ROUTE
En nommant l’oranger, l’imagination se transporte aussitôt dans les jardins enchantés des Hespérides : elle se promène au milieu de ces belles forêts composées d'arbres élégans , dont les feuilles nombreuses et touffues conservent leur brillante verdures dans toutes les saisons de l’année. Là, des bosquets de fleurs s’épanouissent ct parfument l'air d’une odeur suave.et balsamique : des fruits teints d’une belle couleur d’or leur succèdent, et contrastent agréablement avec le vert foncé du. feuillage. els j'ai vu plusieurs jardins sur la côte de Barbarie, en partüculier celui du scheik Aly-Bey, à la Mazoule ,\non loin du bastion de France.
Selon M. Galézio, l’oranger n’était pas connu , en Europe, à la fin du dixième siècle; mais au quinzième, la culture de cet arbre était en vigueur en Espagne, en Portugal, dans la Ligurie, dans les royaumes de Naples et de Sicile, I] paraît que c’est entre le dixième et le treizième siècles que l’oranger
: (1) Pommier de la Médie ; par la même raison, les Grecs appelaient Porange moy ndixoy.
(2) De aurum, or, comme si l’on disait pomme d'or.
CG. Livraison. d.
a été introduit, en Europe, par les Vénitiens ou par les Gémois, €t qu ii est originaire de la Chine ou des îles de la Sonde. Le citronnier est beaucoup plus ancien : il était cultivé du temps des Romains. Ces deux beaux arbres appartiennent évidemment au même genre, qui se caractérise par un calice à cinq divisions; cinq pétales ; environ vingt étamines; les filamens comprimés, réunis inférieurement en cylindre, divisés en plusieurs faisceaux anthérifères; un style; un stigmate en tête : une baie cellileuse, partagée en plusieurs cloisons membraneuses, longitudinales, entourée d'une écorce épaisse, ridée et glauduleuse ; les semences sont cartilagineuses. -
L’oranger , dans les pays chauds, tel que je ai vu en Baxbarie, s’elève à la hauteur de vingt-cinq ou trente pieds et plus, sur un tronc à peu près de la grosseur du corps d’un homme. Son bois est dur, d’un blanc jaunâtre, d'un grain fin, uni: ses rameaux réunis en une cime touffue, un peu arrondie.
Les feuilles sont alternes, persistantes, péliolées, ovaleslancéolées épaisses, glabres, luisantes, presque entières , articulées sur un pétiole ‘bordé d’une aïle foliacée, en cœur : parsemées de peutes vésicules résineuses ct transparentes.
Les fleurs sont blanches, très-odorantes, disposées en bou: quets vers l'extrémité des rameaux. Les filamens sont réunis à leur base en une membrane, qui ensuite se déchire en plusieurs lanières, chargées chacune d’un certain nombre d’étamines. ‘
Les fruits sont sphériques , d’un jaune doré à l'extérieur, ordinairement blancs en dedans, divisés en plusieurs loges, par des cloisons membraneuses et diaphbanes , renfermant chacune plusieurs semences dépourvues de périsperme. La culture a obtenu , de ce bel arbre , de nombreuses variétés.
La diététique et la thérapeutique tirent également parti des différens produits de l’oranger. | |
Les feuilles, dont la saveur est chaude et amère, exhalent, quand on les froisse, une odeur fragrante, agréable, qui est due à l'huile volatile renfermée dans les nombreuses petites vésicules transparentes dont elles sont parsemées. La présence du principe amer et de cette buile essentielle , odorante et ‘âcre, leur donne une propriété essentiellement tonique. C’est en vertu de l'excitation permanente qu’elles exercent sur l'écomomie animale, qu’on les emploie contre les affections atoniques de l’appareil digestif, telles que l'inappctence, les flattuosités, l’hypocondrie, et qu’elles ont éte surtout recommandées contre les maladies nerveuses et convulsives. Plu-
(1278 ) , sieurs auteurs modernes, parmi lesquels on distingue Hacn, Velse, Locheï, Hannes, Stoerck, attestent que les feuilles administrées, soit en infusion, soit en substance, ont fait ‘disparaître desconvulsions, deshystéries, et plus particulièrement encore, beaucoup d’épilepsiés qui avaient résisté à d'autres moyens. Des faits constatés par des observateurs aussi rcCOmMmandables,nepeuvent être révoqués en doute. Toutefois n’ést-il pas vraisemblabie que l’épilepsie et autres affections spasmodiques dont ce médicament a triomphé, étaient accompagnées où produites par un état d’atonie, et que, dans les cas où Îes maladies sont dues à la pléthoré où à un état de surexcitation : il ne peut y être d'aucune utilité ?
Les fleurs d'oranger, remarquables par l'extrême suavité de l'odeur fragrante qu’elles exhalent au loin , Ont aussi ‘une saveur très-amère. Elles renferment beaucoup d'huile volatile, rouge, très-odorante et un peu âcre, à laquelle elles paraissent être redevables de leur arôme et de leurs autres qualités. Par la distillation, cette huile essentielle passe entièrement dans, l’eau , à laquelle elle donne toutés les propriétés des fleurs elles-mêmes, et que l’on emploie, pour cette raison, aux usages médicinaux , sous le nom d’eau de fleurs d'oranger, et par corruption sous celui d’eau de fleurs d'orange. Cette eau, distillée, exerce. plus. particulièrement son influence sur le système nerveux, €t paraît agir comme sédative, Sous ce rapport, onçen fait un très-grand usage dans presque toutes les maladies nerveuses. Il est même peu de: substances médicamenteuses auxquelles on ait recours plus fréquemment et avec moins de danger pour apaiser les douleurs de tête, dissiper les spasmes de la poitrine, les palpitations du cœur, les anxiétés précordiales et pour soulager cette longue série de maux de nerfs qui accablent, dans les grandes villes, la plupart des savans , des littérateurs, des grands’ artistes; et:qui abreuvent d'amertume la vie d’une foule de’. femmes charmantes, douces des qualités les plus aimables eu destinées à faire les délices de la société. |
Les fruits de l’oranger, cueillis longtemps avant leur matuturité, et convenablement desséchés, quoique sans odeur, of: fren: une saveur aromatique et extrêmement amère. Au rapport de Cullen et de Murray, ils constituent, dans cet état ,un des plus excellens toniques de la matière médicale, et sont, Par conséquent, dans les cas d’atonie, un stomachique préfé. rable à tous les amers ét autres médicamens auxquels on prodigue ce nom. ,
Lorsqu’elles sont bien müres ,
les oranges se distinguent , entre tous les fruits , par leur be
Ile couleur dorée, par la sua-
(tua)
vité de leur arôme, et par la douceur de leur goût acidulé et sucré. Leur écorce, parsemée d’une grande quantité de petites vésicules remplies d'huile volatile inflammable, a une odeur aromatique trés-agréable et une saveur chaude, piquante et amère. Elle fait éprouver un sentiment de chaleur douce dans l'intérieur de la bouche, du pharynx et de Pestomac; elle active la digestion et favorise l’exercice de la plupart des fonctions organiques. On l’emploie ainsi avec avantage dans toutes les affections qui tiennent à l’atonie de l'estomac, à Ja torpeur de l'intestin, ou à la Jangueur de différens organes. Selon divers auteurs, elle a été administrée contre les Étrne intermiltentes, avec autant de succès que le quinquina, auquel elle peut en effet suppléer dans beaucoup de cas. On
eut s’en servir dans le traitement des catarrhes chroniques De bronches, de la vessie, de l’urètre et du vagin, ainsi que dans la chlorose. Elle peut ètre d’une grande utilité dans plusieurs névroses, et particulièrement dans l’hypocondrie et l'hystérie, qui tiennent à une sorte de torpeur ou au défaut de sensibilité de l'intestin et de l’utérus. Gullen remarque ju- ES RR er que si cette écorce n’est pas plus souvent salutaire dans ces différentes circonstances, c’est qu'on l’administre à trop faible dose, Toutefois, après l’avoir inutilement employée dans les hémorragies utérines, contre lesquelles elle a été préconisée par divers auteurs, cet illustre médecin pense qu'elle ne peut qu'y être nuisible, et je suis parfaitément de son avis.
Le parenchyme des oranges mûres, dont la saveur fraiche, acidulée et sucrée est si délicieuse, contient une grande quantité de suc aqueux, composé lui-même de plusieurs acides végétaux, de mucilage et de beaucoup de sucre. I jouit ainsi de qualités rafraichissantes, délayanies, adoucissantes et légèrement nourrissantes. Sous ces différens rapports, il est extrêmement avantageux pour calmer la soif, diminuer la sécheresse et apaiser la chaleur fébrile: qui accompagnent presque toutes les maladies aiguës et beaucoup de maladies chroniques. On ne peut pas administrer de boisson plus utile que l’orangeade, préparée avec ce suc, l’eau et le sucre, dans les fièvres ardentes, bilieuses, inflammatoires, dans la fièvre jaune, la peste et le typhus. Elle est également utile dans les embarras gastriques etintestinaux, dans la dysenterie, la péritonite, etc. Dès longtemps on a constaté ses bons effets dans les inflammations de l'appareil urinaire, et patticulièrement la néphrite, la strangurie et la blennorrhagie. Mais malgré sa grande puissance diurétique, dans tous les cas d’irritation des voies uriuaires , et malgré la dissolution de quelques parcelles de cal-
CTO)
culs que Lobb lui a vu opérer dans des matras, On ne peut lui reconnaître aucune vertu lithontriptique. Le suc d ofange pourrait, tout au plus, être considéré comme propre à prévenir la formation des calculs d'acide urique, en tant qu'augmeutant la quantité de Vurine, il fournit à ce liquide une | assez grande quantité d’eau pour dissoudre complétement cet acide et l'empêcher de se précipiter. Par ses vertus analeptiques et rafraïchissantes, il convient surtout dans le scorbut , soit comme curatif, soit éomme préservatif, dans dés voyages de long cours, où il était impossible de transporter et de conserver, à bord des vaisseaux, ces fruits en nature. Lind s’est parfaitement bien troûvé, contre cette affection, de l'usage du rob d’orange, obtenu par la concentration de leur suc uni au sucre.
Les feuilles, les fruits, avant leur maturité, ainsi que l'écorce des oranges mûres, desséchée, se donnent, en poudre, depuis deux jusqu’à huit grammes (dei à deux gros), ‘soit en électuaire, soit en suspension dans des sirops, du chocolat ou tout autre excipient approprié. On les administre én infusion dans le vin, et en infusion et en décoction dans l’eau à depuis seize jusqu’à trente-deux grammes (quatre gros à une once), pour un kilogramme (deux livres) de liquide, que l'on peut associer à différentes substances, pour lés rendre plus agréables. L'eau de fleur d'oranger est administrée à la dose de quatre où huit grammes (un ou deux gros), dans des Juleps et pôtions ou loochs convenables. L'huile essentielle qu’on en retire ne se donne qu’à la dose de quelques gouttes avec du sucre, sous forme d’oléo-saccharum ou daus des potions appropriées. Le suc d’oranges peut être administré en quantité indéterminée, soit dans l’eau, sous forme de limonade, soit avec le vin ou l'alcool, sous forme de punch.
Tel que la nature nous le présente, ce fruit convient , Surtout comme aliment, dans les pays chauds, où un instinct salutaire porte naturellement les hommes à l'usage des alimens légers acidulés et sucrés. El est également utile, dans tous les climats, contre les affections scorbutiques et pendant la convalescence de la plupart des maladies inflammatoires et bilieuses. Les limonadiers en préparent du punch, des limonades, des glaces d’excellent goût. En les associant au sucre, Jes confiseurs préparent, avec les oranges entières, et avec leur écorce isolée, des pâtes, des conserves, et toutes sortes de bonbons très- délicats. Les oranges non müres, ainsi confites, Coustitnent en particulier une substance tonique et &tomachique d'un goût délicieux. L'écorce sert plus spécialement à la préparation des liqueurs de table et des ratafias.
* (116 ) Les fleurs sont très-utiles aux parfumeurs, pour aromatiser des pommades, des huiles, destinées à la toilette, et pour composer des essences et autres cosmétiques. A l’égard de l’eau de fleurs d'oranger, les ménagères, les cuisiniers, les pàtissiers , les limonadiers, les glaciers , les confiseurs, etc., S'en
- servent à chaque instant pour aromatiser les produits de leur art. k
(La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle)
. Fleur,
APistle
. Trois étamines soudées à la base.
. Pétale. \ | . Coupe horizontale d’an fruit. -
. Graïne enveloppée de son arille,
. Graine dépouillée.
. Cinq embryons appartenant à une seule graine. s
ui Outre ww E
pd LL an ren vere—
Lenbert A Sexfe*
rRT € Turver 2:
ORCHES .
el.