRicoccos; Baubin, Ilivaë ; lib. 12, sect. 1. iniocrocteills Tournefort, clas. 21, arbres rosacés.
enEorum rricoccum; Linné, clas. 3, diandrie monogy-
nie. Jussieu, clas. 14, ord. 12, térébintacées. ,
Italien...... CAMELEA; CALMOLEA.
Espagnol. ... : OLIVILLA ; CAMELEA.
Francais. ... GAMÉLÉE; GAROUPE-.
Anglais. .... WIDoW-WAIL.
Allemand. .. ZzxnvEL, Planer.
Cet arbuste toujours vert croît en Grèce, en Italie, en Espagne, et dans les départemens méridionaux dela France : il se plait dans les terrains secs, inculies, rocailleux, et s'élève à la hauteur de deux à trois pieds.
La tige, recouverte d’une écorce brunâtre, se divise en nombreux rameaux , redressés , cylindriques, glabres.
Les feuilles, alternes, sessiles, vertes, entières, épaisses, alongées, plus larges au sommet qu'à la base, se rapprochent par leur forme de celles de l'olivier (1).
Les fleurs , jaunes , terminales, portées sur des pédoncules très-courts, sortent de l’aisselle des feuilles supérieures, quelquefois deux ou trois ensemble, plus souvent solitaires. Chacune d’elles présente : un petit calice tridenté, persistant ; trois pétales oblongs, concaves , beaucoup plus grands que le calice; trois étamines un peu plus courtes que les pétales; un ovaire supérieur, surmonté d’un style que termine un stigmate trifide (2).
Le fruit est une baie sèche, composée de trois coques réunies (3), qui conservent le style de la fleur. D'abord
(1) Telle est lorigine des mots X44£AwI&, chamelæa, camélée; de Xi , bas, et EAdI&, olivier.
(2) M. Poiret observe que les divisions des parties de la fleur sont quelquefois au nombre de quatre, au lieu de trois.
(3) Chacun voit clairement ici l'étymologie du nom trivial ou spécifique tri coccum. Quant à la dénomination générique, elle désigne probablement la causticité de la plante, XV£® , j'irrite; j'excorie, je ronge. Toutefois, il importe de remarquer que le eneorum de Linné diflère du 4y£wpoV des Grecs : celui-ci appartient au genre daphne, L.
23°, Livraison. £ a.
(116) vertes, elles deviennent rouges en mürissant, et renferment chacune deux ou trois graines (a).
Toutes les parties de la camélée ont une saveur âcre et brûlante ; toutes enflamment vivement la peau, et produisent même un eflet vésicant. Le professeur Rondelet et l'illustre Jean Bauhin retiraient un grand succès de l'application des feuilles de Saroupe, réduites en cataplasme, sur l’abdomen des byd ropiques, Ces habiles praticiens ne bornaient pas à l'extérieur l'emploi de cette plante; ils en exprimaient le suc, qui, soigneusement desséché, formait un extrait hydragogue, dont la dose était d’un à deux gros. Le docteur Gilbert assure que les feuilles de la camélée, pulvérisées et adoucies avec un mucilage, ont dompté des symplômes vénériens qui avaient résisté à toutes les méthodes. On commence par douze grains de la poudre, et l’on ya graduellement jusqu’à trente.
On n'a plus employé la camélée aussi souvent, dit Fourcroy, depuis qu'on a renoncé aux purgatifs très.violens, dont les anciens faisaient beaucoup plus d'usage que nous; mais ce médicament héroïque, et analogue à la gomme-gulte, à l'euphorbe, aux tithymales, à la bryone, au colchique, à l’ellébore , Serait vraisemblablement fort utile dans les cas où les organes affaiblis dans leur sensibilité comme dans leur mouvement, ne peuvent être mus et excités par des remèdes ordinaires : ces cas sont spécialement l’apoplexie, la paralysie, l’hydropisie, et certaines vésanies (4j. |
Les jardimers cultivent la camélée, dont ils garnissent Le devant des massifs des bosquets d'hiver, où cet arbrisseau forme un joli buisson épais et toujours verdoyant. On en fait des boutures au printemps, sur une couche tiède, ou bien on sème les graines sur couche, et dès qu'elles sont müres, si l’on veut qu'il en lève du moins quelques-unes au printemps suivant. Celles qu’on destine à la pleine terre,
(a) Le fruit de la camélée est encore un de ceux dont l’organisation vraie z primitive, se trouve masquée par des avortemens constans ; aussi voit-on que, pour ces sortes de fruit, les auteurs sont rarement d’accord entre eux; les uns, tels que Jussieu, Ventenat, Décandolle, Delaunay, etc., disent que chaque coque est monosperme, tandis que Lamarck, et surtout le savant carpologiste Gærtner, plus près de la vérité que les premiers, ont reconnu que les coques étaient bi ou triloculaires, et que chaque loge contenait une graine. Gærtner a de plus observe, décrit et figuré, dans sou excelient ouvrage sur les fruits, que les coques simplement bilocuiaires dans lenr partie inférieure étaient souvent à quatre loges dans la supérieure. L/examen et l'analyse de lovaire pourraient seuls déchirer le voile qui nous cache l'organisation , voulue d’abord par la nature, mais dont certaines causes constantes et inconnues viennent ensuite déranger la symétrie. ; (T.)
(4) Encyclopédie méthodique : médecine ; tome 4, page 328.
(Qhy)D) doivent être placées à l'ombre, et surtout empaillées pendant les très- grands froids; il est même prudent de.conserver quelques pieds en orangerie (5).
(5) Mordant Delaunay, Le bon J'ardinier ; 1814, page 582.
( La plante est représentée de grandeur naturelle )
. Fleur entière de grandeur naturelle.
Calice, pistil et étamines.
. Fruit entier coupé horizontalement.
. Une des trois coques isolée et dépouillée de son brou. . Graine noire hors de sa loge.