‹ Flore médicale (volume 5)Chapitre 62 sur 81 · POIVRE · texte numérisé non relu

POIVRE

Grec NF mémapr. Dioscoride.

(PER ROTUNDIFOLIUM NIGRUM. Bauhin, Iiva£, lib, 1 T, sect. 3.

Latin.....;..{ prper NIGRUM; foliis ovalis subseplemnerviis &glabris, petiolis simplicissimis. Lioné, diandrie trigynie, Jusi sieu, clas. 15, ord, 3, famille des orties.

Français... poivre.

Italien. ..... PEPE,.

Espagnol... pimrenrA necrA.

orlugais.... PIMENTEIRA; PIMENTA.

Allemand... PFEFFER,.

Anglais... PEPPER.

Hollandais... PEPER,.

Danois. ...:. pEPER.

Suédois. ..., PEPPAR.

Polonais... ... PIEprz.

Russe NAME EZ1 Arabe... ..., BABARY.

Malabar.. MALAGOCODI.

Le poivre, cet aromate d’un usage fort ancien et si généralement répandu, est le fruit d'un atbrisseau des Indes orientales, qui appartient à un genre de plantes très-nombreux en espèces, caractérisé par des fleurs réunies en un chaton filiforme, privées de calice et de corolle. Chaque fleur est munie

de deux étamines situées à la base de l'ovaire; les anthères sont opposées, presque sessiles; l'ovaire Supérieur; le style à peine sensible; trois sligmates sétacés. Le fruit consiste en une baie charnue, arrondie, à uneseule loge, renfermant une semence globuleuse : l'embryon placé dans la partie supérieure du périsperme,

Cet arbrisseau a des racines fibreuses et noirâtres. Les Liges sont lisses, spongieuses, articulées, dichotomes, rampantes lorsqu'elles ne trouvent point d'appui, grimpantes lorsqu'elles rencontrent d’autres plantes dans leur voisinage.

Les feuilles sont alternes ; médiocrement péti glabres, ovales, un peu alongées, acumin leur longueur par Cinq nervures,

Les fleurs sont disposées en épis simples, terminaux où opposés aux feuilles; les fleurs qui occupent la moitié inférieure des épis sont ordinairement stériles , ce qui à fait soupçonner qu'elles étaient monoïques. )

pee, Livraison,

olées, épaisses, ces, traversées dans

(Zetot}

Les fruits sont petits, globuleux, d’abord verdâtres, puis rouges ; ils deviennent noirs en mûrissant, Ils portent le nom de poivre noir, tant qu’ils ne sont pas dépouillés de leur écgrce. On la leur enlève en les faisant macérer dans l’eau de la mer. L’écorce se gonfle et crève; on en retire facilement la semence, qui est blanche, d’une saveur plus douce que lorsqu'elle est revêtue de son écorce ; c’est alors le poivre blanc.

. Quoique les racines, les rameaux et presque toutes les par-

ties de ce végétal exotique soient âcres et stimulantes, on ne fait usage que de'ses fruits. Desséchés par l’action du soleil, et tels qu’on les trouve dans le commerce sous le nom -de poivre noir, ce sont de petites baies sphériques, rugueuses, d’une couleur noire ou brune à l'extérieur, et blanché intérieurement. Leur odeur est piquante et aromatique; leur saveur chaude, âcre et piquante, laisse pendant longtemps, quand on les mâche, un sentiment de chaleur brülante dat l'intérieur de la bouche et du pharynx. Le poivre blanc est le même fruit dépouillé de son écorce brune. Pour l'obtenir ainsi, on fait macérer ces grains dans l’eau : lorsque leur enveloppe extérieure est suffisamment gonflée par la macération, on les fait sécher au soleil. Alors la cuticule brune se brise, tombe en lambeaux et laisse à nu la substance blanche du fruit. Cette préparation. on le sent très-bien , prive le poivre d'une grande partie de ses principes solubles, et lui enlève par conséquent une partie de son arôme et de ses propriétés, ce qui fait que le poivre blanc est beaucoup moins estimé que le noir. On xetire de ce dernier une petite quantité d’huile volatile trés-odorante, mais moins âcre que le poivre lui-même; un peu d'huile grasse; un extrait résineux et un extrait aqueux. Ce dernier est plus abondant que l’autre, mais tous deux présentent les qualités chaudes et âcres du poivre lui-même, dont l'analyse toutefois aurait besoin d’être faite avec toutes les ressources actuelles de la chimie.

L'excitation vive et durable que ce fruit exerce sur l’organe du goût quand on le mâche, et sur l'estomac lorsqu'on l’ingère, le place à juste titre parmi les médicamens toniques et stimulans les plus énergiques, et justifie pleinement les propriétés échauffantes, stomachiques, diurétiques, aphrodisiaques, résolutives et détersives qui lui ont été accordées. Il faut remarquer néanmoins que ces différentes manières d’agir du poivre résultent immédiatement de son action tonique, dont elles sont la conséquence nécessaire, et qu’elles n'ont par conséquent point lieu dans les cas où les toniques sont contre-indiqués, c’est-à-dire, lorsque les organes sont dans un état d'irri-

C213) | tation ou de phlogose. Ainsi, si le poivre peut exciter l’appétit et favoriser la digestion, c'est lorsque l'estomac est exempt d’inflammation et d'irritation, et qu’il a besoin d’être stimule, S'il peut, dans quelques cas, provoquer la sécrétion des urines ou activer la résolution d’un engorgement froid et indolent, ce ne peut être que chez des sujets flasques et décolorés, d'une sensibilité obtuse, et dont les solides vivans ont besoin de stimulans pour remplir convenablement leurs fonctions. Dans des circonstances opposées, ce fruit ne serait ni stomachique, ni-diurétique, ni apéritif, et ne ferait qu’augmenter le désordre de nos fonctions au lieu de les rétablir. . C'est toujours d’après une semblable distinction qu'il faut apprécier les succès qu'on lui attribue, soit dans le traitement des maladies, soit dans la diététique.

Ses bons effets dans l’atonie de l'estomac et dans les affec- Lions qui en dépendent, telles que l’anorexie, les flatuosités , les vertiges, certaines hémicranies, ont été signalés par Hippocrate, Galien, Hoffmann, Rosenstein et beaucoup d’autres. Galien lui attribue même, contre les vers intestinaux , une efficacité qui me paraît très-conforme à la nature de ce médicament. Divers auteurs se louent de son usage dans la goulte atonique et dans les catarrhes chroniques, surtout chez les sujets pituiteux et avancés en âge. Les cffets aphrodisiaques que Dioscoride, Heïster et autres observateurs en racontent, paraissent très en rapport avec ses propriétés stimulantes. Dioscoride, Celse, Etmuller, Rivière, Thomas Bartholin, lui reconnaissent un grand avantage contre les fièvres intermittentes, et-plusieurs observateurs attestent, qu’administré avant le frisson, il a souvent définitivement arrêté les accès. À ces témoignages en faveur de la prétendue propriété fébrifuge du poivre, il faut opposer cependant les observations de Van Swiéten, Wende, Lange, Murray qui ont vu la fièvre ardente, le délire, des inflammations aiguës et autres accidens graves , être le résultat de l'administration intempestive de ce stimulant dans les fièvres d'accès, et conclure que si le poivre a pu être quelquefois utile pour arrêter des fièvres intermittentes accompagnées de inertie et de l’atonie de l'appareil digestif,ilest, commetousles stimulans, souverainement nuisible et quelquefois même très-dangereux, dans la plupart de ces maladies ordinairement produites et entretenues par l’irritation des premières voies.

Comme PAPAS on applique quelquefois le poivre, en poudre, sur la luette, pour dissiper l'engorgement atonique et le relâchement sans douleur dont elle est souvent le siége,

On l’introduit aussi avec succès dans les dents cariées, pour calmer. l’odontalgie. On s’en sert encore comme sternutatoire, pour provoquer de yiolens éternuemens et pour irriter la membrane Pituilaire, Dans quelqües cas, on l'applique sur la peau, sous forme de pâte, comme rubéfiant. Les Indiens en composent, dit-on, divers linimens irritans dont ils font un grand usage contre les douleurs rhumatismales ; et parmi nous il est quelquefois employé en aspersions, sous forme pulvérulente, pour exterminer les pous.

Le poivre est administré intérieurement en substance, depuis vingt-cinq centigrammes Jusqu'à quinze décigrammes (cinq à vingt-cinq grains), et en infusion dans le vi, ou en décoction dans l'eau, d'un à quatre grammes (à peu près un scrupule à un gros). Son huile essentielle se donne de deux à huit gouttes. Le poivre noir entre dans la composition de la thériaque d’'Andromaque et dans l’électuaire des baïes de laurier. Le poivre blanc fait partie du mitrhidate, du diaphænic, de la sacrée-amère de coloquinte, et autres monstrucuses productions de la polypharmacie galénique, que les progrès des sciences médicales vont bientôt condamner à être ensevelies pour jamais dans la poussière des officines.

De tous les aromates dont les peuples modernes ont contracté l'habitude, et pour lesquels, dans tous les siècles et sous toutes les latitudes, les hommes-ont eu un penchant invincible, il n’en est pas de plus répandu, ni de plus universellement en usage que le poivre. Les anciens Grecs et les Romains l’'employaient déja comme condiment. De nos jours on en fait une consommation prodigieuse pour l’assaisonnement des alimens, dans les quatre parties du monde. Mais les

euples qui paraissent en faire le plus grand usage » OU mieux É plus grand abus, sont les Asiatiques et les Indiens, dont l'estomac profondément affaibli par l'excessive transpiration que produit la chaleur habituelle du climat, par l humidité ct peut-être aussi par l’usage exclusif d’une nourriture végétale et plus ou moins aqueuse, les porte à user avec fureur des stimulans les plus énergiques. L'usage modéré du poivre, associé aux alimens, estsans doute un puissant moyen d'augmenter l’action languissante de l’appareil digestif, surtout dans les saisons et dans les contrées humides, chez les sujets lymphatiques, froids, lents et apathiques, ou qui sont avancés en âge; chez ceux qui sont chargés de graisse et livrés à l’inaction et aux effets débilitans d’une vie sédentaire; mais il ne convient point, en général , aux jeunes gens, aux tempéramens bilieux et nerveux , aux individus secs et ardens , et à ceux qui sont sujets aux affections gastriques, aux hémorragies, aux dar-

( 215 ) tres, ou qui ont une disposition imminente à la phthisie. Toutes ces personnes doivent s’en abstenir ou en user trèsmodérément.

On prétend que les poules aiment beaucoup le poivre, et qu'il les excite à pondre. On a cru aussi que, donné aux cochons, dans les débris des cuisines dont on les nourrit il leur Occasionait la ladrerie; mais aucune observation précise ne justifie cette accusation. Objet presque exclusif de la culture à Malacca, Java, Borneo, et surtout à Sumatra, il fait la richesse de ces îles, et une des grandes sources du revenu des Hollandais qui en ont le commerce exclusif, La cupidité commerciale a trouvé moyen de sophistiquer le poivre comme la plupart des substances qui nous servent de médicament ou d’aliment. M. Desvaux a reconnu qu’on vend, chez les épiciers, un poivre artificiel, dont il paraît qu'il y a des fabriques en Provence, et dont les grains, fort ressemblans à ceux du fruit, sont composés d’une pâte faite avec la farine de seigle et le piment de Provence, enveloppés de poudre de moutarde,

EXPLICATION DE LA PLANCHE a6.

(La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle ) | 2. Troncon d’un épi de fleur.

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