‹ Flore médicale (volume 5)Chapitre 25 sur 81 · OGNON · texte numérisé non relu

OGNON

Grec... ..... xpouuuoy. Dioscoride.

cePA vuzGARIs; Bauhin, IlivaË, lib. 2, sect. 4. Tourne-

\ fort, clas. Q, sect. 4, genre 11. , &

..{ ALLIUM cepA; scapo nudo inferné rentricoso longiore ù foliis teretibus. Linné, hexandrie monogynie. Jussieu,

à | “clas. 3, ord. 6, famille des asphodéles.

. Français. ... ocnon; cisouzr.

Ltalien...... crrorraA.

Espagnol. ... cERozrA.

Portugais ... cEBoLA.

Allemand... . ZWIEBEL; ZIBOLLEN.

ÆAnglais..... ON1ON.

Hollandais .. UyEN. \

Danoiïs ..... LOEGEN.

Suédois. ....' ROEDLOEK.

Polonais... .. cEBuLA.

MIISSE ec te DURS

UTC NN SOCHAN.

Persan. ,... pras.

Hébreu...... BnaAzAL.

Indou....... wassar.

Chinois. .... "sum xr.

Dati:

L'ognon, dont l’origine se perd dans l'antiquité des premicrs siècles, est du même genre que l'ail. Il se caractérise par ses fleurs disposées en une sorte d’ombelle terminale, renfermée dans une spathe à deux valves. La corolle, ou le calice, selon d’autres, est partagée en six divisions profondes : elle renferme six étamines ; les filamens en alène, quelquefois alternativement simples et à trois pointes; un seul style. Le fruit est une capsule triangulaire , à trois valves, à trois loges, renfermant plusieurs semences arrondics.

Sa racine est composée d’une touffe de fibres simples , blanchâtres , presque filiformes, attachées à la base d’un plateau qu’on regarde comme la principale tige. La partie supérieure de ce plateau est chargée de nombreuses tuniques plus ou moins épaisses , charnues , s’enveloppant les unes les autres, formant un bulbe ou ognon ventru, arrondi ou ovale, qu’on a longtemps considéré comme faisant partie des racines, mais qui est aujourd’hui reconnu comme composé de la base inférieure d’un grand nombre de feuilles non développées. |

Les feuilles sont glabres, cylindriques, fistuleuses, très-

66°, Livraison. LA

(92) pointues, toutes radicales. De leur centre s'élève une bampe nue , longue de deux ou trois pieds, cylindrique , fistuleuse, ventrue ou renflée à sa partie inférieure, terminée par une tête de fleurs arrondie ou ovale.

La corolle est d’un vert blanchâtre ou un peu rougcâtre; ses divisions sont droites, presque réunies à leur sommet, surtout les trois intérieures, et laissent saillir latéralement les filamens des étamines alternativement élargis et trifides.

On range encore dans le même genre plusieurs espèces d'ail, connues sous les noms vulgaires d’échalotte (allium2 ascalonicum), dont les racines portent un grand nombre de bulbes qui reproduisent de nouvelles plantes; de civette (allium schænoprasum), dont tous les filamens des étamines sont simples, et non trifides comme ceux de l’échalotte; de rocambole (allium scorodoprasum ), dont les feuilles sont planes , un peu ondulées, et beaucoup d'autres. (P)

Cette plante exhale une odeur alliacée, forte et pénétrante. Sa saveur est à la fois douce; âcre et piquante. Les parties volatiles qui en émaneñt produisent un p'cotement douloureux sur la membrane pituitaire, sur la conjonctive, et déterminent un abondant écoulement de lames. Quoique l’eau qu’on en retire par la distillation répande une odeur fragrante, Neumann et Spielmann n'ont pu y trouver le moindre vestige d'huile volatile. La bulbe de l’ognon, qui cst Ja seule partie de ce végétal employée en médecine , est essentiellement composée de mucilage, de sucre et d'une matière gommo résineuse amère très-stimulante. Ces différens matériaux immédiats de l’ognon expliquent les propriétés diverses dont il est doué, et donnent raison des effets, en quelque sorte contradictoires, que lui attribuent les auteurs de matière médicale. 11 agit en effet, tantôt comme adoucissant et tantôt comme irritant. Mais il faut remarquer qu'il ne jouit de propriétés stimulantes et irritantes que dans l’état de crudité. La coction détruit , eu grande partie , le principe âcre et amer auquel il est redevable de sa vertus excitante, et alors il ne possède plus que les qualités émolliente, adoucissante et relàächante de la plupart des substances mucilagineuses. Nr

Dans cet état, l’ognon réduit en une sorte de pulpe, est employé soit en substance, soit en décoction , dans beaucoup de maladies d'irritation , soit locales, soit générales. On en fait souvent usage dans le traitement des catarrhes du poumon, de l’urètre et de la vessie. On se sert plus particuliérement de sa décoction, aqueuse associce au sucre, au MIE? 4 au lait, à l'eau de veau, dans les maladies de la poitrine,

(9 ) telles que les toux rebelles, lasthme, la phthisie. Extérieurement on l’applique, sous forme de cataplasme, sur les tumeurs inflammatoires, pour diminuer la tension douloureuse qui les accompagne et bâter la suppuration. ‘On s'en sert ainsi chaque jour contre les phlegmons, les bubons, les furoncles et les panaris ; on en fait également usage dans la brûlure au premier degré. us Lorsque cette racine bulbeuse est dans létat de crudité, elle a une toute autre manière d’agir, et ne peut plus être employée daus aucune de ces maladies. Si on Papplique alors sur la peau, ‘lle la rougit, et y détermine de la phlogose. Lorsqu'on l’ingère, son action stimulante se manifeste dans l'intérieur de la bouche, par un piccotement äcre, dans l’estomac, par un sentiment de chaleur, et, sur la plupart des appareils organiques, par les effets d’une irritation plus où moins marquée. C'est ainsi que lognon augmente l'appétit, qu'il excite la sécrétion de l'urine, provoque la transpiration cutanée, active l’exhalation pulmonaire, et qu'il a paru dans quelques cas favoriser l'écoulement des règles et porter aux plaisirs de amour. Toutefois ces effets sont en général trèspeu marqués. Aucun fait pathologique ne prouve que l’usage de l’ognon ait jamais opéré la &ssolution des calculs urinaires, el tout porte à reléguer au rang des fables les plus absurdes tout ce qu’on débite sur sa prétendue vertu lithontripuque. Toutefois il possède bien réellement une propriété diuretique en vertu de laquelle il a pu être utile dans certaines rctentions d'urine, contre lesquelles il a été cependant trop précomisé, et contre l’hÿdropisie, où plusieurs faits prouvent qu'il a été emploÿé avec succès. Lanzoni a vu l’hydropisie ascite disparaître chez des sujets qui ont fait pendant plusieurs mois un grand usage de l’ognon, soit en boisson , Soit comine aliment. Murray cite la guérison d’une anasarque due à la simple application de sa pulpe crue, soit à l’hypogastre, soit à la plante des pieds. Son usage abondant a été également utile contre le seorbut. Sous le double rapport dè ses principes nutritifs et de son action stimulaute, il peut méme étre considéré comme un des alimens médicamenteux les plus utiles dans les affections de ce genre. Comme topique, le suc de l’ognon injecté, à la dose de quelques gouttes, dans le conduit auditif, a été recommandé contre la surdité et le “cophosis : mais les causes de ces lésions de l’ouie sont si nom: breuses et si variées, qu’un semblable m oyen n’a pu y être utile que bien rarement. Du reste, l'efficacité qu’on a faussement et arbitrairement attribuée à l'ognon, contre la peste «1 contre d’autres maladies épidémiques et sporadiques, ne repose

que sur des opinions erronées, et ne mérite par conséquent aucune confiance. Je laisse à chacun à juger si les éloges qu’on

, , “ °) faute FER AN) a prodigués. à 1 ognon contre l’alopécie, sont plus mérités, et celle » par conséquent, d'apprécier à leur juste valeur le précepte de l’école de Salerne :

Contritis cæpitis loca denudata capillis S'æpe fricans, poleris capitis reparare decorem,

La décoction de l’ognon, ordinairement édulcorée ou as50ciée avec quelque autre liquide mucilagineux, se donne en quantité indéterminée. Son suc exprimé peut être administré à la dose de cent vingt-huit grammes (quatre onces). Sa pulpe sert à faire des cataplasmes irritans où émolliens, selon qu’elle est crue ou cuite, L

À cause de-ses qualités excitantes, l’ognon, dans l’état de. crudité,; ne convient point comme aliment aux tempéramens bilieux, aux sujets délicats et très-irritables, aux personnes trop ardentes aux plaisirs de l'amour, ni à celles qui sont sujettes aux hémorragies, aux daitres, etc. Il est d’ailleurs assez difficile à digérer, et, sous ce rapport, il ne peut être avantageux, comme aliment, qu’à ceux qui ont un estomac robuste, qui mènent une vie active et très-exercée, ou qui sont livrés à des travaux pénibles. Mais lorsque la coction a suffisamment ramolli son parenchyme , et a transformé son âcreté en une saveur douce et suave, il constitüe en général une nourriture aussi agréable que salutaire, Dans cet état, on en fait un très-grand usage. On le sert préparé de diverses manières sur nos tables ; on l’associe aux viandes et aux légumes, dans la plupart des ragoûts ; il sert de condiment dans toutes les salades ; il entre dans la composition des sauces, des coulis, des jus de viandes, des gelées animales et autres préparatons culinaires que les cuisiniers composent à grands frais pour stimuler le palais blasé de nos modernes Apicius. On le confit aussi au sel et au vinaigre, à la manière des cornichons.

L’ognon blanc passe pour être plus doux et plus sucré que le rouge. Mais, un fait beaucoup plus certain, c’est qu’il acquiert, dans les climats chauds, une saveur beaucoup plus sucrée, et qu’il y a, par conséquent, beaucoup moins d’âcreté que dans les pays froids ; c’est ce qui fait qu’on le trouve beaucoup plus savoureux, beaucoup plus agréable, et qu'on le mange avec plus de plaisir en Espagne, en Italie et même en Provence, que dans la France septentrionale et autres contrées du nord. i

On conuaît trente espèces d’a/lium, qui toutes jouissent de propriétés analogues, et sont employées aux mêmes usages culinaires. Les plus généralement cultivées, parmi nous, sont : l’échalotte, a. fistuloza; la ciboule, a. ascalonium ; la rocambole , a. scorodoprasum.

(La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle)

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