‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 63 sur 71 · CIX. À CERISIER · texte numérisé non relu

CIX. À CERISIER

Grec...s.... KEpasos. | GERASA: SATIVA, ROTUNDA, RUBRA ET AGIDA; Bauhin,

Ilwaë, lib. rx, sect. 6.

CERASUS SATIVA, FRUCTU ROTUNDO, RUBRO ET ACIDO; Tour- ; nefort, clas. 21, arbres rosacés. | :

LE CODE PRUNUS CERASUS; urmbellis subpedunoulatis, foliis ovalolanceolatis, glabris, conduplicatts ; Linné, clas. 12, icosandrie monogynie. .

cERASUS; Jussieu, clas. 14, ord. 10, rosacées. Ltalien...... crRIEGI0; CILIEGI0.

Espagnol.. .. CEREZzO.

Français. ... GERISIER.

Anglais. .... GHERNY-TREE.

#“llemand. .. wirscHnaAUM., Hollandais... KERSEBOOM; KARSSELBOOM.

Suédois...... KOERSBÆR. ’

Polonais. ... WIsn.

Tout le monde , dit Rozier , répète après les anciens , que l’Europe doit le cerisier à Lucullas , qui le transporta de Cérasonte à Rome, après avoir vaincu Mithridate. Son nom lui

. vient-il de cette ville, ou cette ville était-elle ainsi nommée

parce qu’il croissait dans ses environs un grand nombre de ce-

uisiers ? Peut-être Lucullus n’apporta-t-il de Cérasonte que des

greffes ou des arbres dont la qualité du fruit était supérieure à celle des cerisiers sauvages qui ne fixaient pas l’attention des Romains. Il paraît que le type de presque toutes les espèces de cerisiers aujourd’hui connues existait dans les Gaules, et ce type est le merisier (1).

L'opinion de Rozicr, habilement développée par cet excellent agronome, étayée de preuves nombreuses et concluantes, est presque généralement adoptée. Je devrais, en conséquence, faire ici l’histoire de ces trois plants sauvages, dont l’un est la souche du guignier, l’autre celle du bigarreautier , et le troisième celle du griottier. Mais ces détails historiques , qui sont un des ornemens du Cours complet d'agriculture, seraient ici déplacés. Il me suffit de les avoir indiqués, et. je passe à la description de la variété qui, sous le nom de cerisier de Montmorency , porte un fruit aussi beau que savoureux.

C’est un arbre de grandeur médiocre , dont la tige droite ,

bien élancée , couronnée de nombreux rameaux , est revêtue

(r) te dans le Vouveau Dictionaire d'hist. natur., tome 4 ; 1803, page 523.

20°. Livraison. d:

| , ( 196 ) d’une écorce grise à l’extérieur, rougeâtre en dedans , et qui se détache par bandes longitudinales.

Les feuilles sont alternes, pétiolées, ovales-pointues, dentées en scie à leurs bords, glabres à l'eurs deux faces.

Les fleurs sont latérales , blanches, soutenues par des pédoncules assez longs, souvent réunis en ombelle surun pedoncule commun très-court, garnis à leur base de bractées trifides. Chaque fleur présente :un calice inférieur, monophylle, campanulé, à cinq divisions concaves et caduques ; une corolle formée de cinq pétales obronds , ouverts en rose , insérés sur le calice par les onglets, vingt à trente étamines, dont les filamens subulés se terminent par des anthères courtes etbilobées ; un ovaire supérieur , duquel s'élève an style filiforme, sur-

monté d’un stigmate orbiculaire. k

Le fruit est un drupe globuleux, d’abord vert ; puis d’un rouge éclatant à mesure qu’il approche de la maturité, contenant, au milieu d’une enveloppe pulpeuse, un noyau sphéroide , sillonné à ses bords, et à suture saillante.

Tout sol de nature calcaire et légère convient au cerisier ; il ne se plait pas dans les expositions trop chaudes; les pays montagneux lui conviennent à merveille ; et, s’il y est plus tardif, son fruit est, en revanche, beaucoup plus parfumé. Cet arbre a conservé , malgré nos soins, son principe sauvage ; il veut pousser à sa fantaisie ; la serpette du jardimier cherchet-elle à le contraindre, il dépérit et meurt promptement ; il faut abandonner à la nature. La majeure partie des cerisiers se multiplie etse reproduit de noyaux ; la greffe cependantest pré férable , plus expéditive et plus sûre (2).

Les usages économiques du cerisier sont extrêmement nombreux. Je vais les indiquer, et M. Dutour sera encore ici mon guide. Le merisier a son bois plus serré , plus dur que le cerisier ; il est recherché par les tourneurs, les ébénistes , et surtout par les luthiers , qui le trouvent sonore. Dans certains cantons de la France, on fait avec les branches des échalas et des cerceaux. Les merises fournissent une nourriture saine aux habitans de divers cantons de la Suisse : ils en font beaucoup sécher , pour les manger en forme de soupe , cuites avec du pain, pendant l’hiver et le printémps ; ils en préparent des compotes et de la tisane pour les malades. C’est par la distillation de ce fruit fermenté qu'on obtient le kërschensvasser , avec lequel se fait presque tout le marasquin du commerce , par l’addition d’une quantité proportionnée d’eau et de sucre.

De toutes les variétés du cerisier, les griottes, et notamment celles de Montmorency, sont les, plus salubres et les plus

(2) Dutour, Loc. cit,

(197 ) agréables. « Elles ont quelque chose de vineux, de sucré et d'acide, qui délecte et rafraichit puissamment : elles sont amies de l’estomac , excitent l'appétit , favorisent | évacuation de l'urine , tiennent le ventre libre (3). » Elles conviennent à tous lestempéramens, modèrent la violence des fièvres inflammatoires et bilieuses ; dissipent les embarras gastriques et les obstructions viscérales. La meilleure manière de les administrer aux fébricitans consiste à en exprimer le: suc, que l’on délaie dans l’eau, et que l’on édulcore avec de la cassonade. Fernel cite plusieurs exemples de mélaneoliques guéris par la décoction de cerises desséchées , et Vanswieten dit avoir vu des maniaques rendus à la.raison après avoir mangé des quantités considérables de cet excellent fruit.

Tissot recommande l'infusion des queues de cerises pour calmer les catarrhes pulmonaires opiniâtres ; cette boisson cest regardée par d’autres comme diurétique. LE

On fait avec les cerises un sirop, un rob , un vin délicieux, un ratafia tres-recherché, des confitures trés-délicates. Sèches, elles offrent , dans toutes les saisons , un aliment qui peut , au besoin , devenir la base de diverses compositions médicamenteuses. .

On a proposé de substituer l'écorce de cerisier à celle de quinquina , et des prôneurs inconsidérés de nos remèdes in= digènes ont fastueusement célébré les avantages de celte substitution. Mais l'illusion a été de courte durée, et cette confiance aveugle dans une substance presque inerte n’a jamais eu qu’un très-pelit nombre de partisans. L’écorce de cerisier’, rejetée aujourd’hui des meilleures officines, se ghsse frauduleusement dans celles des pharmaciens militaires , qui la mélangent à l’écorce péruvienne , et , trompant la religion du médecin, foulant aux pieds les lois de l’honneur , se jouent de la vie des braves , pour étancher la criminelle soif de l'or. J'ai mille fois été témoin de ces turpitudes à l’armée; car je n’ai que très-rarement eu le bonheur d’y voir le service pharmaceutique dirigé ou exécuté par des hommes qui, tels que les Bayen , les Parmentier , les Laubert , les Malatret , les Virey, les .Lodibert , réunissent à des talens éminens la plus scrupuleuse probité. 2

Je suis très-persuadé que la gomme de cerisier peut , dans une foule de cas, remplacer la gomme arabique , et pourtant je n’admets point avec Thomson, Bodard , Gilibert , leur identité absolue. Des chimistes fort habiles ont beau soutenir que l’analyse découvre dans l’une et dans l’autre les mêmes prin-

(3) Macquart, dans l'Encyclopédie méthodique : Médecine; tome 4 page 564.

(198 ) eipes constituans ; je vois notre gomme indigène plus molle, plus pâteuse , plus opaque, tandis que celle’ d’arabie est plus be , plus diaphane , plus brillante ; je vois celle-ci fondre plus promptement et plus parfaitement dans l’eau, sans en troubler la limpidité : ces phénomènes ne diminuent point mon admiration pour la chimie, et ne m'empêchent point de reconnaitre qu’elle peut répandre des lumiéres sur la médecine. Toutefois les applications de cette science utile à l’art de guérir doivent être faites avec une sage réserve : je souris de pitié en lisant dans une hématologie , très-estimable d’ailleurs , qu'il n’existe pas une différence notable entre le sang d’un scorbutique et celui d’un individu frappé d’une violente phlegmasie , dévoré par une fièvre angioténique brûlante.

DoLFUss (Jean George), Cerasologia medica ; in-40. Basileæ, 1719.

(La plante est de grandeur naturelle ) Fruit dont on a enlevé la moitié de la chair.

Xe 2. Fleur entière.

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