‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 71 sur 71 · FEUILLE · texte numérisé non relu

FEUILLE

CHEVREFEUILLE.

GEL \ TepixAUUEVoy ; Dioscoride (1).

1 PERICLYMENUM NON PERFOLIATUM GERMANICUM; Bauhin, Iluvaë, lib 8, sect. 2.

CAPRIFOLIUM GERMANICUM; Tournefort, clas. 20 , arbres : Latin.. .....{ monopétales. Aa LONICERA PERICLYMENUM; capitulis opatis, imbricatis , terminalibus, foliis omnibus distinctis; Linné, clas. 5, pentandrie monogynie.

CAPRIFOLIUM ; Jussieu , clas. 11, ord. 3, chevrefeuilles. italien. ..... GAPRIFOGLIO ; CAPRIFOLI0 ; MADRESELV A.' Æspagnol.... MADRESELVA.

Francais..... GHEVREFEUILLE; CHEVRFFEUILLE DES BOIS. Anglais. .... HONEY-SUCKLE; WOODBINE.

Allemand... GEISSBLATT; SPECKLILIE ; WALDWINDE; JE LÆNGER JE | d LIEBER; HARNENFUESLEIN.

Hollanduis... CAPERFOELY; RAMPERFOELY ; GEITENBLAD; WEE-WINDE.

‘Dans presque tous les bois, dans la plupart des haïes de la France , de l’Allemagne, de la Hollande , de l'Angleterre, on trouve ce bel arbrisseau , qui forme trois variétés tellement distinctes que certains botanistes les ont signalées comme de véritables espèces : le chevrefeuille des bois velu , le glabre, et celui à feuilles de chêne. Bien que la première dences variétés soit notre chevrefeuille le plus ordinaire , Je vais décrire la seconde , pour que le texte soit en harmonie parfaite avec la figure qui, d’ailleurs, a été dessinée sur un individu cueilli dans les bois de Sèvres. Rien ne prouve mieux , à mon avis, que la présence ou l’absence des poils est purement accidentelle.

- La racine du chevrefeuillé glabre est ligneuse , partagée “en plusieurs grosses fibres rampantes et stolonifères.

(1) Sprengel juge que le TEpIXAUUEVOY de Dioscoride est effectivement Parbuste auquel Linné impose la même dénomination spécifique, tandis que le XUXAGLEVOS ETEp& désigne le lonicera caprifolium. Plasieurs phytologistes ,* et entre autres Gaspard Bauhin , n’osent pas prononcer aussi aflirmativement ; ils restent dans le donte philosophique , et avoue que ce doute est suffisamment justifié par les descriptions courtes’, imparfaites et inexactes que nous ont laissées les anciens naturalistes grecs. ï

30°. Livraison. d.

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Les tiges , sarmenteuses, grimpent et s’ento L'autour des arbres (2).

Les feuilles, ovales , alongées, pointues, rétrécies à leur base , sont opposées et sessiles.

Les fleurs, grandes, rougeâtres en dehors, jaunâtres en dedans , sont disposées en jolis bouquets terminaux , qui sont épanouis durant toute la saison de lété. Chaque {leur présente : un calice supérieur, petit ét à cinq dents , une corolle monopétale , tubuleuse, dont le limbe est partagé en cinq découpures inégales, l’inférieure étant plus grande et plus ouverte que les autres ; cinq ‘étamines, dont les filamens portent des anthères oblongues ; un ovaire inférieur, arrondi , duquel s’élève un style couronné par un stigmate obtus.

Les fruits , agglomérés en mamére de tête, sont des baies globuleuses , rouges, dont chacune contient, au milieu-de sa pulpe, quatre ou cinq graines assez dures , aplaties d’un côté, convexes de lPautre. À

Si le chevrefeuille de nos baïes doit céder la première place , dans les jardins, à une espèce plus brillante et plus suave, il y figure encore d’une manière très-agréable au second rang. Toutefois, le mérite de ce charmant arbrisseau ne se borne pointà servir d'ornement; ilpossède bien d’autres qualités, s’il faut en croire certains économistes et'un grand nombre de médecins. Läracine fournit, suivant Reuss, une couleur bleu-ciel, et Suckow dit que les jeunes branches peuvent aussi être employées dans l’art tinctorial. On fait avec les tiges et les rameaux des dents pour les herses, des peignes pour les tisserands, des tuyaux de pipes à fumer (5). L’écorce a été proposée par Kœænig et par Bœcler comme un sudorifique utile dans la goutte vague et la siphilis. Les feuilles, broutées par les vaches , les brebis et les chèvres, sont négligées par les chevaux. Schrœder, Bœcler, Chomel les prescrivent à l’extérieur et à l'intérieur ; ils assurent que leur décoction vest diurétique ; et Gardane en compose a gargarisme dont il vante l'efficacité dans langine ; pilée

(2) On présime que le chevrefeuille doit à cette faculté de grimper, de s’entortiller, le nom de periclymenum, de T£pixA£I&, j'entoure, j'enveloppe, et peut-être aussi son titre valgaire caprifolium, dont chevrefeuille est la traduction francaise littérale; parce que, dit Théis, il grimpe comme une chèvre, vel quôd folia sint in extremis flexibus capreolata , suivant Lobel. D’autres étymologistes, Bæœcler, par exemple, voient dans le mot capri- folium l’empressement avec lequel les chèvres broutent les feuilles de cet arbrisseau. Quant à la dénomination générique , elle rappelle un célèbre naturaliste allemand du seizième siècle, Adam Lonicer.

(3) Kops, Ælora Batara.

fraiches, liquées sur la peau, elles accélerent , dit-on , la cure des exanthèmes qui la souillent On ajoute que le suc exprimé de ces feuilles jouit des mêmes vertus. Quant aux fleurs, elles ont été célébrées par Hofmann et Rondelet comme cordiales , céphaliques , anti-asthmatiques, et souveraines pour faciliter l’aceouchement. On en préparait jadis une eau distillée, une huile par infusion, et un sirop que l'on supposait infaillible pour suspendre et dissiper le hoquet. Les fruits du chevrefeuille n’ont point été oubliés par lesthérapeutistes. Dioscoride a débité sur leurs propriétés merveilleuses des comtes tellement absurdes , que je n’ose les répéter. Digérées en vaisseau clos, dans du fumier de cheval, ces baies se résolvent en une liqueur huileuse ; dans laquelie George Agricolagoit un baume polychreste ; auquel les plaies récentes Les plus graves ne résistent jamais. |

Que faut-il penser maintenant de ces éloges fastueux que l'expérience n’a point confimmés ? c’est que les plus illustres médecins ont rarement su se préserver de l’erreur dans Pappréciatiou des drogues. Il'est si facile, et parfois si doux de mettre les prestiges d’une imagination exaliée à la place d’un jugement froid et d’une saine observation !

Parmi les autres espèces de chevrefeuille, je vais mentionner celles qui m’ont semblé se distinguer davantage par l'agrément qu’elles offrent ou par l'utilité qu’on en retire.

1°. Le chevrefeuille des jardins, ou d'Italie, lonicera caprifolium, L. est caractérisé par ses belles Heurs verlicillées, sessiles, terminales, et par ses feuilles s&périeures contes et perfoliées. Sa tige n’est ordinairement qu'une souche ligneuse, qui pousse de nombreux rameaux cylindriques , lisses , colorés , très-flexibles, s’élevant assez pour" garnir de hautes murailles, des palissades , des berceaux , des cabinets. On peut aussi Le réduire en buisson , l’'arroudir en tête, ou en faire des cordons et des haies. Placé au pied a arbres , dans les massifs ou les avenues , il morte et

rpente autour deleur tronc,s’entrelace dans leurs branches, et retombe en formant des arcades et des guirlandes qui flattent la vue et l’odorat.

2°. Le chevrefeuille du Chili , lonicera corymbosa, L. est un arbrisseau dont la tige non sarmenteuse parvient à dix ou douze pieds, et dont la fleur n’a que quatre étamines." Les branches sont le principal ingrédient d’une teinture noire, très-solide , qu’on prépare dans les Indes espagnoles.

3°, Le chevreteuille d’Acadie , la dierville , lonicera diervilla, 1. ne s'élève guère qu’à la hauteur de deux à trois pieds. Il doit à ses jolies fleurs jaunes la place que par fois

(256 ) on lui accorde dans les bosquets. IL y figur inement mieux que dans la matière médicale, où il a : ntroduît par Linné, puis par Murray, sur la foi du voyageur Pierre Kalm , qui raconte les succès que les Américans septentrionaux obtiennent.constanmment de cette plante dans la dysurie, la blennorrhagie urétrale, et dans d’autres affections siphilitiques. ur La? DRE

4. Le chevrefeuille de la Caroline, lonicera symphoricarpos, Li. porte ses fruits réunis en tête, comme l’exprime sa : dénomination spécifique. IL sert à la décoralion des bosquets d'automne, et Willemet dit que les Américains font usage de ses jeunes branches réduites en poudre fine, contre les fièvres intermittentes. |

5°. Le chevrefeuille des buissons , lonicera xylosteum , L. croit dans presque toute l’Europe , à la hauteur de cinq ou six pieds. La dureté de son bois, désignée par lépithète zyloszeum, le rend propre à divers usages économiques. Les bes sont émétiques et purgatives. « Les Russes tirent de ce végétal une huile qu’ils emploient intérieurement pour purifier le sang ; guérir h vérole , le scorbut et la gale (4). » |

6°. Le chevrefeuille des Alpes, lonicera alpigena, L. est garni de feuilles larges et très-longues. Les pédoncules, axillaires , portent chacun deux fleurs labiées , jaunâtres en dedans, purpurines en dehors, auxquelles succèdent deux baies réunies en une seule, rouge dans sa maturité , et chargée de deux points noirs. Ces baies , semblables à de petites cerises , jouissent de la faculté cathartique et vomitive. #%1é chévrefeuille bleu ; lonicera cœrulea, LL. doit ce iitre à la couleur bleuâtre de ses baies ovales, polyspermes, plemes d’un suc pourpre qui teint parfaitement et solidement les étoffes. His

(4) Willemet, Phytographie encyclopédique ; 1805, tome 1, page 216.

( La plante est représentée de grandeur naturelle)

r. Pistil et corolle ouverte, dans laquelle on voit l'insertion des cinq étamines.

2. Téte de fruit de gosseur naturelle. | °3. Un fruit isolé, coupé horizontalement ; afin de faire voir les quatre ou cinq graines qui se trouvent au milieu de sa pulpe. 4. Graine grossie.

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