‹ Flore médicale (volume 5)Chapitre 60 sur 81 · PLANTAIN · texte numérisé non relu

PLANTAIN

Grec........ &proynwscoy. Dioscoride. À A

PLANTAGO LARIFOLIA SINUATA. Baubin, TivaË, lib. 5, sect. 5, Tournefort, clas. 11, sect. 2, gen. 3. ”

Latin........{PLANTAGO MAIOR ; folis opatis glabris, scapo tereti,

À spicd flosculis imbricatis. Linné, tétrandrie monogynie. # 3 Jussieu, clas, 9, ord. 2, famille des plantains.

Français. .... PLANTAIN; GRAND PLANTAIN.

Lialien :..... PIANTAGGINE MAGGIORE-

Æ£spagnol. ... LLANTEN mAyor.

Porlugais.... TANCHAGEM mor.

Allemand... GRosSER WEcErron.

ÆAnglais , 4.4 GREAT PLANTAIN.

Hollandais... crooTE wecczrre,

Danois. ..... vVxrBRED.

Suédois ..... croBLAD.

Polonais.:..:: BABKA.

Jiusse +... PpopuscHnIx.

Persan. ..... xAmAscH. \

Calmouc..... mscaur.

Le plantain à grandes feuilles est très-commun dans les prés secs, de sols arides, dans les champs et sur le bord des chemins. Quoique sans éclat, il ne mérite pas moins de fixer notre attention par son port, qui le distingue, à la première vue, de toutes les autres plantes des champs. Ses fleurs nombreuses, très-serrées , sont disposées à l'extrémité d’une hampe nue, en un long épi muni de bractées et représentant un pavache léger, surtout lorsqu'il se montre tout couvert des longs et nombreux filamens des étamines.

Le calice est court, persistant, à quatre divisions; la corolle sèche, membraneuse, persistante, composée d’un tube globuleux dont le limbe se divise en quatre lobes réfléchis. Quatre étamines insérées à la base de la corolle; les filamens capillaires très-longs ; l'ovaire supérieur, surmonté d’un style plus court que les étamines ; une capsule ovale, à deux loges, S’ouvrant transversälement ; une ou plusieurs semences dans chaque loge.

Ses racines sont composées d’une souche dure, épaisse, presque ligneuse, garnie en dessous de fibres cylindriques,

Les FR » toutés radicales, sont grandes, pétiolées ; ovales, obtuses, coriaces, presque glabres, légèrement denîces ou sinuées sur leurs bords, un peu décurrentes sur un pé-

71°. Livraison. d.

( 206 ) tiole canaliculé, parsemées de quelques poils rares, marquées de cinq à sept nervures.

Une hampe simple, droite, cylindrique, légèrement cotonneuse vers Je sommet, se termine par un long épi grêle, long de cinq à six pouces , composé de fleurs d’un blanc sale, trèsserrées, excepté les inféricures.

La corolle est très-ouverle, monopétale à quatre lobes; les filamens des étamines très-longs, quelquefois colorés d’une légère Leinte de pourpre. |

Les capsules sont ovales, à deux loges, séparées par une cloison qui devient libre au moment de la maturité des semences. Celles-ci sont oblongues, roussâtres, au nombre de sept à huit, fixées sur un réceptacle charnu,

Cette espèce fournit plusieurs variétés remarquables par les proportions de leur grandeur; on en rencontre dont les bractées se prolongent en folioles oblongues.

Le plantain moyen (plantago media) se distingue par ses épis plus épais et plus courts, par ses feuilles épaisses , velues, par ses capsules à une seule semence, dans chaque-loge. Dans le plantain lancéolé, les feuilles sont plus étroites et plus longues, rétrécies à leurs deux extrémités, (P.)

La racine et les feuilles de ce plantain sont presque inodores.. Leur saveur est herbacée, un peu amère et légèrement astringente, Lorsqu'on les mâche, elles impriment à la salive une couleur rougeâtre, et leur infusion aqueuse noircit lorsqu'on y verse du sulfate de fer. Les semences, quoique un peu âcres, renferment une grande quantité de mucilage.

Les qualités physiques de cette plante sont évidemment trop peu développées pour qu’on puisse lui supposer de grandes propriétés médicales. Les effets contradictoires qu’on lui attribue et les vertus exagérées ou entièrement illusoires dont on s’est-plu à la décorer, sont même, en quelque sorte, autant de preuves de la faiblesse de son action.

Thémison passe pour en avoir le premier introduit l'usage en médecine, Dioscoride ne tarit pas en éloges sur ses vertus. Galien, qui a été rarement surpassé en crédulité sur la toutepuissance des médicamens, lui attribuait la merveilleuse faculté de dégorger les viscères, de dissiper les fluxions, de faire disparaître les hémorragies, de guérir les dysenteries et les flux de ventre. Boyle a même cru devoir le signaler comme un excellent moyen contre les vomissemens de sang et l’hémoptysie. Longtemps avant lui, Celseet Pline en avaient recommandé l’usage aux phthisiques, et Schulz prétend avoir retiré de très-grands succès de son suc associé au miel, dans

[e) e \ , la phthisie pulmonaire et la fièvre hectique. Des auteurs plus

modernes, et tout aussi faciles à convaincre, ont Vanté l'usage du plantain contre les fièvres tierces printanières qui gucrissent tout aussi bien spontanément. Quelques autres, d’une foi encore plus robuste, ont étendu son efficacité prétendue à toutes les fièvres intermittentes, et même aux fièvres nerveuses, pes uilentielles et autres de mauvais caractère, ce qui lui a fait libéralement accorder les titres de puissant fébrifuge et d’excellent antipestilentiel. £

À l'extérieur, la décoction de cette plante herbacée n’a pas été moins préconisée, comme topique, pour la guérison des ulcères et des fistules. Borelli l’a même vantée contre le cancer. Sa racine a été également signalée comme propre à calmer les douleurs de dents. Cependant, quelle confiance mcritent de semblables assertions, dépourvues de toute espèce de preuves ? et quelle conséquence peut en tirer un esprit exact ? Si ce n'est que la haute opinion qu’on s'est formée depuis des siècles de l’action du plantain sur l’économie animale, n’est nullement en rapport avec ses propriétés réelles. I] serait sans doute très-heureux, ainsi que le remarque judicieusement Murray , que l'efficacité prétendue qui lui est attribuée, par Borelli, contre les affections cancéreuses, fût vraie; mais aucune observation précise n’en a malheureusement confirmé la réalité. Si l’ou s’est quelquefois servi avec avantage de sa décoction pour le pansement des plaies et des fistules ; on doit en donner toute la gloire à l'eau qui lui servait d’excipient et qui est enfin reconnue par les plus habiles chirurgiens, comme le vulnéraire par excellence. Quant à l'usage où sont les bonnes femmes, d'appliquer les feuilles de plantain sur les plaies récentes, il peut être quelquefois utile pour préserver les surfaces dénudées du contact de l'air ; mais très-souvent la présence de ces feuilles irrite la plaie, empêche Ja réunion de ses bords, et leur devient ainsi beaucoup plus nuisible que ne serait le contact de l'air lui-même. Si des fièvres intermittentes ont disparu sous l'emploi de cette plante, à l'intérieur, est-ce une raison de la décorer du titre de fébrifuge , lorsque l’expérence nous montre tous les jours que ces affections gucrissent par les seuls efforts de la nature. Si les hémorragies et les dysenteries doivent être traitées, comme je le pense, par les adoucissans, l’abstinence et les révulsifs, quelle confiance peut inspirer, dans leur traitement, une plante comme le plautain, dont les qualités amère et styptique , quoique faibles, équivalent au moins à ses propriétés adoucissantes ? Quant aux fluxions et aux prétendues obstructions où l'on à également recommandé ce végétal; si elles sont aiguës, elles

téclament des moyens bien plus directement adoucissans , et,

dans tous les cas , l'essentiel consiste à détruire les causes qui les entretiennent : or le plantain ne peut point avoir cet ayan- (ass: Je ne parle point de l'influence qu'on a jadis attribuée à sa racine suspendue au cou, soit pour guérir, soit pour prévenir diverses maladies : Les progrès des lumières nous ont enfin amenés à ne plus croire à la vertu des amulettes. Mais fautil tant se vanter de cet effort de l'esprit humain, lorsque nous avons encore la faiblesse de croire à la toute-puissance d’une foule de substances inertes introduites dans l'estomac ?

. La racine et les feuilles de plantain ont été administrées en décoction , depuis trente-deux jusqu’à soixante-quatre grammes (une à deux onces) dans un litre (deux livres) d’eau. On a fait longtemps usage du suc exprimé des feuilles à la dose de soixante-quatre et cent vingt-huit grammes (deux et quatre onces. ) On à donné les semences, comme laxatives, à la dose de quatre et huit grammes (un.et deux gros ) en décoction dans du lait, du bouillon ou tout autre liquide approprié. L'eau distillée de plantain est quelquefois employée, dans des collyres, comme un léger astringent, quoiqu’elle. soit entièrement inerte. Enfin on en fait un extrait qui est un peu acerbe, et un sirop qui n’a aucune vertu particulière,

On se sert, dans les officines, de plusieurs autres espèces de plantain, dont les propriétés sont absolument. les mêmes que celles de celui dont nous nous occupons ici. Tels sont le P. psylium, herbe aux puces, dont les semences abondent en mucilage, etque, pour cette raison, on emploie de préférence; comme émollientes, adoucissantes et relâchantes, pour la préparation des collyres, des gargarismes, des clystères.et des fomentations , dans les affections inflammatoires ; le P.cynops , dont les semences, également mucilagineuses, peuvent être employées aux mêmes usages ; le P. media et le P. lanceolata, dont on emploie les graines à la nourriture des oiseaux. On vend souvent, sous le faux nom de psylium, les semences du 2. arenaria, qui croît en abondance sur les bords de la Méditerranée. À cause de la grande quantité de mucilage qu'elles contiennent, on en fait, suivant M. Decandolle, une grande consommation dans les arts. Elles sont, il est Vrai, trés-peu usitées en France, mais il s'en fait chaque année une exportation considérable. Le savant naturaliste que je viens de citer, rapporte que les négocians de Nismes el de Montpellier en expédient beaucoup dans le nord de l'Europe, où elles servent à laver les mousselines , et peut-être à plusieurs autres usages qui ne sont pas bien connus.

( La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle)

. Fleur entière accompagnée de sa bractée.

. Corolle ouverte, pour faire voir Pinsertion des quatre étamines, 3. Pibul. <.

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