CAMPÈCHE
LIGNO BRASILIANG SMILE ; Bauhin, TlivaË, Ub. 11,
Sector. * Latin.......:{ HÆMATOXYLUM GAMPECHTANUM ; Linné, clas. 10, dé-
candrie monogynie. Jussieu, clas. 14, ord. 11, légumi- | neuses.
Jialien...... GAMPEGGI0; LEGNO CAMPECE.
spagnol.... CAMPECIE, : : à ; Français. . .. GAMPÈCHE; CAMPÈCBE ÉPINEUX; BOIS DE SANG; BOIS DE
NICARAGUE.
Anglais... .. GAMPEACHY-TREE; LOGWOOD.
Allemand. .. KAMPECHEBAUM ; KAMPESCHBAUM.
Hollandais... KAMPEGHE-BooM.
Originaire de la baie de Campèche, qui lui a donné son nom, cet arbre épineux , toujours vert, croit avec une promptitude extrême jusqu'a la hauteur de trente à quarante pieds, et se multiplie avec une facilité prodigieuse.
Le tronc est à côtes, droit, mais le diamètre n’est pas proportionné à l’élévation. L’écorce est brunâtre, l’aubier d’un blanc jaunâtre, et le cœur du bois rouge (1). Les rameaux nombreux irréguliers, sont armés d’épines axillaires, courtes, solitaires et droites. |
Les feuilles sont ailées sans impaire , et composées de quatre à huit folioles subcordiformes, ou plutôt cunéiformes , vertes et glabres en dessus, plus päles en dessous, striées obliquement de chaque côté, et longues d’environ un demi-pouce : ces feuilles sont alternes sur les jeunes rameaux, et fasciculées sur ‘Jes anciens.
Les fleurs sont petites, disposées en grappes simples et axillaires vers le sommet des branches. Chacune d'elles présente : un calice persistant, découpé en cinq segmens ovales, d’un pourpre violet; une corolle à cinq pétales jaunâtres, plus grands que le calice ; dix étamines un peu plus longues ‘que les pétales, et dont les filamens sont libres et tomenteux ; un ovaire supérieur , oblong, surmonté d’un style que termine un stigmate tronqué et comme échancré.
Le fruit est une gousse plate, membraneuse, plus large vers son milieu, plus rétrécie vers les deux bouts, longue d’un Pouce el demi à deux pouces, et renfermant deux ou trois graines presque olivaires.
(1) Le campèche doit à cette couleur le titre de Lois de sang ; et la dénomination générique hæmatoxylum où hæmatoxylon, qui signifie la même chose : dipre, génitif ŒHAUTOS, sang; Evaoy, bois.
24°, Livraison. a.
.… Aujourd’hui le campèche croît en abondance à la Jamaïque et à Saint-Domingue, où il est parfaitement naturalisé. Cependant on ne le cultive pas communément dans nos colonies pour tirer parti de son bois, mais pour clorre Les habitations 1l est très-propre à cet usage, et forme des haies défensives d’un vert gai et faciles à tailler. Les curieux, pour se procurer cet arbre en Europe, ont recours aux couches et aux serres chaudes. Elevé ainsi de graines qu’on apporte souvent de l'Amérique , il vient d’abord assez vite, et se garnit tres-bien de feuilles; mais dans la suite il a de la peine à les conserver, et fait très-peu de progrès; rarement atteint-il la hauteur d’un grand arbrisseau.
D épouillé de son aubier, le bois de campèche est transporté en Europe, où il est très-recherché pour les teintures. Par la simple infusion dans l’eau, il donne une couleur d’un trèsbeau noir, laquelle, mêlée avec des gommes, peut tenir lieu d’encre pour écrire. Par la décoction, il fournit une couleur rouge foncée, et même pourprée, dont on varie les teintes en y mettant plus ou moins d’eau (2).
Dambourney a constaté par dé$ expériences nombreuses et pleines d’intérèt que l’écorce de bouleau possédait le précieux avantage de fixer et d’aviver à la fois la couleur communiquée aux étoffes par le bois de campèche (3).
L'alcool se charge, comme l’eau, de la partie colorante, qui se transmet aux urines et aux déjections alvines des personnes qui en font usage. La dissolution de sulfate de fer décèle une certaine quantité d'acide gallique ; aussi le bois de campèche imprime-t-1l sur la langue un sentiment d’astriction, tempéré toutefois par sa saveur douceâtre. Cette double propriété l’a fait regarder comme infiniment précieux dans les diarrhées et les dysenteries, George Baker et Jefn Clarke administraient la décoction; Pringle, Duncan et Baldinger donnaient la préférence à l'extrait, délayé dans de l’eau de canelle et de menthe, à la dose d’un gros par jour. Toutefois, personne n’a porté l’exagération aussi loin que Weinrich, qui, dans son aveugle enthousiasme, n’hésite point à proclamer le bois de campèche supérieur à l’écorce de quinquina ; pour la guérison des dysenteries et des fièvres putrides.
N. J. Jacquin, Patrice Browne et d’autres voyageurs ont observé que le tronc et les principales branches du campèche
distillent un suc rouge-noirâtre, qui se coagule en masses -"
parfois grosses comme un œuf. Cette gomme durcit avec une
* (2) Dutour, dans le Vouveau Dictionaire d'histoire naturelle, tome 4 ;
1803, page 181.
(3) Recueil de procédés, etc.; an 11, page 82.
( 129 ) promplitude extrème, et devient tellement friable, qu’elle se brise et se pulvérise en quelque sorte sous les doigts qui la pressent. Elle se dissout avec lenteur dans l’eau , et lui communique un goût douceâtre et une teinte rouge-foncée.
wernricn (ceorge Albort), De hæmatoxylo campechiano , Diss. inaug. in-40. Lrlangæ , 1780.
(La plante est de grandeur naturelle)
1. Fleur entière grossie, dont on a enlevé les pétales. 2. Pétale détaché.