‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 60 sur 71 · CENTAURÉE · texte numérisé non relu

CENTAURÉE

Grec......... XEYTAUPIOy; MEVTAUPIOY TO (LEYu. ; CENTAURIUM MAJUS, folio in lacinias plures diviso ; Bau—

hin, Iliyaë , lib. 3, sect. 4. Tournefort, clas. 12, los culeuses.

Latin... ,...4 cenTAUREA CENTAURIUM; calycibus inermibus, squamis ovatis , folis pinnatis, foliolis decurrentibus , serratis. Linné, clas. 19, syngénésie polygamie frustranée. Jussieu, clas. 10, ord. 2, cinarocéphales.

Italien. ...... GENTAUREA.

Lspagnol..... CENTAUREA. j

Francais. .... GENTAURÉE; GRANDE CENTAUREE.

Anglais. ..... CENTAURY.

ÆAllemand..... GROSSTAUSENDGUELDENKRAUT.

Hollandais. ... GENTAURIE; sANTORIE.

Cette plante vivace et d’un beau port , croît sur les montagnes élevées de l'Espagne et de l'Italie. Es

La racine est volumineuse , longue d’environ trois pieds, succulente , brune à l'extérieur , rougeâtre en dedans.

Les tiges, rameuses, cylindriques , s’élèvent à la hauteur de quatre ou cmq pieds.

Les feuilles, alternes , sont amples, ailées avec impaire, vertes , glabres, à folioles oblongues , dentées, un peu décurrentes sur leur pétiole commun.

L’extrémité de chaque rameau porte une fleur grosse , globuleuse , pourprée , qui présente : un calice commun, sphéroïde , composé d’écailles lisses, ovales, convexes et entières ; une corolle flosculeuse, formée de nombreux fleurons tubulés , quinquéfides, dont ceux du centre sont tous hermaphrodites, tandis que ceux de la circonférence sont stériles : le réceptacle qui soutient ces fleurons est tapissé de soies.

Le fruit consiste en plusieurs graines ovoides , lisses, couronnées d’une aigrette sessile, et environnées par le calice commun.

Sinotre grande centaurée est la centaurée des anciens , dont Pline a tracé une description qui n’est ni sans intérêt ni sans une certaine exactitude (1), il faut convenir que nos ayeux étaient beaucoup plus crédules que nous ; car ils attribuaient à la racine de cette plante des propriétés vulnéraires et fébrifuges très-énergiques ; ils l'avaient même décorée du titre

(1) Historia mundi, lib. 25, cap. 6. L 28°. Livraison. a.

Le

( 186 ) qu'elle porte, parce que le centaure Chiron s’en servit pour se guérir d’une blessure qu’il s'était faite au pied avec une flèche d'Hercule (2). Peu séduits par cette cure brillante , les médecins ont singulierement négligé la centaurée : c’est, Pour ainsi dire , à regret que certains pharmacologistes consentent à la citer. Craton 1 dans les obstructions viscérales, Camerarius dans les affections cachectiques ; elle est un des ingrédiens de la poudre antarthritique du prince de la Mirandole. La plupart des thérapeutistes modernesn’en font aucun usage. Elle mérite pourtant, selon MM. Roques et Biett, d'obtenir une place parmi les amers indigènes. On peut l’employer pour exciter la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins. Elle se donne en poudre , à la dose d’un gros ; on en fait bouillir une once dans une livre d’eau , ou bien infuser la même quantité dans le vin. Le suc exprimé de la racine fraiche forme , avec la cassonade, un sirop dont Bœcler prescrivait deux ou trois onces dans les maladies catarrhales (2): . Diverses autres espèces de centaurée jouissent d’une réputation plus étendue et mieux méritée que la grande. 1°. La centaurée des blés , centaurea cyanus , L., porte encore plusieurs autres dénominations qui rappellent sa conleur, son séjour ordinaire , ou ses prétendues propriétés : c’est ainsi qu’on l’appelle bluet , ou mieux bleuet ; barbeau, aubi- Join, casse-lunette. Abondamment répandu au milieu de nos moissons , le bleuet offre le plus agréable coup-d’œil ; on

en tresse de jolies couronnes , de charmantes guirlandes ; mais.

il ne figure plus dans nos pharmacopées. Linné le rejette comme infidèle et superflu ; toutefois , certains empiriques ne connaissent point de remède plus souverain pour éclaircir la vue que l’eau de casse-lunette.

2°. La centaurée lanugineuse , ou bénite, centaurea benedicta , L., plus connue sous le nom de chardon béni, se distimgue facilement des autres espèces par les largés bractées qui environnent ses fleurs. La racine , blanche et rameuse , pousse plusieurs tiges rougeâtres , velues , qui s’élèvent jusqu’à la hau-

teur de deux pieds. Les feuilles’ sont oblongues, dentées, to-

menteuses , d’un vert clair ; les NU, sinuées , découpées ; les unes et les autres ont leurs dents terminées par des épines faibles. Les fleurs, terminales, jaunes , sont enveloppées par un calice lanugineux , armé d’épines jaunâtres. Très-commun dans les belles contrées de l'Espagne, de

(2) Puisque les Grecs ont mentionné la centaurée, il faut rejeter létymologie latine qu'on lui a parfois supposée, de centum et aurum; étymologie que semble rappeler le mot allemand tausendguldenkraut, et à laquelle fait allusion Ledel, en parlant de la petite centaurée : centaurium minus, auro tamen majus.

(3) Cynosura mat. med. contin., 1729, pag. 35.

Le Me

Yitalie, et des départemens méridionaux de la France , le chardon béni croît et prospère dans nos jardins ; on l’y cultive pour l’usage médicinal. En effet, toute la plante, douée d’une amertume bien prononcée , exerce sur l’estomac et le tube intestinal une action tonique qui se propage dans tous les points de l’économie. Lewis , Linné, Gilibert en ont constaté les bons effets dans l’anorexie , la dyspepsie , l’ictere , les fièvres intermittentes atoniques ; mais 1l faut bien se garder d’adopter aveuglément les éloges fastueux prodigués à cette centaurée par Jean Bauhin, par Lange , et surtout par George Christophe Petri von Hartenfels (4), et George Christophe Otto (5), qui la regardent comme tempérante, alexitère, alexipharmaque , anticancéreuse.

3°. La centaurée étoilée, chardon étoilé , ou chaussetrappe, centaurea Calcitrapa , L., doit ses dénominations à ses épines calicinales blanches, ouvertes, disposées en étoile avant l’épanouissement des fleurs , et dont la couleur tranche assez agréablement sur le fond vert de la plante.

Mentionnée' dans les livres saints, la chausse-trappe était employée par les Juifs pour assaisonner l’agneau pascal, et les Arabes s’en servent encore pour le même objet. Ils mangent les jeunes et tendres pousses aux mois de février et de mars.

s médecins illustres, parmi lesquels je distingue Jean Bauhin , Tournefort , Seguier , Linné , Gilbert, ont reconnu des qualités diurétiques et fébrifages dans la racine , les feuilles, les fleurs, les graines de chausse-trappe (6). Ces dernières exercent surtout une aclion très-marquée sur l'appareil uri= maire.

La petite centaurée , beaucoup plus estimée que la grande , n'appartient point au même genre: elle est une espèce de gen-

tiane, et c’est en traçant l’histoire de celle-ci que je ferai mention de celle-là.

.(® 4sylum languentium, seu carduus sanctus , Vulgd benedictus, medicina patrumfamilias polychresta, verumque pauperum thesaurus ; ad nor- D et formam Academiæ naturæ curiosorum elaboratus ; in-80. Zenæ,

(5) De carduo benedicto, Diss. inaug. præs. G. A. Behr; in-49. Argentorati, 1738. Ù

(6) Buchoz a publié une Dissertation pour célébrer la v chausse-trappe dans les fièvres intermittentes. Or, chacun 5 liance que mérite le jugement de cet ignare compilateur.

ertu spécifique de Ja ait le degré de con-

( La plante est de grandeur naturelle’)

x. Fleuron stérile.

2, Fleuron hermaphrodite ayant à la base de son ovaire quelques-unes des soïcs qui tapissent le réceptacle.

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