‹ Flore médicaleChapitre 1 sur 86 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

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Si toutes les branches de l’histoire naturelle offrent un champ vaste et fertile aux méditations du philosophe , toutes ne présentent pas le même attrait. La minéralogie se compose de substances brutes , inanimées , dont l'étude esbnécessairement froide et aride comme elles. La zoologie , au contraire , embrasse dans son immense domaine les

. . per corps doués éminemment de tous les attributs de la vie. L'homme lui-même , ce chef-d'œuvre de la

création, fait partie du règne animal , que nous sommes tant,intéressés à connaître, Mais combien de difficultés viennent arrêter nos pas, combien de dégoûts viennent attiédir notre zèle! 11 faut presque sans cesse toucher, disséquer des cadavres; il faut respirer des miasmes putrides et dangereux; c'est au sein de la mort qu’ on puise des lumières sur les phénomènés de la vie.

Aucun de ces obstacles n°’ environne l'étude de la botanique, et l’on peut dire à Juste litre que cette science aimable offre sous tous les rapports, à celui qui la cultive, une carrière semée de fleurs. - La botanique saut au degré le plus éminent

LA

V] DISCOURS l'utile et l'agréable. Représentez-vous en effet un pays absolument privé de végétaux. Ce pays , quoique situé dans un climat tempéré > SOUS un ciel pur, ne sera jamais qu’un sol inhospitalier , une terre déserte, qui attristera la vue , et dont tous les animaux s’éloigneront avec une sorte d’horreur. Mais recouvrez ce pays de plantes, et bientôt la scène sera complétement changée. Ce sol imhospitalier va devenir un séjour plein de charm 55 celte terre déserte ya se peupler d'animaux de toute espèce , etl’homme industrieux ytrouverale moyen de satisfaire tous ses besoins.

Danscette foule immense de végétaux répandus avec profusion à la surface du globe, les uns nous onnent des racines , des feuilles ; des fruits, ropres à assouvir notre faim, à étancher notre soif, à cicatriser nos blessures ; à calmer nos souffrances ; les autres nous fournissent un abri tutélaire contre l'intempérie des’saisons s,ceux-C1 Charment notre vue par les fleurs brillantes dont ils sont ornés ; ceux-là exhalent un parfum délicieux. Quelques-uns ; Comme pour faire ombre au tableau à sont imprégnés de sucs corrosifs, laissent échapper des miasmes empoisonnés , menacent de la mort le téméraire qui oserait se reposer Sous leur feuillage. Ce n’est donc pas seulement la curiosité qui nous atlire vers les plantes ; l'intérêt de notre conservalion nous impose la loi de les connaître. Aussi la botanique eut de tout temps des admirateurs , des historiens , et même des martyrs.

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PRÉLIMINAIRE. vi) rfi: les naturalistes de l'antiquité dont les écrits sont parvenus jusqu'à nous , le premier est Théophraste , qui a tracé l'histoire des plantes peu nombreuses connues deson temps. Quatresiècles après, parut Dioscoride , qui considéra principalement les végétaux sous le rapport de leurs vertus médicales. Columella ne fait guère mention que de ceux qui appartiennent a l'agriculture , dont 1l

établit le premier les principes et les règles ;, enfin

le laborieux compilateur Pline essaya d'analyser

tout ce qu’on avait écrit ayant lui. Si l'étendue

de ses connaissances eût égalé son zèle , si une critique éclairée eùt présidé à la rédaction de son Æistoire du monde, nous posséderions l'Encyclopédie scientifique des Grecs et des Romains. %

À des siècles de Alte succédèrent des siècles de honte. Toutes les connaissances humaines furent frappées d’un état de langueur, ou plutôt d'anéantissement. Si la botanique ne fut point à l’abri de ce coup fatal, on peut dire qu'une des premières elle se réveilla du long sommeil léthargique où elle avait été plongée; le nombre de ceux qui la cultivèrent s'accrut même d’une manière prodigieuse. On ne se borna point à étudier les plantes indigènes ; on entreprit de longs-voyages pour recueillir celles qui croissaient dans des pays lointains, et l'on rapporta de lous côtés une moisson abondante. Le domaine de Flore devint si vaste , qu'il fut désormais impossible à une seule personne

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vi) DISCOURS | de le parcourir tout entier. On sentit l'indispéfféable nécessilé de coordonner cette foule d'objets confondus jusqu'alors. Conrad Gesner, André Cé= salpin, et Fabio Colonna partagent l'honneur d’avoir débrouille ce chaos, et marché les premiers d’un pas sûr dans une carrière que depuis ont si glorieusement parcourue Tournefort , Linné, Adanson et Jussieu. Les avantages de cette distribution méthodique sont tels, qu'il.est plus facile aujourd'hui de signaler un végétal au milieu de ‘trente mille végétaux, qu'il ne l'était du temps de Fhéophraste , où le nombre des plantes connues ne s'élévail guère -qu’à deux cent. | Tout l'empire de Flore étant ainsi divisé par fa+ milles, quelques-unes devinrent l'objet de prédilection de certains botanistes. Les cryptogames, quoique les moins brillantes, ont été cependant étudiées avec un soin extrême et une patience infatigable. Plumier , Bolton, Smith , ont fait des observations importantes sur les fougères ; Dillen, Hedwig, Bridel, Necker , Swarz ; Palisot de Beauvois , se sont plus spécialement occupés des mousses; Gmelin, Stackhouse, Hofmann , Dillwyn, Esper, Acharius, ont dirigé leurs recherches sur les algues ; Michéli > Gleditsch, Tode, Batsch , Persoon, Bulliard > Paulet, ont fait des champignons l’objet de leur étude. Parmi ceux qui ont adopté la famille des graminées , la plus intéressante de toutes, on distingue Ray, Scheuchzer, Linné père et fils > Leers, Schreber, Kæler,

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Host. Diverses autres familles ont donné naissance à des monographies plus ou moins curieuses, plus ou moins utiles ; telles sont celles de Le Francq de Berkhey sur les composées ; de Morison sur les ombellifères ; de Cranz sur les cruciformes; de Willemet sur les étoilées ; de Médicus et de Cavanilles sur les monadelphes ; de Decandolle sur :les plantes grasses, etc.

La botanique doit ses principales richesses aux savans voyageurs qui ont publié le résultat de leurs herborisations souvent pénibles , et par fois pleines de dangers. Ceux-ci se sont attachés à faire connaître les plantes les plus rares ; ceux-là ont décrit tous les végétaux des contrées qu'ils ont parcourues. Quelques-uns ; sans franchir les limites de leur. pays, ont ce bien mérité de la science en.

traçant la description des plantes exotiques conservées dans des herbiers ou cultivées dans nos jardins. Le nouveau monde a été visité par uné foule de naturalistes qui nous ont exposé le tableau de ses productions végétales : 1ci viennent se présenter les noms de Plumier , de Feuillée , de Sloane, de Clayton, deCatesby , de Hernandez, de Brown, de Fusée-Aublet, de Ruiz et Pavon, de Michaux, de Humboldt, de Tussac. Nous devons la connaissance des plantes d'Afrique à Prosper Alpino, à Burmann, à Shaw, à Thunberg, à Desfontaines, à Palisot de Beauvois, à Du-Petit-Thouars ; celles d'Asie ont été décrites par Rheede, Buxbaum ; ; Burmann,

Rumpb, Tournefort, La Billardière , Willeiove .

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Le tableau desrichesses végétales de l’Europe asouventété tracé par des mains habiles; les royaumes, les provinces, les environs de plusieurs grandes villes, diversesmontagnes, quelques villages même, ont eu leurs Flores particulières. C’est ainsi que les plantes d'Allemagne ont été décrites par Loœsel , Haller, Scopoli, Cranz ; Jacquin, Pollich , Roth, ar els Schrader ; celles de la Hongrie par Kitaibel ; celles de la Russie par Ammann , Pallas; celles de la Suède par Palmberg , Linné, Palmstruch, Quensel; celles du Danemarc par OEder Mueller, Vahl , Gunner, Rafn; celles de la Hollande par D Van Rae Gorter; celles de l'Angleterre par Turner, Petiver, Ray! Lightfoot, Hudson, Curtis, Wire Smith ; celles de l'Espagne par L'Écluse , Quer , Cavanilles ; celles du Portugal par Grisley , Bouterweck; celles de l'Italie par Boccone , Tozzi, Seguier , Allioni, Ciuillo ; celles de la France par Garidel, Vaillant, Gauthier, Gérard, Durande, Lamarck , Bulliard, Villars , Thuillier , etc.

La Déni ; je le répète , est un champ tellement vaste qu'il ne pourrait être moissonné tout entier par le même individu : tandis que l’un esquisse l’histoire.des végétaux, l’autre détermine les noms et les caractères distinctifs de chacun d’eux : s celui-ci enseigne la manière de les cultiver ; celuilà recherche lié propriétés et leurs usages. Crescenzi , Olivier de Serres ; Duhamel du Monceau , - marchant sur les traces dé Caton , de Varron, de

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Columella, en une vivelumière sur la botanique agricole. Ehrhart, Arduini, Regnault 5 Bryants ; Plenk, Bœhmer tes des plantes alimentaïres et de celles qui sont employées dans les arts ; Dambourney fixa plus particulièrement son attention sur celles qui peuvent communiquer aux étoffes de laine une teinture solide. Bulliard signala les plantes vénéneuses , et apprit les moyens de s’en garantir. Chomel, Buchwald , Blair, Ber-

gius, Coste et Willemet, Lichtenstein, Gleditsch , .

Woodville, Decandolle, Bodard, Wauters , Burtin, publierent des observations et des expériences plemes d'intérêt sur les substancesmédicamenteuses que le règne végétal fournit à l’art de guérir.

Il est peu desciences qui réclament plus impérieusement que la botanique le secours de la peinture. Vainement chercherait-on à la remplacer par la description la plus exacte. Les mots techniques ne sont point à la portée du commun des lecteurs, et les savans eux-mêmes reconnaissent l'utilité de joindre au texte des figures dessinées d’après nature.

La première tentative heureuse de ce genre est due

à Othon Brunfels, qui donna en 1530 les i images de 238 plantes gravées sur bois. M. Dupeiné Thouars affirme que la plupart n’ont pas été surpassées pour la parfaite ressemblance, la correction du dessin , et la beauté de la gravure. Les planches en cuivre , généralement adoptées de nos jours, Out élé pour la première fois mises en usage par Fabio Colonna. Mais il ne suffit pas, ce me semble,

plus haut degré de perfection.

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| , de représenter la fornle et les dimensions d’un végétal ;'il faut, pour.en donner une idée frappante, imiter les nuances variées sous lesquelles il se montre à nos regards : tel est le précieux avañtage des figures enluminées ou coloriées, parmi lesquelleson distingue celles publiées par Elisabeth Blackwell ; Ehret, Bulliard, Jacquin, Smith, Redouté , Decandolle. Toutefois il n’existe rien de supérieur,

peut-êtremême rien d’égal en ce genre, à la mMagni-

fique collection de dessins de plantes sur vélin,

commencée à Blois par Nicolas Robert; Louis XIV la fitcontinuer et déposer à la Bibliothèque du Roi : -depuis la révolution, on l’a transportée au Muséum d'histoire naturelle , où chaque année on l'augmente de douze dessins : elle est maintenant composée de

66 volumes in-folio. Joubert n égala point son pré-

décesseur Robert, et fut surpassé par son succes-

seur Aubriet. Celui-ci eut pour élève Mie, Basse-

porte , qui le remplaca : elle fut elle-même rem- :

‘placée par M. le professeur Van Spaendonck; qui

semble avoir porté l’art de peindre les fleurs à son y

Si la botanique a exercé le talent du peintre , elle a également enflammé la verve du poète. Walafrid Strabon , Cowley, Rapin, Lacroix , Vanière, Van Royen, Darwin, Castel, Delille, ont chanté en beaux vers les merveilles du règne végétal.

La plupart de ceux qui cultivent les sciences physiques négligent d'en étudier l'histoire. Il est aisé de prévoir les effets de cette négligence : on

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perd un temps infiniment précieux à la recherche de problèmes déjà résolus ; on s'attire le reproche d'ignorant et de plagiaire en publiant comme nouvelles des découvertes faites de puis plusieurs siècles. Des esprits superficiels , des censeurs atrabilaires

ont cependant osé qualifier de compilations fasti=

dieuses des ouvrages dignes à plusieurs égards d'être rangés parmi les livres classiques. Ici viennent s'offrir les noms célèbres de Montalbani , de Seguier, de Haller, de Bæhmer, de Pulteney, de Sprengel , qui ont exposé l’origine, les progrès et

l'état actuel de la botanique. Tous les anus de cette

science forment des vœux pour que M. Du- Petit-. =: Thouars continue la biographie des botanistes ; achevée sur le même plan, elle formera l'histoité

la plus complette et la plus intéressante du règne :

végétal.

Après avoir légèrement effleuré les objets divers

qui sont du ressort de la botanique , je dois dire un

mot de la Flare du Dictionaire des sciences médicales. Elle se compose essentiellement de deux parties , le texte et les planches. Je vais essayer de faire connaître la marche qu’on a suivie dans ce double travail.

Présenter dans un petit nombre de volumes, d’un format commode, la description exacte et la figure coloriée de toutes les plantes qui sont à la fois employées dans la médecine et dans les arts : tel est le but que nousmous sommes proposé. Un obstacle presque insurmontable semblait devoir

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