SAINTE-MARIE-DES-FLEURS
sentiment, entre ces bas-reliefs et ceux de la fameuse fontaine de Pérouse. Au-dessus de ces divisions, l’architecte a disposé des niches destinées à recevoir des statues. Ce sont d abord les quatre évangélistes par le Donatello, sur la façade principale au midi, quatre prophètes, dont trois d’André Pisano et le quatrième de Thomas de Stefano surnommé Giottino ; sur la face opposée, les saints patriarches par Donatello et Nicolas Aretino, et enfin, sur la dernière, trois statues de laica délia Robbia et une de Nanni di Bartolo. C’est sur la façade principale qu’il faut chercher le fameux Zucconc, le saint Mathieu chauve de Donatello, son œuvre de prédilection entre toutes, ’ celle qu’il prisait si haut qu'on l’a entendu dire à son marbre, quand il y travaillait : « Parle, mais parle-moi donc ou que la dyssenterie te crève ! » D'une façon moins brusque, il disait souvent encore lorsqu’il voulait affirmer une assertion :
« Par la foi que j'ai en mon Zuccone; » ce sont là de ces témoignages contemporains apportés par la tradition, que l'art ne doit jamais négliger.
Il faut rapporter ici, sous peine de passer pour banal, le mot attribué à Charles Quint quand il entra à Florence après le siège ; il passa devant le campanile, s’arrêta longuement devant le monument, et s’écria : « Il faudrait faire un étui au campanile, et le montrer comme on montre un joyau. » On monte au haut de la tour d’où on peut, un à un, compter les dômes, les tours et les monuments, et contempler les admirables sites qui entourent la ville des fleurs. Il y a dans le clocher sept cloches dont la plus grosse, fondue en 1705 pour remplacer
La Loggia del Bigallo. — Nicolas Pisaiso.
celle qui avait été brisée, ne pèse pas moins de quinze mille huit cent soixante livres- Parmi les architectes qui succédèrent à Giotto, il faut compter le maître des maîtres, celui qui est peut-être le plus incontestablement illustre parmi les architectes du xv^ siècle, Filippo Brunelleschi. C'est en 1421 qu’il commença la superbe coupole qui couronne la cathédrale ; nous nous sommes étendu sur le Brunelleschi au chapitre de sa biographie. C'est là son œuvre maîtresse, elle dépasse en audace et en harmonie tous les monuments de l’art moderne. On sait que la coupole est double, la paroi intérieure est sphérique et, entre celle-ci et la coupole apparente, on a su loger des escaliers, des chaînes, des contreforts, et tous les accessoires de construction qui pouvaient en garantir la durée. Ce n’est que quinze ans après la mort du grand Pippo que la coupole fut achevée (1461). Michel-Ange s’en inspira à Saint-Pierre de Rome, et Léon Battista Alberti la devait prendre pour modèle dans la construction du fameux temple de Rimini qu’il laissa inachevé. André del Verocchio le beau sculpteur de \ Enfant au dauphm et du Tombeau des Médicis de la sacristie vieille,, a dessiné et exécuté la boule, et Giovanni di Bartolo a fini le nœud qui porte la croix.
L’église contient quelques tombeaux, entre autres celui de Giotto commandé à Benedettoda Maiano par Laurent le Magnifique, et celui du fameux organiste Antonio Squarcialupi, favori de Laurent, auquel le Magnifique a dédié une épitaphe. On croit aussi que le Poggio repose à Santa Maria del Fiore. Aldobrandino Ottobuoni a son sarcophage près la porte des Servi.
Nous avons dit que les murs sont nus, c’est-à-dire qu’il n’y a pas là un grand parti pris architectural, mais le vaisseau contient nombre d’œuvres de premier ordre dues à Donatello, Michelozzo, Ghiberti, délia Robbia, Sansovino, Bandinelli, Andrea del Castagno. C’est à côté de cette porte des Servi que Domenico di Michelino, le 30 janvier 1465, peignit la composition que nous avons publiée dans notre chapitre sur le Dante. C’est un tribut payé tardivement à la mémoire du prince des poètes par une société de Florentins qui ne sont autres que les ouvriers employés à la construction du Dôme. Sous ces voûtes, que Boccace fit retentir de ses accents passionnés pour la mémoire du chantre de la Divine ComédiCy Michelino peignit le Dante, vêtu d’une toge rouge, couronné de lauriers, tenant à la main son poëme, et de l’autre montrant les Cercles symbolisés. L’inscription constate que c’est à l’initiative d’un des commentateurs du Dante, maestro Antonio, de l'ordre des Franciscains, qu’est due l’exécution de cette fresque.
Il serait difficile de promener le lecteur dans toutes les parties de ce prodigieux édifice; mais c’est le palladium de Florence, il n’y a pas un fait de son histoire qui ne se rattache à Santa Maria del Fiore ; c’est là que s’est passée cette conjuration des Pazzi dont nous avons exposé les péripéties; c’est dans la sacristie que se réfugia Laurent après la mort de Julien, et, dans les deux faces de la médaille du Pollajuolo publiée au chapitre Julien de Médicis, on peut voir quelle était alors la forme du chœur octogone qui s’élève encore aujourd’hui sous le Dôme. Ce n’est qu’en 1842 qu’on l’a détruit.
Sainte-Marie-des-Fleurs n’a pas de façade, et il nous faut dessiner par morceaux l’architecture extérieure, sous peine de ne donner qu’une vue d’ensemble de proportion trop restreinte. Le système architectural consiste en une incrustation de marbres de différentes
LE BAPTISTÈRE DE SAN GIOVANNI
couleurs, aujourd’hui harmonisés par le temps. Nous donnons deux portes, celle qui sort sur le campanile, et l’autre sur la face opposée, la Porta dei Servi.
La première est une œuvre architecturale où le sculpteur ne joue qu’un rôle secondaire en exécutant ses statues au point indiqué par l’architecte; l’autre, au contraire, est tout un ensemble où peintres, sculpteurs et architectes se sont donné la main pour arriver à un effet harmonieux. Domenico Ghirlandajo a dessiné la mosaïque, Donatello les deux apôtres, et dans une "Mandorla de dimension considérable, un artiste de premier ordre, qu’on prétend ■être Antonio Nanni di Banco, a sculpté \ Exaltation de la Vierge. Nous persistons à voir dans cette œuvre la main de Jacopo délia Quercia, l’artiste de Sienne et de Bologne, celui ■qui a eu l’honneur suprême d’inspirer le grand Michel-Ange.
LE BAPTISTERE DE SAN GIOVANNI
ANS l'ordre chronologique, c’est le plus ancien monument de Florence : car, s’il n’est pas d’origine païenne, il est, à coup sûr, des premiers temps chrétiens. C’est encore Arnolfo di Cambio qui fut chargé de la transformation, et on voit par là quel rôle considérable ce grand homme a joué dans l'histoire des arts à Florence. C’est en 1293 qu’ilrevêtit les parties extérieures de ce plan octogonal, d'incrustations de marbre de diverses couleurs. Plus tard, au xvi® siècle, Agnolo Gaddi dessina la lanterne. Avant Arnolfo, on l’avait déjà approprié au culte, et le monument servit même de cathédrale jusqu’en 1128; c’est alors qu’on en fit un baptistère, tandis que l’église Santa Reparata servait, à son tour, de cathédrale.
Il y a là trois entrées uniques au monde. La plus ancienne des trois portes est celle de la façade du midi ; elle est d'André Pisano, qui y consacra vingt-deux années de sa vie ; elle devait servir et elle servit en effet d'entrée à la façade principale (celle qui regarde le Dôme); mais quand on eut commandé à Lorenzo Ghiberti une nouvelle porte pour le midi, on fut si frappé de l'œuvre accomplie, qu’on voulut lui donner la place d'honneur. La porte de Pisano est cependant un chef-d’œuvre : elle est divisée en vingt-huit compartiments où sont représentés les traits de la vie de saint Jean-Baptiste. La frise qui l’entoure, en même métal de bronze, fut commencée près d’un siècle après par Ghiberti, lors du changement effectué et le Pollajuolo y a pris la plus grande part.
La porte du nord est aussi de Ghiberti : elle est divisée, comme celle du Pisano, en vingthuit compartiments; ce sont les épisodes de la vie du Christ. Les montants sont aussi en bronze, fleurs, fruits et animaux du travail le plus délicat.
La troisième porte, celle en face le Dôme, est la Porte du Paradis; le nom lui vient du grand Michel-Ange, qui prétendait qu’elle était digne de servir d’entrée au céleste séjour.