‹ FlorenceChapitre 59 sur 102 · GHIBERTI. — LES PORTES DU BAPTISTÈRE · texte numérisé non relu

GHIBERTI. — LES PORTES DU BAPTISTÈRE

Moïse reçoit les Tables de la Loi.

David terrasse Goliath-

La Reine de Saba devant Salomon.

Prdsentation de Joseph.

Joseph en Égypte.

La Prise de Jéricho.

Ghiberti n’était pas forcé de prendre le même parti qne pour les deux autres portes : il voulut donner libre carrière à son imagination, et divisa chaque panneau en cinq parties, où il traita les sujets suivants, indiqués par ce Léonardo Bruni Aretino qui repose dans le beau tombeau de Santa Croce ;

La création d'Adam et d’Ève et le bannissement du paradis. — Noé sort de l’Arche. —

Sacrifice à Dieu et Ivresse de Noé. — Naissance de Jacob et d’Esaü. — Moïse reçoit les tables au Sinaï. — David terrasse Goliath. — Adam et Eve jetés sur terre. — Sacrifices de Caïn et d’Abel. — La mort d’Abel. — Apparition des trois anges à Abraham. — Le sacrifice d’Abraham.

— Joseph. — Passage du Jourdain. — Prise de Jéricho. — La Reine de Sabba devant Salomon.

Il faut admirer aussi l’entourage ingénieusement combiné avec les prophètes, les prophétesses, et des têtes d’hommes et de femmes, parmi lesquels des portraits, entre autres Ghiberti et son beau-père Bartoluccio.

Les montants du chambranle sont encore une œuvre hors ligne qui mérite d’être reproduite ; c’est la nature prise sur le fait, exprimée en bronze dans ses refouillements multiples avec sa végétation et sa flore. Nous publierons, à l’histoire de la sculpture, deux des groupes qui surmontent les portes, la Décollation de saint Jean, du Danti, et le Baptême du Christ, d’Andréa Contucci. Vincenzio Danti et Innocente Spinazzi ont achevé ces œuvres. Ces fameuses portes ont été dorées en plein, les traces sont évidentes encore, mais nous doutons que l’effet ait été plus grand.

Ce Baptistère est un monde, tout vide qu’il paraisse à l’œil lorsqu’on y entre, et la description minutieuse de ce monument, avec toutes les œuvres qu’il contient, pourrait donner carrière à l’érudition d’un archiviste. Nous avons dit que le plan est octogonal, mais le point central est vide aujourd’hui, tandis qu’autrefois un autel s’élevait sous la coupole. C’est là

5 Baptistère de San Giovanni, 1293.

LE BAPTISTÈRE DE SAN GIOVANNI

que le 24 juin de chaque année on expose ce magnilique rétable d’autel en argent massif, que les étrangers vont voir dans la fabrique du Dôme. L’argent seul pèse trois cent vingtcinq livres, il y a deux morceaux principaux, deux bas-côtés, et, sur l’autel, on place un crucifix d’argent orné de petites statuettes, haut de deux mètres dix-sept centimètres et du poids de cent quarante et une livres. L’ensemble se compose encore de deux belles statues de la Paix en argent guilloché. Ce rétable, qui est l’une des choses les plus précieuses qu’une maîtrise puisse posséder, n’est pas une œuvre une et produite d’un seul coup. Les artistes ne sont, ni du même temps, ni de la même force. Les parties basses, bas-reliefs de la face, sont de Finiguerra, Pollajuolo, Cione, Michelozzi , Verocchio et Cennini. La Croix est de 1456 et on la doit à Betto di Francesco, sa base est de Milano di Domenico Dei et d’Antoine Pollajuolo.

La coupole de San Giovanni offre l'exemple le plus ancien de la décoration en mosaïque à Florence; ce sont les artistes byzantins qui, les premiers, après leurs devanciers de Ravenne de Murano et d'Altino, vinrent exercer leur art en Italie; lacopo da Turrita, Andrea Tafi et Gaddo Gaddi leur succédèrent.

Dans la biographie de Donatello, j’ai parlé du beau tombeau du pape Jean XXIII, Balthasar Coscia, déposé lors du concile de Florence, élevé dans le Baptistère par Donatello. Le Saint des Saints est relativement moderne, il a été fait aux frais de la compagnie des ouvriers de la Calimara, — c’est ainsi qu’on désignait ceux qui donnaient la dernière main aux étoffes de laine fabriquées à l’étranger. — Les fonts baptismaux, dans un monument spécialement destiné à verser les eaux du baptême sur le front des nouveaunés, devaient évidemment appeler la collaboration d’un grand artiste. La cuve de San Giovanni est célèbre, elle est attribuée à André Pisano. Chacune des faces porte un sujet représentant l’un des Baptêmes les plus célèbres dans l’histoire de la religion catholique ; et, au-dessous de chacun d’eux, une inscription désigne l’épisode. Un peu perdue dans l’ombre, car le monument est très-sombre, cette superbe cuve échappe à l’admiration du voyageur qui doit en étudier les détails avec attention.

Donatello a encore sculpté la Marie-Madeleine de l’autel de ce nom, et la statue de la sainte est peut-être un des exemples où on voit le mieux la tendance de ce grand artiste à lutter contre la nature en reproduisant jusqu’aux modelés et aux méplats qui ravagent une face émaciée par la douleur et le jeûne. Nous n’avons à nous occuper ici que de la partie monumentale de l’édifice; les diverses œuvres d’art, portes, tombeaux, bas-reliefs, mosaïques, sont étudiées dans chacun des chapitres consacrés aux différentes spécialités de l'art. A la Peinture, on trouvera l’appréciation des mosaïques d'Andréa Tafli ; à la Sculpture, le jugement à porter sur ces extraordinaires bas-reliefs de Ghiberti; et lorsqu’il a été question de Donatello et de Pisano, nous avons parlé du tombeau de Jean XXIII et des œuvres dues au ciseau du Pisan. L’aspect extérieur du Baptistère ne donne pas l’idée d’un monument repris au xnp siècle, mais plutôt au xv'=; à l’époque de l’exécution des Portes, on a modifié du tout au tout l’aspect, et la part qu’Anolfo di Cambio a prise à l’œuvre n’est plus appréciable aujourd’hui, après tant de remaniements successifs. Agnolo Gaddi a joué un grand rôle dans cette reprise.

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