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FRANCO SACCHETTI

ONTEUR facile, léger, un peu grivois quelquefois et qui brave l’honnêteté dans ses récits, Sacchetti n’est point un inventeur comme Boccace et il est un reflet plutôt qu’un type ; cependant il a de la verve, de l’entrain et, en voulant amuser les autres, on voit qu’il a commencé par s amuser lui-même. Ses Contes empruntent un intérêt considérable à cette circonstance que Sacchetti, très-mêlé au mouvement de son temps, a introduit dans son récit des contemporains illustres, et a recueilli sur Dante, sur Giotto et sur d’autres grandes personnalités la tradition encore virante. Il les fait vivre à nos yeti.x, ce ne sont plus de pures abstractions, et le Pogge, Scipione Aminirato, Vasari, Baldinucci et de plus fiers encore, se sont souvent appuyés sur lui pour cette raison supérieure qu’il est contemporain et qu'il a vu ce qu’il écrit.

Sa famille est illustre. Il s’appelle Franco di Benci d’Uguccione ; on l’a surnommé le Bon (il Buono)^ et il est allié à la famille de Dante. Il débute d abord par des poésies et on le range, à son aurore, parmi les imitateurs de Pétrarque. Il a participé aii-x charges de 1 Etat a Faenza, à San Miniato, comme capitaine de la province florentine dans les Ilomagnes, ambassadeur à Gênes et podestat à Bibbiena. On croit que c’est à Casentino qu’il a écrit ses Nouvelles.

L’exemplaire que j’ai sons les yeux en contient deux cent cinquante-huit. Il se fait l’écho de tous les bons contes quil a entendus dans sa vie; pourvu que le récit soit comique, tout lui est égal; il prend la plume et raconte sans aucun souci de la licence permise ou des limites qu’il ne faut pas franchir. Il est un écho du Mercato Vecchio : c’est dire qu’il a la parole grasse et l’accent énergique et pittoresque; mais dans le nombre il ne faut pas oublier quil y a une quinzaine de nouvelles qui ont pour héros des hommes comme Dante et Giotto. Il est curieux d’observer que certains écrivains austères sont immoraux, tandis que celui-là, avec sa forme comique et légère, est au fond un esprit honnête, droit et moral.

Sacchetti a eu trois femmes, toutes de sang illustre; la première est une Strozzi, la deuxième une Gherardini, la troisième la fille de Francesco di ser Santi Bruni. Cela ne l’a pas empêché d avoir pendant vingt-six ans une quatrième inspiratrice à laquelle il a dédié ses vers. Il a eu deux fils : lun, Philippe, est un poète; l’autre, Nicolas, a été gonfalonier de justice

en 1419.

Il a parfois de très-beaux élans ; c’était un patriote et un galant homme. Il vit encore à cause de sa bonhomie et par ce seul fait qu’il a cité des faits relatifs aux grands esprits de son temps. Sa vie publique fut sérieuse et sa vie littéraire est pleine de gaieté et de santé.

Il a vécu soixante-quinze ans, cher à ses contemporains qu’il a fait rire ; il a écrit des Sermons, des Lettres, et un poenie burlesque, réédité presque récemment, en l8ig; il est intitulé : La Battaglia délie Vecchie con le Giovimne; on voit le parti qu'un écrivain qui a le génie comique peut tirer d'un tel titre. C’est un artiste sans le savoir et un historien sans quil s’en doute.

BONACCORSO PITTI

iTTi est un aïeul du grand Pitti du xv® siècle, celui dont le palais des rois d’Italie, à Florence, porte encore aujourd’hui le nom; il a mérité, trois siècles après sa mort, une réputation de chroniqueur quil a bien gagnée. Il peut passer aussi pour l’un des inventeurs, en Italie, de cette littérature des Mévioires, si passionnante et si fort à la mode dans ces dernières années.

C'est un type étonnant que ce Bonaccorso ; il naît vers 1355, et meurt dans le premier quart du xv'' siècle. H appartient aux Néri et aux Pitti, c’est-à-dire à une famille qui a toujours occupé les hauts emplois et qui, par la fortune qu'elle parviendra à acquérir au moyen de la banque et du négoce, marchera bientôt l’égale des princes et la rivale de la famille des Médicis.

Raconter les histoires et les aventures dont Bonaccorso est le héros, c'est écrire après lui le roman de sa vie. Je ne vois guère que Benvenuto Cellini, l’inimitable Casanova et notre chevalier d’Eon,pour le surpasser comme aventuriers. Il devient un type pour l'histoire anecdotique du peuple florentin, et le réel mérite des mémoires qu’il nous a laissés, c’est de peindre au vrai — à moins d’exagération, probable d’ailleurs — la vie d’un grand nombre de

eut:.

Florentins au commencement du xv® siècle.

Grand joueur, grand bretteur, libertin, curieux d’aventures, très-lettré, rusé, apte au commerce, capable de tenue à ses heures et ambitieux toujours; d’une activité infatigable, courageux, et par-dessus tout ondoyant et divers, capable enfin de monter avec la marée sans se laisser submerger par elle ; il a fait tous les métiers, vu tous les pays et joué tous les rôles.

C'est un de ces Lombards, si communs au xiv® siècle, qui s’en vont cherchant fortune de par le monde. Ils mêlent le trafic aux chances du jeu, les combinaisons de la politique aux hasards de la spéculation et vont offrir à qui n’y pense guère des chances de gain problématiques ou des emprunts à gros intérêts. Un jour, le jeu les a enrichis et les voilà marchant à l’égal des princes; le lendemain, ils restent en gage en une hôtellerie. Entre deux aventures.

B Rossei.i.ino ToMBEAir DE Leonardo Bruni i4E9

AGNOLO PANDOLFINI

ils reviennent dans leur patrie, prennent part aux luttes des partis et montent au pouvon, s’ils ne laissent leur peau dans quelque rixe. Bonaccorso a eu toutes les aventures, sans compter ses bonnes fortunes avec les baronnes de Bavière; et, un beau jour, il a presque joué un rôle dans notre histoire de France, étant devenu le familier du duc d Orléans et du duc de Berri. Il les avait connus à Paris, au moment où, en compagnie de Bernardo da Cmo, autre aventurier financier qui traitait de la rançon des rois, ils avaient été envoyés en ambassadeurs auprès du pape Avignon pour essayer d une conciliation entre 1 antipape Benoît XIII et Boniface IX. Cest un épisode extrêmement intéressant de sa vie : il joue, il gagne, il perd, il reste en gage et toujours trouve le moyen de remonter sur leau; il joue même pour son maître le duc d’Orléans, et il se bat aussi en duel avec Montluc. Avec tout cela, il finit cependant par se faire prendre au sérieux par les Florentins, qui l’envoient demander au roi de France des secours contre le duc de Milan, et en 1418 son fils Luca est assez riche pour avoir pignon sur rue, et acheter des terrains et la maison de feu Koberto de Rossi pour 450 florins d’or. C’est là que s'élève aujourd’hui ce palais Pitti, célèbre dans le monde entier.

Vers la fin de sa vie, probablement lassé de courir le monde, Bonaccorso se repose à Pescia, c'est le dernier nom de résidence qu’on trouve noté dans son œuvre ; et là il se met à écrire sa vie jour par jour, avec un entrain et une verve qui, je le répète, font beaucoup penser à Cellini ou à Casanova. Il s’en va, notant toute chose et mêlant les péripéties bizarres et décousues de sa vie privée à celles de la grande. et solennelle histoire. Le jour où {le 23 novembre 1407) survient cet assassinat du duc d’Orléans, qui devait avoir tant d influence sur la politique française, notre Bonaccorso note tranquillement :« J’ai gagné, ce jour-là, cent florins d’or dans un contrat de laine. » Il était alors maître des écuries du duc d'Orléans.

En 1423, il était encore capitaine à Castellaro des Roniagnes et, homme d énergie, il fait décapiter sept habitants de Forli qui avaient formé le projet d ouvrir les portes de la ville au duc de Milan.

Ce n’est qu'en 1720, c’est-à-dire plus de trois siècles après qu’il les avait écrits, quon a publié ses mémoires à Florence sous le titre :« Cronica di Buonaccorso Pitti, con Annotaziom. Florence, 1720, in-4". »

AGNOLO PANDOLFINI

'une sagesse profonde et d’une rare sagacité, Pandolfini est le type du citoyen intègre qu’on vient chercher dans sa demeure, et auquel on fait violence pour le porter aux hauts emplois. C'est un écrivain aussi, et un moraliste plein de bonhomie. Il a laissé un livre qui restera dans la langue italienne : Il govenio dclla Faintglia.

Tiraboschi et Quinqueni, que nous consultons toujours parce quils sont les sources en matière d’histoire littéraire, ont oublié Pandolfini ; et de fait, cest une personnalité qui n’a point d’éclat, mais surtout de la solidité. Il ne fait point de biuit dans

l'histoire comme dans sa patrie ; il fut modeste, utile et bon pour tous. Voici en deu.x mots sa carrière : il naît à Florence même en 1360, fils d’un négociant qui s’était enrichi à Naples. Riche et indépendant, très-sensé, très-lettré, d'un esprit très-pondéré ; on le pousse malgré lui aux honneurs ; il est deux fois nommé à la seigneurie en 1397 et 1408, et trois fois gonfalonier de justice.

La République 1 envoie auprès de Martin V, de l'empereur Sigismond et du roi Ladislas, et il obtient de ce dernier la cession du territoire de Cortone comme indemnité des pertes subies dans la campagne de Naples. En 1414, 1420 et 1431, il est trois fois gonfalonier de justice et, comme grand eonsulteur, il est toujours l’arbitre de ses concitoyens divisés par cette lutte intestine sans cesse renaissante.

C était un homme d’une sagesse profonde et d'une rare sagacité ; il avait prévu les désastres de Lucques et il avait tout fait pour dissuader le conseil délia Balia d’engager ses concitoyens dans cette guerre. Il était l’ami de Cosme le Vieux, et son autorité lui plaisait; il était prêt a la seconder. Quand on l’exila, il protesta et il provoqua son retour : il ne parvint pas toutefois à le désarmer dans sa colère contre Palla Strozzi, qui était un parent de la femme qu’il avait épousée. Cet exil de Strozzi lui tenait à cœur; il se retira du monde, trèsvieux déjà, mais destiné à vivre longtemps encore, puisqu’il devait mourir plus qu’octogénaire. Il se retira dans sa villa de Ponte a signa ou de Gangalandi et y vécut dans la plus honorable des retraites, entouré de considération ; toujours hospitalier aux plus puissants comme aux plus humbles; rendant des arrêts comme un juge toujours écouté, recevant la visite des pontifes et des rois ; ayant sans cesse présente à l’esprit l’heure de sa mort et puisant dans cette idée constante une grandeur et une sérénité parfaites. C’est là qu’il écrivit pour les siens ce traité de morale familière qu’il intitula : // Govcnw deUa Famiglia. C'est un livre d’un style élevé, écrit dans une langue très-chàtiée, pleine d'originalité, de pensées et qui respire une quiétude profonde. C’est de la philosophie douce professée sans effort. Dandolo en a fait un précis en quinze pages, qui donne une idée juste de l'œuvre.

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