ORCHIS
® Grec... ..... 6pyse. Dioscoride. ÿ
ORCHIS MORIO MAS FOLIIS MACULAT1S; Bauhin, Tlsyaf, lib. 2, sect. 6. Tournefort, clas. 11, sect. 3, gen. r. Latin ......./)oRcais mAscuLA; bulbis indivisis, nectarii labio quadrilobo crenulato, cornu obtuso , petalis dorsalibus reexis. Linné, gynandrie diandrie. Jussieu, clas. 4 , ord. 3; famille des orchidées.
Français. .., ORCHIS; ORCHIS MALE; TESTICULE DE PRÈÊTRE. Talence ORCHIDE ; SATIRIONE.
Æspagnol.,.. saririo mAcno.
Allemand. .fl} MAENNLICHESKNABENKRAUT.
Anglais. .... MALE FOOL-STONES; MALE ORCHIS.
Hollandais... MANNETIES-HARLEKYN.
Les orchis sont distingués des autres plantes par toutes les parties de leur fructification : ils sont principalement remarquables par la composition élégante de leurs fleurs, à la vérité très-irrégulières , mais offrant, dans cette même irrégularité, les formes les plus agréables, les plus variées, et qu’on ne peul rapporter à aucune autre plante connue. Quoiqu’ordinairement d’une grandeur médiocre, elles ne s'attirent pas moins l’admiration par leur réunion en bouquets d’une riche Composition, en panaches magnifiques, en. longs épis ou.en grappes élancées, relevées par la variété et le mélange des plus belles couleurs. Elles n’ont point de calice : leur corolle 3 placée à l'extrémité supérieure de l'ovaire, se divise en six pétales, trois extérieurs assez semblables, deux intérieurs sou: vent réunis en voûte, le sixième en lèvre pendante, dont les divisions, très-singulières, donnent à ces fleurs , conjointe. ment avec les pétales supérieurs , tantôt l'aspect d’une abeille, d’un bourdon, . d’une araignée, d’un petit quadrupède suspendu, tantôt renflé en forme de bourse, de sabot, ou prolongé en épcron à sa base : ces différences entrent, comme caractères essentiels, dans l'établissement des genres.
Celui des orchis se distingue par une corolle presque en forme de gueule; les pétales supérieurs réunis en voûte; la lèvreou le pétale inférieur, prolongé à sa base en, éperon; l'ovaire infé: rieur ct tordu : du milieu de la.fleur s'élève une colonne qu’on regarde comme le style, et qui porte en même temps les organcs mâles et femelles ; le stigmate est convexe , placé en devant dustyle; le pollen distribué en deux paquets oblongs ;
67°. Livraison. a.
une capsule alongée, à une loge, à trois valves, s’ouvrant par trois fentes longitudinales; les semences petites et nombreuses. |
L’orchis mâle a ses racines composées de deux tubercules entiers, ovales, arrondis, dominés par plusieurs fibres simples, alongées, un peu.charnues. | 6
Ses tiges sont droites, simples , glabres, cylindriques, charnues, longues d'environ un pied ct plus, garnies à leur moitié inférieure de quelques feuilles alternes, planes, oblongues, Tancéolées, aiguës, quelquefois parsemées de taches noires, irrégulières. | ,
Les fleurs sont grandes, purpurines, disposées en un bel épi terminal, un peu lâche, de trois à quatre pouces de long : le pétale inférieur est large, crénelé, à quatre lobes; les deux du milieu plus longs que les latéraux; les autres pétales un peu aigus, réfléchis; l’éperon obtus, presque droit.
Cette plante croît dans les prés et les bois. On trouve encore, aux mêmes lieux, plusieurs autres belles espèces d’orchisi®: 310: (P.)
Les bulbes de cet orchis sont cueillis à la fin de l’année. Après les avoir privés de toute souillure, et les avoir soumis, pendant quelques minutes, à l’action de l'eau bouil- Jante, on les suspend à un fil, à la manière des grains de chapelet, et on les expose à l'action du soleil ou dans un four, pour les dessécher. Ils sont ensuite répandus dans le commerce, sous les noms de salep de Perse, ou de salap. Dans cet état, ce sont de petits bulbes d’une couleur paille demitansparente, d’une consistance dure et comme cornée. Leur odeur , quoique très-faible, se rapproche un peu de celle du bouc, leur saveur est fade et mucilagineuse. [ls se ramollissent dans l'eau, et s’y dissolvent en partie. Lorsqu'ils ont été préalablement pulvérisés , ils donnent à soixante fois leur poids de ce liquide, la consistance d’une gelée tremblante. Îls sont entièrement éomposés de mucilage et de fécule amilacée, et c’est à ces principes composans qu'ils doivent les propriétés nutritives, analeptiques, restaurantes , émollientes , adoucissantes, incrassantes, lubrifiantes, dont elles ont été successivement décorés, et qu’elles partagent avec la gomme et autres substances mucilagineuses. D’après la grossière analogie qu’on a cru trouver entre ces bulbes, ordinairement géminés, et les testicules, on a ridiculement préconisé leurs vertus aphrodisiaques. On assure même que cet orchis est en grand crédit, sous ce rapport, parmi les nations de l'Orient, qui languissent sous le double joug de la servitude et de
l'ignorance. Mais comme ces peuples barbares ct voluptucux J'associent avec différens aromates, tels que le cinnarmome, Île castoréum, l’ambre, le ginseng , etc. , les effets, vrais ou faux, qu'ils lui attribuent, doivent ètre rapportés, au moins eu partie, à ces difiérens stimulans. Si le salep seul excite Faction génitale et porte aux plaisirs de l’amour, ce ne peut être en effct qu’en vertu de ses qualités éminemment . ñutritives, et alors il serait aphrodisiaque à la manière des œufs, des viandes et des fruits succulens, du lait et autres substances alimentaires, abondantes en principes assimilables. Je dois passer ici, sous silence, comme également dénuées de preuves et comme entièrement imaginaires , les propriétés que les anciens avaient attribuées à l’orchis, contre la goutte, l’épilepsie et les palpitations du cœur. Il n’en est pas ainsi de ses qualités analeptiques et adoucissantes, en vertu desquelles il est employé avec le plus grand succès dans la plupart des maladies de consomption et d’irritatiôn. Son usage est réellement très-utile dans le traitement des fiëvres hectiques et des fièvres lentes nerveuses, dans celui des diarthées et des dysenteries, soit aigucs, soit chroniques. Différens auteurs en ont recommandé, à juste titre, l'emploi contre les coliques et le ténesme, la néphrite et les affections calculeuses des reins et de Ja vessie, la strangurie et autres maladies des voies urinaires. Ses succès ont té plusieurs fois constatés dans la phthisie pulmonaire où il est très-propre à soutenir les forces vitales, et à retarder les progrès de la colliquation et du marasmé, qui sont inséparables de cette terrible maladie. On peut également l’administrer avec avantage dans lhémoptysie étautres hémorragies, soit actives, soit passives, dans le cancer de lutérus, dans la consomption dorsale, aux sujets épuisés par une longue abstinence , par des excès d’études, par de longs chagrins, par la peruicieuse habitude de l’onanisme et autres causes débilitantes. Les vieillards décrépits se trouvent également très-bien de son usage, qui est surtout d’une Lrès-
grande utilité dans le scorbut.
Le salep de Perse n’est pas moins digne de figurer parmi les alimens que parmi les médicamens. Ïl surpasse même en qualité nutritive la plupart dés àlimens tirés du règne végétal ; et, sous ce rapport, il est, à juste titre, en grande vénération parmi les Orientaux. Les Persans et les Turcs en font surtout uñ fréquent usage. Il est un de leurs mets favoris dans les fesvins. Is en font provision, lorsqu'ils voyagent, pour rétablir leurs forces épuisées par la fatigue. 1s s’en servent pour restaurer les convalescens et les vieillards. Mais quelles que soient les proprictés nutritives et analeptiques du salep ; on sait bien
qu'il ne peut pas faire des miracles, qu'il ne peut point s’opposer par conséquent au terme que la nature à assigné À notre existence, ni rétablir des forces épuisées par un long abus du coït et des plaisirs les plus énervans. Suivant la judicieuse remarque de Murray , l’orchis, à cause de son peu de volume, et de la facilité de le conserver, serait un aliment extrêmement ütile dans les voyages maritimes, dans les longues expéditions militaires, pendant les siéges et les blocus. Une once d’orchis pos et une once de gelée animale, dissoutes dans quatre ivres d’eau, suffisent pour bien nourrir un homme pendant vingt-quatre heures ; de sorte que trois livres de chacune de ces substances peuvent nourrir un homme pendant un mois entier. Cet aliment a de plus l’avantage précieux de masquer ou de faire disparaître la saveur salée de l’eau de la mer, dont il peut ainsi permettre l’usage à bord des vaisseaux.
Exactément pulvérisé, le salep se donne en solution dans Veau , le lait, le bouillon ou des jus de viandes, à la dose de quatre grammes (un gros), pour un kilogramme (deux livres) de liquide que l’on édulcore convenablement avec le sucre ou un sirop approprié, ou que l’on aromatise avec l’eau de fleurs d'oranger ou toute autre substance agréable. On peut donner à ce liquide la consistance d’une gelée que l’on administre par cuillerées de deux en deux heures. Le salep est associé aux huiles douces dans la préparation des loochs adoucissans. On le transforme en pâtes, en tablettes, en pastilles, en l’unissant à une certaine quantité de sucre et de mucilage. On l'introduit dans la pâte du chocolat, pour rendre cette substance
plus nourrissante. Les pharmaciens s’en servent quelquefois M
‘pour dissoudre les résines. |
Les bulbes de plusieurs espèces d’orchis indigènes jouissent absolument des mêmes propriétés que ceux de l’orchis mas- . cula. Tels sont, en particulier, ceux des orchis morto, latifolia maculata, bifolia etpyramidalis, qui sont substitués chaque jour, avec avantage, au salep de Perse. Puissent ainsi disparaitre et notre stupide crédulité pour les vertus imaginaires des drogues que nous allons chercher à grands frais dans un autre hémisphère, et notre engouement ridicule pour les médicamens exotiques, dont les analogues ont été libéralement ré-. pandus par la nature, sur le sol de la patrie : puissions-nous enfin , plus éclairés sur nos véritables intérêts, et mieux instrults des qualités réelles des substances qui croissent en abondance sous nos pas, nous affranchir de l'impôt que notre ignorance
et notre incurie, secondées par la cupidité de quelques spé-M
: ; » l’étr | culateurs, paient depuis des siècles à l'étranger.
Cou) EXPLICATION DE LA PLANCHE 2566.
' \ ( La plante est réduite aux deux tiers de sa grandeur naturelle)
1. Fleur entière de grandeur naturelle, vue de profik. 2. Etamine et labelle.