‹ Flore médicale (volume 5)Chapitre 22 sur 81 · NOIX VOMIQUE · texte numérisé non relu

NOIX VOMIQUE

NUX VOMICA OFFICINARUM; Bauhin, IivaË , 1. 12, sect. 6.

STRYCHNOS NUX VOoMicA; foliis ovaus, caule inermi. Linné, pentandrie monogynie: Jussieu, el. 8, ord. 14, famille des apocins.

Français...... NOIX VOMIQUE.

Jialien....... NOGE VOMIEA. & Espagnol... .. MATAPERROS.

Portugais .... NOZ VOMICA. | Allemand. . .. KRAEHENAUGEN; BRECHNUSS.

Anglais. .... . POISON-NUT.

Hollandais.... BRAAKNOOTEN.

Danois. ...:. BROÆKNOEDD.

WSuédois...... RAFKAKA.

Arabe....... LEUZ ALKE.

Latn.........

Les fruits, désignés sous le nom de noïx vomiques , ont été Jongtemps connus dans le commerce avant que l’on soit parvenu à recueillir des notions précises sur le végétal qui les. produit. Rhéed est le premier qui découvrit dans l'Inde, décrivit et figura, dans son //ortus malabaricus (vol. 1, pag. 67, tab. 35), sous le nom de canÿram, l'arbre auquel ils appartiennent. Linné en a formé le genre strychnos, âuquel il attribue, pour caractère essentiel, un calice à cinq, quelquefois quatre divisions ; une corolle tubulée, un peu ventrue, à cinq lobes; autant d’étamines ; un style; une baie globuleuse, à ‘une seule loge, recouverte d’une enveloppe crustacée et fragile; plusieurs semences attachées par leur centre, et logées dans une pulpe aqueuse.

Cet arbre est d’une grosseur médiocre; ses racines et son bois sont d’une très-grande amertume : ses branches se divisent en rameaux opposés, glabres, cylindriques, de couleur cendrée.

Les feuilles sont médiocrement pétiolées, opposées, glabres, coriaces, ovales, un peu arrondies, entières, à peine aiguës, pourvues de trois à cinq nervures.

Les fleurs sont disposées, vers l’extrémité des rameaux , en petits corymbes courts, pubescens. Les calices sont courts, à cinq dents aiguës; la corolle petite, blanchâtre; les divisions du limbe aiguës, réfléchies, Sn courtes que le tube.

Les fruits sont globuleux, presque aussi gros qu'une orange,

65°. Livraison. b,

(76) à une seule loge, contenant plusieurs semences placées dans une pulpe aqueuse. | (P.) es semences de ce végétal, connues dans le commerce sous le nom de noix vomiques, sont plates , arrondies, et de la forme d’un bouton. Elles ont à peu près un demi-pouce de diamètre, et une ou deux lignes d'épaisseur. Leur couleur est grise, leur Surface un peu laineuse, leur centre ombiliqué, et leur consistance dure et comme cornée. Elles sont inodores et offrent une saveur amère, âcre, un peu nauséeuse. Les recherches chimiques de MM. Braconnot, Desportes, Chevreul, sur cette substance, ont singulièrement ie et perfectionné son analyse. Ce dernier en a retiré de la gomme , une matière particulière de nature animale, et d'une amertume extrême, de l'huile fixe, et une matière colorante jaune. Mais il paraît que c’est à la substance amère que la noix vomique est essentiellement redevable de ses propriétés vénéneuses et médicales, Les Arabes, auxquels on doit l’introduction des fruits du strychnos dans la matière médicale, ont les piemïüers reconnu la violence de leur action sur l’économie animale. Une foule d'observations faites sur l’homme, et de nombreuses expériences tentées sur les animaux depuis cette époque, ont établi leurs propriétés délétères sur des faits incontestables. Matthiole, Fréd. Hoffmann, Wepfer, C, Gessner, Linné, Brunner, Lossius, de Heyde, Seutter, Sorbait, et plus récemment MM. Desportes, Magendie, Delile, Oxfila, et autres observateurs, ont constaté que la noix vomique st funeste à l’hdmme, aux chiens, aux chats, aux loups, aux renards, aux fouines, aux APISE) aux poules, aux corneilles et aux grenouilles. Au bout d’un temps plus ou moins long, et quelquefois dans l’espace de quelques minutes, elle a constamment déterminé des convulsions partielles et générales, la roïdeur tétamique des membres et du tronc; quelquefois la suspension de laction des sens , et une anxiété extrême, et presquetoujours la mort. Ce dernier effet a également eu lieu, soit que la noix vomique ait été administrée en substance, en décoction, en infusion ou en extrait, soit qu’elle ait été directement ingérée, introduite dans le tissu cellulaire, injectée dans le rectum, dans la vessie, dans la plèvre où dans le système merveux. Wepfer dit avoir tronvé une inflammation gangréneuse de l'estomac et de l'intestin sur les cadavres de quelques animaux, victimes de cette substance vénéneuse. Toutefois les observateurs que Je viens de citer n’ont observé, à la suite de cet empoisonnement, aucune trace d’inflammation ni d’érosion sur les orsanes qui avaient été en contact immédiat avec le poison. De

Le) H . : : Aiate— sorte qu’il paraît certain que la noix vomique est immédiate

C 74 ) | ment absorbée, et qu’elle porte immédiatement son action irritante sur le système nerveux, et en particuliér sur la moelle épinière. Son extraitaqueux a part agir avec une énergie plus grande que sa substance elle-même. Lorsque les vonitifs sont administrés promptement, ils peuvent, en faisant rejeter la noix vomique, prévenir les funestes effets de l’epuisonnemént. Mais quand le poison à été absorbé, if n’y a point de moyen certain de guérison, quoiqu'on ait recommandé comme tels les acides et les spiritueux.

Cette substance délétère, dont quinze grains, au rapport d'Hoffmann , ont suffi pour donner 1x mort à uné fille de dix ans, constitue, comme on voit, un des poisons les plus redou tables pour l'espèce humaine, et réclame par conséquent Ja plus grande circonspection dans son usage. Toutefois, administrée avec prudence par des mains habiles, elle a souvent produit des résultats aussi avantageux qu’inattendus dans le traitement de plusieurs maladies graves et rebelles. Sans doute il est impossible de croire, d’après le témoignage des Arabes, qu'une ou deux noix vorhiques, prises chaque jour pendant deux annéés consécutives, préservent pour toujours des accidens qui suivent la morsure des serpens venimeux. L'efficacité que Fallope et G. Gessner veulent bien lui attribuer contre la peste, aurait besoin d'être constatée avant d’être admise. Maïs on-peut croire aux succès que Ludovic, Wédel, Buchner et Hartmann , en ont obtenus, au rapport de Murray, contre les fièvres intermittentes, quand on réfléchit que la plupart des substances amères et âcres, triomphent souvent de ces affections. Divers médecins semblent avoir constaté ses bons effets contre les vers intestinaux, et particulièrement contre les ascarides lombricoïdes. Dans cette vue, Schulz employait la raclure de noix vomique à la dose de dix grains, et Junghans, la teinture alcoolique de cette substance à là dose de cinquanté gouttes. On en a tenté l'usage dans différentes affections nerveuses, telles que la manie, l'hystérie, l'hypocondrie et Fhydrôphobie. La haute réputation, dont le fameux électuaire de Oro: à joui autrefois contre la rage, était même entièrement due à la noix vomique qui en est la base. Spielmann et Murra rapportent que les ee s'en servent contre la colique. Mais on ne détermine pas dans quelles espèces de coliques , et certes ce ne peut être ni dans les coliques bilieases, ni dans les coliques stercorales, ni dans celles qui tiennent à l'embarras intestinal, ni, à plus forte raison, dans les coliques inflammatoirés. Dansune épidémie de dysenteries, Hagstrom a administré cette substance irritante et âcre jusqu’à la dose d’un scrupule par

jour à beaucoup de dysenteriques qui ont guéri malgré un semblable moyen, et il €n à conclu que la noix vomique avait une graude, efficacité contre la dysenterie, Cependant comme l’auteur laisse iguorer si la guérison de cette phlegmasie a été pus prompte sous l’emploi de la noix vomique qu’elle ne ’est ordinairement, nous sommes fondés à croire qu’elle n’a pas eu lieu avant le temps prescrit par la marche de la maladie, et naturellement conduits à nous en tenir à l'emploi des mucilagineux dont l’expérience a confirmé les avantages dans cette affection. Si l’on doit reléguer au rang des fables l’efficacilé prétendue de la noix vomique contre le venin des serpens et contre la peste, douter de ses succès dans la dysenterie , ajourner son jugement sur ses propriétés fébrifuges et anthelmentiques, et être réservé sur son emploi contre les névroses et autres maladies, dans lesquelles elle a été plus ou moins préconisée : d’après les expériences cliniques de M. F ouquier, on ne peut révoquer en doute ses succès contre les paralysies essentielles, etses avantages , pour exciter l’action de la moclle épinière et des nerfs qui en partent. L'habile praticien que nous venons de citer, à administré l'extrait alcoolique de la noix vomique dans la paraplégie et l’hémiplégie , d’abord à la dose de deux grains, répétés deux ou trois fois par jour, ensuite à une dose un peu plus forte, et successivement jusqu’à vingt-quatre grains par jour. Il a vu bientôt des tressaillemens faibles et passagers, puis des contractions musculaires , Se manifester dans les, parties paralysées, et peu à peu le mouvement volontaire s’y rétablir, |

En substance, et sous forme pulvérulente, la noix vomique peut être administrée de cinq à quinze grains par jour, et même au delà, en augmentant peu à peu la dose. En décoction, on peut la donner de treize décigrammes à quatre grammes (un scrupule à un gros). La dose de sa teinture spiritueuse est de vingt-cinq à cinquante gouttes. Suivant la méthode de M. Fou- quier, on doit admimstrer son extrait alcoolique de quatre à six grains par jour en plusieurs prises, et augmenter graduellement cette quantité d’un grain tous les deux ou trois jouis, de manière à en donner jusqu’à un scrupule.en vingt-quatre heures. L’extrait aqueux pourrait être pris de la même manière, La noix vomique fait partie de l’électuaire camphré et du trop fameux électuaire que nous avons indiqué plus haut, monstrueux et dégoûtant farrago digne d’un eternel oubli malgré sa réputation usurpée , et malgré les fastueux éloges qui ont été prodigués à ses merveilleuses vertus contre la manie, la rage, la peste, elc. j h 11 Bi rA -

La noix vomique est très en usage pour empoisonner les

( 79 ) chiens vagabonds, et pour détruire les loups, les renards et les fouines. Dans cettte vue, on l’introduit dans des viandes ou autres substances alimentaires qui servent d’appât à ces animaux dévastateurs.

(La plante est représentée à la moilié de sa grandeur naturelle)

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