‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 45 sur 71 · BAUER, UN · texte numérisé non relu

BAUER, UN

Plus de trente végétaux , énumérés par le savant naturaliste Virey (1), fournissent du caoutchouc ; maïs cette substance. singulière distille surtout abondamment du médicinier élastique, auquel appartient plus spécialement le titre de caoutchouc, que lui donnent les Mainas : les Garipons le nomment siringa ; les habitans d'Esmeraldas, au nord-ouest de Quito, l’appellent hévé. }

Ce grand arbre de l'Amérique méridionale s'élève à la hauteur de cinquante à soixante pieds, sur un tronc de deux pieds et demi de diamètre. Son bois est blanc, peu compacte ; son écorce est épaisse et grise-rougeâtre. Plusieurs branches , les unes droites, les autres inclinées, naissent vers le sommet , s'étendent au loin, et se répandent en tout sens.

Les feuilles éparses, et pourtant peu écartées, se composent chacune de trois folioles ovales-cunéiformes , arrondies à leur sommet, parfois armé d’une pointe fort courte, rétr leur base, trés-entières, longues de trois à quatre pouces sur deux de largeur , coriaces, glabres des deux côtés » vertes en dessus, plus pâles et comme cendrées en dessous, traversées par dés nervures parallèles, et portées sur un long pétiole commun, cylindrique, légèrement canaliculé.

Les fleurs, disposées en grappes terminales, sont petites, dépourvues de corolle, monoiques , les deux sexes placés sur la même panicule, où les mâles se trouvent en assez grand nombre, tandis que les femelles sont solitaires. Chaque fleur mâle offre : un calice monophylle, urcéolé, sémi-quinquéfide ,

écies vers

(1) Bulletin de pharmacie ; juillet 18r

4 ; page 320.

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à découpures pointues ; cinq étamines, dont les filamens réunis en une petite colonne cylindrique, portent des anthères ovales, biloculaires, échancrées supérieurement, pointues à la base. Chaque fleur femelle présente : un calice monophylle, turbiné, caduc, et dont le bord est divisé en cinq dents pointues ; un ovaire supérieur, conique, couronné de trois stigmates sessiles, bilobés.

Le fruit est une grosse capsule ligneuse, à trois lobes latéraux, arrondis, triloculaires, à loges bivalves, dont chacune contient une à trois graines ovoides, roussâtres , bariolées de noir, à tunique mince et cassante, recouvrant une amande blanche.

La Condamine , Fresneau , Fusée-Aublet, Richard, Tussac, Alibert, ont donné des renseignemens utiles sur l’histoire, l'extraction et les usages du caoutchouc, Nous savons que ce suc laiteux coule en grande quantité, par des incisions latérales et obliques dans l’écorce de l'arbre, et qui vont aboutir, au moyen d’une longue incision perpendiculaire , à l’entaille profonde faite à la partie inférieure du tronc. Reçu dans des vases appropriés, le suc, encore liquide, est appliqué, au pinceau, sur des moules d’argile de différentes formes. Quand la première couche a pris une certaine consistance, on en ap-

lique une seconde, et ainsi successivement, jusqu’à ce que l’enduit soit de l'épaisseur qu’on veut lui donner. Si les vases qui ont servi de moule sont de terre glaise, on introduit de l’eau pour la délayer et la faire sortir ; s'ils sont de terre cuite, on les brise en petits morceaux. M. Tussac doute que la couleur brune et la solidité du caoutchouc proviennent de son exposition au feu et à la fumée : toutes les variétés qu’il a extraites de divers végétaux , après avoir été très-blanches les premiers jours, ont pris spontanément une teinte brune plus ou moins foncée (2); toutes se sont ramollies par l’action de la chaleur, loin de se dessécher plus rapidement. M. Tussac attribue ce desséchement et cette coloration à la combinaison de l'air atmosphérique et de la lumière avec le fluide laiteux. Cette opinion est également celle de M. Tremolière , qui a obtenu du suc de figuier une matière élastique, qu'il appelle caoutchouc indigène (3).

L'immortel Fourcroy, qui savait allier aux charmes de la lus belle imagination une excellente judiciaire, est allé trop loin peut-être en faisant du caoutchouc un des matériaux im-

(2) On trouve des échantillons de caoutchouc jaunes et transparens; on en voit même de bleus et de rouges : ils sont tous moins gr" que les bruns (Murray ). Aït

(3) Bulletin de pharmacie; juillet 1814, page 317.

médiats des végétaux. Toutefois, il a parfaitement exposé les caractères, l'analyse chimique et les principales propriétés de cette substance, qu’il serait beaucoup plus avantageux ; selon lui, de nous envoyer liquide, dans des vases hermétiquement fermés. Puisqu'il n’en est pas ainsi, et que nous recevons lex caoutchouc complétement desséché, et communément sous forme de bouteilles, il s’agit de le dissoudre à l’aide de réactifs qui ne détruisent point son élasticité. Personne n’a énuméré avec plus d’exactitude que Murray (4) les nombreux procédés imaginés pour atteindre ce but. Macquer est parvenu le premier à opérer cette dissolution. Maïs l’éther , dont 1l s’est servi, ne saurait convenir aux usages économiques. Il a donc fallu chercher des réactifs moins chers : « On les a trouvés, dit M. Cadet, dans les huiles essentielles, seules ou mélangées d'huiles grasses, et surtout dans l’huile de camphre. On prépare un vernis de caoutchouc en faisant fondre cette matière dans un mélange d’huile de lin et de térébenthine. Lorsque la dissolution est faite, on l’étend sur les étoffes avec un pinceau, ou bien à la manièreides sparadraps. C’est ainsi que l’on enduit les toiles ou tafetas destinés à faire des ballons aérostatiques , des couvertures imperméables, des tabliers pour les nourrices, des enveloppes de chapeaux, des serretêtes pour les nageurs. »

Par ces différens procédés, habilement modifiés, Bernard , Durand, Bucholtz, Troja, Theden, ainsi que d’autres chirurgiens et artistes ingénieux , ont fabriqué divers bandages, des bourrelets, des anneaux, des pessaires, des seringues, des canules, dés sondes pleines et creuses , des bougies (5). On a prétendu cependant, et M. Cullerier aflirme que les bougies élastiques de Bernard sont formées d’un tissu de soie, de fil ou de colon, vernissé d'huile de lin très-rapprochée par une longue ébullition. En effet , dit Chaptal, si l’on rend l’huile de lin trèssiccative en la faisant digérer sur les oxides de plomb, qu’ensuite on l’applique avec un pinceau sur un corps quelconque, et qu’on la fasse dessécher au soleil ou à la fumée, il en résultera une pellicule d’une consistance assez ferme , d’une transparence marquée, brülant à la manière du caoutchouc, et susceptible d’une extension et d’une élasticité étonnantes. Si on abandonne cette huile bien siccative dans.un vase très-large, la surface s’épaissit, et forme une membrane qui a la plus grande analogie avec la gomme élastique. Une livre de cette huile étendue sur une pierre et exposée à l'air pendant six

(4) Apparatus medicaminum ; tom. 4 : 1787, pag. 176. (5) Je n ajoute point à cette liste le nom de Gesscher, dont les procédés, ensevelis dans l'onnbte du mystère, n’ont présenté d’ailleurs aucun résultat

satisfaisant, malgré les promesses mensongères de l’auteur.

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