CHANVRE
Grec... HAVVaGis.
CANNABIS sATIVA ; Bauhin, TlivaË, lib. 8, sect. 5. Tournefort, clas. 13; apétales. , ae CANNABIS SATIVA; oliis digitatis ; Linné, clas. 22, diœcie
pentandrie. Jussieu, clas. 15, ord. 3, orties. Italien...... GANATA; CANAPE- Espagnol... . caNAMO.
Français .... . CHANVRE:
Anglais... MHEMP.
Allemand. .. MANF.
Hollandais... HENNIP; KENNIP- Suédois ..... HAMPA:
Polonais....+ KONOP:
Laiin........
Bien que les Indes-Orientales soient la véritable patrie du chanvre, ce végétal utile croit en abondance et spontanément sur les bords glacés de la Newa, du Borystène ét du Wolga.
La racine est blanche, ligneuse, fusiforme , garnie de fibrilles.
La tige, droite, ordinairement simple, obtusément quadrangulaire , fistuleuse , rude , velue, s'élève à une hauteur qui varie prodigieusementsselon la nature du sol et l'influence du climat : tandis qu’elle monte à peingà trois pieds en Lithuanie, souventelle parvient chez nous à une toisé d’élévation , et dans les plaines fertiles du Piémont elle acquiert la taille gigantesque de quinze à vingt pieds. :
Les feuilles sont opposées , pétiolées, digitées, composées de cinq à sept folioles lancéolées, dentées en scie, et dont les inférieures sont les plus petites.
Les fleurs sont dioiques , c’est-à-dire que les organes sexuels sont séparés sur deux individus différens (1). Les fleurs mâles, disposées en petites grappes lâches dans les aisselles des feuilles supérieures et au sommet de la tige, présentent : uu calice de cinq folioles oblongues, légèrement arquées et concaves , cinq étamines, dont les filamens très-courts portent des anihères oblongues et tétragones. Les fleurs femelles, également axillaires, et presque sessiles , offrent : un calice monophylle , conique, spathiforme , s’ouvrant d'un côté dans toute sa longueur; un ovaire supérieur, surmonté de deux styles longs, subulés et velus.
(1) Quelques individas sont monoïques , et portent conséquemment les deux sexes dans des fleurs séparées,
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Le fruit estune capsule crustacée, subglobuleuse, brune ou
2h , lisse, composée de deux vulves qui restent unies, recouerle par le calice, et renfermant une graine blanche et huieuse.
Presque partout on cultive le chanvre, et presque partout il réussit à merveille : les procédés de cette culture intéressante ét facile, la manière de le récolter et de le préparer ont été parfaitement décrits dans les traités généraux et spéciaux de jardinage, d'économie rurale et domestique de Müller, Duhamel, Rozier, Rougier la Bergerie, et dans des monographies estimées (2) Je ne dois qu’effleurer cette matière, et mentionner seulement quelques précautions dont l’exacte observance contribue puissamment à la perfection des produits qu’on retire du chanvre. a
Toute rupture lui est pernicieuse : ainsi, pour ne le point briser , en le cueillant il faut le ürer droit hors de terre brin à brin, et, lorsqu'il est tres-élevé, le jeter sur le bras gauche,
jusqu’à ce qu’on en ait une poignée. On secoue légercment la
terre qui tient aux racines ; on y met deux liens , et la tige reste entière, Ces poignées sont portées hors de la cheneviere ; un homme muni d’un instrument tranchant les prend l’une après Vautre; et, les posant surune fourche fichée solidement en terre, il coupe toutes les racines un peu audessus du collet; puis il abat, avec un sabre de bois , le paquet de feuilles qui couronne chaque poignée. |
ne de la drais th le chanvre femelle a besoin d’une
existence plus prolongée ; on ne le récolte que trois semaines
à } & + ELA A - OÙ un mois apres le mâle, et l’on suit absolument la même
méthode : Brale préfère le fauchage, et les motifs de cette préférence qu’il allègue sont assez plausibles,
Après avoir soigneusement abattu les feuilles et les grappes, ont aussitôt rouir le chanvre dans un fleuve ou dans une eau
(2) narurrarbr (rérôme), 17 canapajo, libri otto; poema georgico; , 10-40. Bologna, 1747. tt 24 :
Collivazione della canapa; istruzioni di Fabrizio Berti, Innocenzo Pre goli ed Antonio Pallara, raccuolte da Girolamo Antonio Bert ; in-40. Bologna, 1541. ’ >
On trouve ordinairement cet opuscule Joint au petit poème de pr
MARCANDIER, Traité du chanvre; in-12. Paris, 1758.— Id. in-80. nr 1764. — Trad: en anglais, Londres, 1764.— Trad. en allemand, avec des additions ; m-80. Freystadt, : 763. ni ; : L
L'auteur avait dejà publié en 1757, dans eg Me moire sur une nouvelle manière de préparer le chanvre, dont le Traité : développement. à,
1 er - pt >
a de Mémoires sur la culture et le rouissage du chanvre; par Rozie Pr tthuis et Paris, 1588. L Prozet Perthuis, etc. Lyon et S, 17 | : 4
BRALE, Aualyse pratique sur la culture et la manipulation du chanvre , in-8 Amiens et Paris, 1790.
| Le { 201) dormante G).n est rouï au point convenable lorsque la filasse qui constitue l'écorce se détache facilement de la tige, vulgairement appelée chenevotte. FOIS.
Dès qu’on a retiré le chanvre du rouissoir, on le lave pour entrainer la substance glutineuse et la vase qui y restent attachées. On le fait ensuite sécher, puis on le serré dans des greniers ou dans d’autres lieux aérés, et pendant les veillées de l’hiver on le teille ; ou bien, si la récolte est considérable, on le soumet à l’action beaucoup plus rapide de la maque.
Séparée des tuyaux ou chenevottes, la filasse est passée à plusieurs reprises par le séran, espèce, de peigne garni de. pointes de fer; après quoi on la meten bottes et on la conserve pour les nombreux usages auxquels elle est destinée (4). Tantôt le chanvre est employé à fabriquer des cordages el des voiles pour les navires ; tantôt il se transforme en üssus plus délicats dans:la main de l’ouvrier industricux, qui en compose des fils et des toiles, dont la blancheur, la finesse et le moelleux le disputent aux étoffes de lin (5)
Presque tous les pharmacologistes placent avec raison le chan vre au nombre des végétaux suspects, et l’on doit s'étonner que des médecins distingués aient voulu démontrer l’innocuité d’une plante aussi évidemment délétère. Il suffit de faire quelques pas dans une chenevière pour être frappé d’une odeur vireuse, et pour éprouver plus ou moins promptement , plus ou moins complétement , selon la susceplbilité individuelle, les princi-
paux effets du -narcotisme.
Nuisible à ceux qui le récoltent , le chanvre nuit bien plus encore à ceux qui le préparent. L’eau dans laquelle on le rouit exhale des miasmes infects » et contracte un degré de putréfaetion tel que les poissons languissent et meurent (6). Les car-
: (3) Duhamel conseille l’eau dormante, et Marcandier l’eau courante.
Davs les pays où l’eau manque, on étend le chanvre sur des prés ; ou bien on lexpose à la rosée et an soleil » Contre des haïes et des murs ; ou enfin on le place debout dans une fosse humide et couverte. Ces divers modes de rOujssage n’ont jamais Ja perfection de celui qui se fait dans une rivière où dans un étang.
(4) Dutour a été mon principal guide dans l’ébauche que j'ai tracée de la culture, de la récolte et de la préparation du chanvre.
(5) Marcandier , op. cit.
J. B. Calvisi, dans la Bibliothèque physico-économique ; 1796, page 3 17. E. Antill, dans le Journal de Physique, de Rozier ; supplément : 1556, tome 13.
(6) Gilibert, Démonstrations élém. de botan. ; 1796, tome 3, page 218, 4
P. PsPereda, An cannabis et aqua in qud mollitur possint aerem in Jicere? 1570.
Biett, dans le Dictionaire des sciences médicales ; tome 4, page 433.
Geoffroy, Traité de la matière médicale ; tome 5, page 426.
deurs de chanvre sont sujets à une toux continuelle, à l'asthme,
à la phthisie. | Les dames piémontaises, dans leurs promenades champêtres, - aiment à porter des cannes ou des badines faites avec les tiges de chanvre, qui réunissent à une grande légèreté une blancheur éclatante. Moins volumineuses chez nous, ces tiges ser vent à faire des allumettes, et quelquefois du charbon pour la
oudre à canon.
Gilibert a étudié sur lui-même l’action des feuilles de chanvre : infusées, à la dose d’une once das une demi-livre d'eau , elles communiquèrent à ce liquide une odeur et un
oût nauséeux ; cette infusion souleva l'estomac, produisit la céphalalgie, et augmeuta le cours des urines en déterminant une sueur fétide ; l'habile praticien lyonnais a vu réussir cette boisson dans le rhumatisme chronique et les dartres ; il ajoute que les feuilles fraiches appliquées en cataplasme raniment les tumeurs froides et les disposent à la résolution.
Connue sous le nom de chenevis, la graine de chanvre est d’une utilité journaiere et très-variée. Elle fournit un aliment aussi substantiel que savoureux à la gent volatile, et notamment à la charmante famille des passereaux. Les habitans de certaines régions du Nord , tels que les Russes , les Polonais , les Livoniens , font frire ces graines avec quelques aromates ,
et ce nels exquis parait au dessert sur les meilleures tables :
… les paysans se contentent de les piler, d’y joindre du sel, et d'étendre ce mélange sur du pain noir en guise de tartines. Tode et Schwediauer regardent linfusion des semences de chanvre comme un excellent moyen de calmer la vive irrita= tion des voies urinaires, qui accompagnent les blennorrhagies très-inflammatoires. Quelques médecins préfèrent administrer ces semences sous forme d’émulsion édulcorée avec le sirop de guimauve. Fi
L'huile de chenevis est bonne à brûler ; elle entre dans la préparation des cérats , des onguens et du savon vert; elle sert même à la nourriture grossière des pauvres Lithuaniens. Les gâteaux dont l'huile a été exprimée sont recherchés par le bétail, qu'ils engraissent.
Le chanvre des Indes, cannabi similis exotica , Bauhin ; cannabis indica, Lamarck, parait, aux yeux du célébre auteur“ de la Flore française , une espèce tres-distinguée du chanvre ordinaire. Celui des Indes est moins grand , plus rameux ; sa tige plus dure, et presque cylindrique , porte des feuilles constamment alternes ; l'écorce mince dont elle est revêlue n’est point susceptible d’être filée et tissue comme celle du chanvre européen ; mais, en revanche, toute la plante exhale une odeur”! plus nauséabonde, et ses qualités vireuses sont bien plus for-
è | #- M ES JT tement prononcées. Loin d’être rebutés par ces propriétés vénéneuses , les Indiens y attachentx grand prix, et savent parfaitement lesutiliser. C’est avec l'écorce , les feuilles, les fleurs, les graines du chanvre, tantôt isolées, tantôt réunies, souvent même jointes à d’autres substances , que les Orientaux préparent des poudres , des pastilles , des breuvages exhilarans, aphrodisiaques, dont l'abus toutefois produit inévitablement la torpeur, l'impuissance et V'idiotisme. Parmi ces compositions recherchées avec une sorte de fureur par les Orientaux , se distinguent.le haschisch des Ismaéliens (7), le bang, banguen
ou bangi des Usbecks, et le maslac des Turcs (8). KA u |
(7) A. I. Silvestre de Sacy, Mémoire sur les préparations enivrantes faites avec le chanvre, — Lu à lIustitnt le 7 juillet 1809 ; analysé dans le Bulletir des sciences médicales ; septembre 1809, page 201.
(8) Cardin, Voyage en Perse; tome 4, page 207.
P.B. Garnier, Dissertation sur l'ivresse ; 1815, page 13.
( La plante est représentée moitié de grandeur naturelle )
.« . ad 1. Fleur mâle entière grossie. EI