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LE BARGELLO

AGUÈRE encore connu à Florence sous le nom de Bargello, ce palais; aujourd’hui transformé en Musée National où on a réuni les œuvres les plus intéressantes de la sculpture de la Renaissance florentine, est aussi dû à l’architecte Arnolfo di Lapo, et il est un superbe spécimen des monuments du xiif siècle. Je ferai remarquer toutefois, qu’à Florence comme dans presque toutes les villes italiennes, il est extrêmement rare de trouver un monument qui ait conservé son unité architecturale. Quand nous donnons une vue d’un monument construit au xin‘= siècle, il ne faut pas s étonner si le style affecte les formes des époques postérieures; les restaurations successives, les

modifications apportées par chaque régime et chaque génération, l’ont fatalement transformé, et il semble y avoir disparate entre la description et le monument représenté.

En septembre 1250, les grandes luttes intestines, si connues dans l’histoire sous le nom des deux partis qui les fomentaient : Guelfes et Gibelins, s’étaient momentanément apaisées par la célèbre victoire de Figline qui livrait le gouvernement aux Guelfes. Naturellement

Florence, tombée sous le pouvoir de ceux-ci; vit changer encore la face de son gouvernement : et on institua le premier Capitaine du peuple.

Le citoyen investi de la dignité s’appelait Hubert de Lucques ; on lui adjoignit douze anciens [Anziani). Il fallait un lieu de réunion, une résidence d'un caractère public; on demanda la construction du palais à Arnolfo di Lapo, et on dut, pour l’élever, détruire une église dépendant du monastère voisin, cette fameuse Badia^ si vénérable par son ancienneté, et si célèbre aujourd’hui par les œuvres charmantes de Mino da Fiesole qu’elle renferme.

Il me serait difficile de dire quel aspect le Bargello avait à l'intérieur aiixiii'^ siècle, car dès le xiv^^, en 1345, Agnolo Gaddi en change déjà la

La Cour du Bargello. — Ancien Palais du Podestat, aujourd'hui Musée Xalional. foriîie. C’était alorS le Pahlis

des Anciens^ on en fait le

Palais du Podestat quand on institue la dignité, puis il devient Bargello quand on le transforme en prison; puis plus tard en Palais de la Justice.

Aujourdhui Musée public, très-habilement restauré, avec un respect des formes primitives auquel il nous faut rendre hommage, il présente un aspect imposant, et c’est peut-être de tous les monuments de Florence sans exception celui qui, toute proportion gardée, a le plus de caractère. Les écussons encadrés dans la muraille qui lui font une ornementation caractéristique lui donnent, pour ainsi dire, la noblesse dont chacun d'eux est l’emblème : ce sont ceux des divers podestats qui se sont succédé et des simples membres du Conseil.

ANDRÉA ORGAGNA

C’était un usage permanent et général alors. L’Hôtel de Ville ou le Municipio de Fiesole en offre un assez curieux exemple, et le petit village auquel on s'arrête avant de visiter la fameuse Certosa, aux portes de Florence, offre peut-être, dans toute l’Italie, le plus curieux spécimen de ce genre d’ornementation aujourd’hui délaissé.

Un autre usage plus singulier, et qui avait sa source dans un sentiment tout opposé à celui-ci, consistait à représenter sur les murs du Bargello, en une peinture ù la fresque, l’effigie des rebelles et des traîtres. Le Giottino, vers 1345, fut chargé d’y représenter ce fameux Gauthier, duc d’Athènes, proscrit comme un tyran indigne. Il ne reste plus que des traœs imperceptibles de cette décoration qui eût été si précieuse pour l’histoire.

Le Bargello, de tout temps, avait eu sa chapelle spéciale, mais quand il devint une prison politique d’où chaque jour les condamnés pouvaient sortir pour marcher à la mort on dut disposer le local avec plus de soin, le décorer et faire une chapelle des morts; on appela le grand Giotto et il couvrit les murs de fresques qui, effacées lors des restaurations successives par l'odieux badigeonnage qui les revêtaient, ont été découvertes seulement en 1840. Elles ont révélé un nouveau portrait du Dante, ainsi que ceux de Brimetto Latini et de Corso Donati. Pendant toute une période, celle du xiv® siècle, les condamnés à mort furent exécutés dans la cour même du Bargello et cette circonstance a contribué à donner au monument une réputation sinistre. Aujourd’hui, l’art règne en roi sous ces voûtes et ce sont les grands noms de Donatello, de Verocchio, de Michel-Ange, des Majano, des Desiderio, de Brimelleschi, de Ghiberti et des Délia Robbia qui, écrits au dessous de leurs œuvres merveilleuses, retiennent le visiteur sous ces voûtes où on a fait pénétrer plus largement la lumière, changeant ainsi le caractère lugubre de ce palais des anciens et de cette prison contemporaine du duc d’Athènes.

ANDRÉA ORGAGNA

L tenait une large place dans l’histoire de l’art à Florence, et s’apppelait Andréa Arcagnuolo. On le surnommait Cione parce qu’il était fils de Matteo Cione, très-grand artiste aussi, orfèvre sans rival en son temps, auquel on doit partie d’un travail unique en son genre ; le fameux autel d’argent conservé dans \ Opéra del Duoino.

Orgagna est né vers 1329 et la date de sa mort se place entre 1368 et 1376. A la fois orfèvre, architecte, peintre, sculpteur et même poëte apprécié , c’est un des grands cumuleurs de génie dont l’Italie est si prodigue depuis le xiv jusqu’à la fin du xvi° siècle. Orfèvre, il travaille d’abord

sous la direction de son père et, comme il a un frère aîné, Bernardi, qui est peintre, il reçoit de lui les premières leçons. Il abandonne vite l’orfèvrerie pour peindre à

la fresque et je crois qu’il faut placer l’exécution de ses grandes œuvres picturales dans la première période de sa vie d’artiste, de 25 à 35 ans. On donne trop souvent à Andréa ce qui appartient à son frère Bernardi, c’est le sort qui incombe du reste à tous les hommes qui ont eu du génie ; ils absorbent tout autour d’eux et endossent toutes les œuvres signées de leur nom de famille. Bernardi est l'auteur en nom des deux grandes fresques de XEnfer et du Paradis de Santa Maria Novella, Andréa plus jeune que lui n’a été là que son collaborateur anonyme. Il montra un tel talent dans certains tableaux de chevalet, qui sont devenus rares, — la National Gallcry de Londres en possède cependant un beau spécimen, « le Couronnement de la Vierge, » — qu’on n’hésita pas à lui confier la décoration des murs de Campo Santo de Pise. C'est la grande œuvre de sa vie ; la composition est classique, il n’y a point à la décrire ici; il y a commenté avec un véritable génie le vers d’Horace « La pâle mort, du même coup, renverse la cabane du pauvre et les palais des rois ». On parle aujourd’hui avec une grande ostentation de Réalisme et de Naturalisme ; Orgagna a rendu palpable par son interprétation naïve l’idée qui hantait son cerveau, et les plus simples interprètent la pensée qu’il a voulu rendre.

Nous allons voir dans quelles circonstances Orgagna s’est signalé pour la première fois comme architecte. Arnolfo avait, sur l’emplacement d’une vieille église lombarde dédiée à saint Michel^ élevé une simple halle aux grains couverte, une sorte de Loggia selon le plan de toutes celles qui existent en Italie, grande voûte appuyée sur des colonnes de briques reliées entre elles par des arceaux. Un certain Ugolino de Sienne, peintre alors célèbre, avait décoré l’un de ces piliers, d’une madone, et vers le milieu du xiii‘= siècle, ce petit sanctuaire en plein vent devint l’objet d’un culte particulier. En 1294, le bruit se répandit d’un miracle accompli coram populo par la puissance de la sainte image; peu à peu la tradition fut fondée, on vint là les jours de marché, on parait la madone, on la vénérait, on faisait des vœux, des fondations ; les marchands de grains étaient riches, ils voulurent consacrer le lieu par une fondation définitive plus digne de l’objet de leur vénération : une circonstance horrible leur en fournit bientôt l’occasion. En l’année 1304, un prieur de San Piero Schieraggio, dont on a conservé le nom « Neri degli Abbati », par une imprudence banale déterminait un incendie qui, éclatant à la porte même de la halle aux grains, se propagea avec une rapidité inouïe et dévora sept cent tours et maisons de Florence. La corporation des marchands de grains n’avait déjà plus la disposition entière de ce lieu consacré, une confrérie laïque s’était établie spécialement pour la garde de la madone peinte par Ugolino, et ses membres prenaient le titre de capitaine ÿOr san Michèle [Horreum, c’est-à-dire Grenier).

C’est sur leur initiative qu’on décida la réédification de la Loggia, mais sans l’affecter à un autre usage que celui auquel elle était destinée ; le fameux Taddeo Gaddi, alors Capo Maestro^ ou architecte en chef de la commune, fut chargé de l’élever, et au-dessus de la partie réser-

et Architecte.

ANDRÉA ORGAGNA

vée au commerce et à l’échange des grains; il fit deux étages, l’un pour 1 administration, l’autre pour les greniers et magasins; ce qui explique la forme particulière de l’église actuelle. La pose de la première pierre donna lieu ^ une splendide cérémonie, et deux ans après, la

Façade d’Or san Michèle. — Vue prise à l’angle du Corso.

corporation des Artisans de la soie {Arte Délia 80(0) ayant demandé aux magistrats de la ville la permission de placer la statue de leur saint patron dans une des niches du nouvel édifice, les autres corporations briguèrent bientôt la même faveur; peu à peu, à force d orner cette Loggia on la détourna de son usage vulgaire, et on en fit un lieu tout a fait consacré. Chaque jour on laissait par héritage à l’église d’G/' san Michèle des sommes énormes, des

propriétés, des rentes, des fondations pieuses : en cinquante ans les offrandes des seuls pèlerins s’élevèrent à trois cents cinquante mille florins. Quand l’épouvantable peste de Florence, dont Boccace nous a laissé une célèbre description, vint ravager la Toscane, enlevant à la ville même les trois cinquièmes de ses habitants, à Pise les quatre cinquièmes, et faisant quatre-vingt mille victimes à Sienne, on vit les Florentins, agenouillés nuit et jour au pied de la Sainte Vierge du Pilier, lui vouer et leur vie et leurs biens s’ils échappaient à l’épouvantable fléau. La Seigneurie enfin, entrant officiellement dans ce grand courant populaire, rendit une loi qui attribuait à la confrérie des capitaines d’(9r san Michèle le tiers des biens de ceux qui tueraient un de leurs parents pour s’assurer leur héritage.

On conçoit dès lors que la Loggia primitive, l'ancienne halle aux blés, devait devenir définitivement un sanctuaire consacré : on appela Andréa Orgagna, lui donnant pour programme de transformer le grenier en une église. Ainsi s’explique la forme bizarre d' Or san Michèle^ monument le plus extraordinaire peut-être de Florence et qui peut lutter d'intérêt, même avec le prodigieux baptistère de San Giovanni. Il est là, sans recul, sans piédestal, sans perspective, impossible à dessiner, à photographier et même à voir ; situé comme il est sur une voie publique incommode, étroite, heurté du passant qui le foule sans l’apercevoir et s’ofFrant tout d’un coup aux regards de l’investigateur. On sait d’ailleurs qu’à Florence il ne faut jamais poursuivre sa route, distrait ou préoccupé, sous peine de passer devant un chef-d’œuvre sans l’admirer.

Orgagna ferma la Loggia par des baies gothiques et disposa entre chacune d’elles des niches destinées à recevoir les statues des différents protecteurs des corporations.

Quant à la fameuse peinture d’Ugolino de Sienne, il l’enferma dans un tabernacle, œuvre unique dans cette ville unique, merveille indescriptible et, je le crains, impossible à interpréter et à traduire par toute autre procédé que celui de la photographie que nous avons d’ailleurs employée en la fixant définitivement par la gravure.

Le Tabernacle est en marbre blanc, la forme appartient au style gothique; et l’architecte sculpteur se proposa d’écrire en marbre les différents épisodes de la vie de la Vierge, depuis sa naissance jusqu’à sa mon. L’image sainte est au centre de la composition qui l'enferme et serpente tout autour. Elle est surmontée d’un toit ouvré et à jour, couronné par les statuettes de l’archange saint Michel et d’un ange. C’est tout un ensemble composé de bas-reliefs, de statues, de bustes, de mosaïques, de pierres dures incrustées, d’émaux brillants et de verres dorés, et toutes ces matières se combinent et se confondent sans cependant nuire à l’harmonie générale. Perkins, dans ses Sculpteurs italiens^ en a donné une description assez complète et il a essayé de reproduire par l’eau-forte quelques-uns des bas-reliefs.

« Sur trois des faces de la base, dans des enfoncements de forme octogone, des bas-reliefs représentent la Naissance, la Présentation et le Mariage de la Vierge, l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des Mages, la Présentation du Sauveur au Temple; enfin un ange annonçant à la Madone sa fin prochaine. Celle-ci, sous les traits d’une femme âgée, jette un regard de soumission et d’espérance vers le messager céleste ; elle reçoit un rameau de palmiers qir, d'après la légende, aurait eu la puissance miraculeuse de rendre son corps invisible aux yeux des Juifs lorsqu’on le porterait au tombeau. . . Les sujets sont séparés les

ANDRÉA ORGAGNA

Andi'éa Verocchio, 1466. — Incrédulité de Saint Thomas. Antonio Nnnni di I3anco.

Le dessin de la Niche est de Donatello. Les quatre Saints.

Madone, étendue sur un lit et entourée des apôtres, et son ascension dans la Mandorîa mystique, d’où elle laisse tomber sa ceinture destinée h convaincre l'incrédule saint Thomas. »

Il est à noter que l’Orgagna, au lieu de suivre l’exemple d’un grand nombre de ses contemporains qui ont gardé l’anonyme et, par conséquent, plongé la postérité dans l’indécision au

uns des autres par de petits reliefs représentant les vertus chrétiennes, ils sont entourés de vingt-deux figures personnifiant les Vertus, les Sciences et les Arts. Au-dessus du soubassement et derrière la châsse, un grand panneau renferme un double sujet : la mort de la

sujet de l’origine d’œuvres, souvent considérables, a, au contraire, signé son travail avec une sorte de jalouse complaisance. On lit sur le Tabernacle, en caractères gothiques, ces mots : « Andréas Cionis, pictor Fiorentinus... extitit hnjus LIXMCCC. » Andréa avait donc seulement trente ans lorsqu’il exécuta ce prodigieux travail digne de figurer à côté de la chaire de Pise et de celle de Sienne. Il faut remarquer aussi que le sculpteur, indépendamment de sa signature, s’est représenté lui-même dans le premier sujet, traité en bas-relief avec un capuchon sur la tête et la moustache.

Ceux qui s’intéressent aux 'Choses de l’art noteront encore que la plupart de ces grands artistes du xiv° et du xv= siècle, qui professaient à la fois rarchitecture, la peinture, la sculpture et l’orfèvrerie, par une sorte de coquetterie qui s’est rarement démentie, ajoutent à leur nom au bas d’une peinture, la qualité de sculpteur ou d'orfèvre, tandis, qu’au contraire, ils signent Pictor ou Am'ifcx une œuvre sculpturale. C’est le cas pour Ghiberti, pour Pollaiolo, pour Pisanello, pour le Francia et un très-grand nombre d’autres.

La fameuse madame d’Ugolino qui avait été la cause déterminante de l’appropriation de la Loggia à l’usage du culte ne nous a malheureusement pas été léguée parle temps. Ugolino peignait alla Greca et, comme il avait exécuté directement sur le plâtre — sur VIntonaco, comme on disait alors, — soit que son œuvre ai été dévorée par l'incendie de 1304, soit qu’elle ai été peu à peu rongée par l'humidité et par l’action de l’air, au temps où la Loge était encore ouverte, elle n’existait plus qu’à l’état de ruine au moment où l'Orgagna construisit le Tabernacle ; mais un artiste dont on ignore le nom, quelque disciple de Giotto sans doute, y avait substitué alors une madone peinte sur toile.

Orgagna mit dix années à accomplir son travail, il avait fermé les arcades d’abord, ouvert une porte sur la Via Calimara, et changé enfin complètement l’aspect donné par Taddeo Gaddi.

L’église, telle qu’on la voit aujourd’hui est l’œuvre d’embellissements successifs qui représentent deux siècles de vénération ardente. C’est surtout au xv° siècle que les corporations se montrèrent le plus généreux à l’égard de cette paroisse, et il résulta de ces dons successifs, de ce singulier concours d’émulation entre les tisseurs de laine, les artisans de la Calimara^ les bouchers, les maréchaux ferrants, les pelletiers, un monument curieux dans sa richesse, d’une ornementation touffue, très-bizarre par sa forme, une sorte d’autel extérieur en plein vent, où on peut étudier les développements de l’art de la scidpture à Florence.

Indépendamment de cette importance au point de vue de l’art. Or San Michèle mérite d’attirer longtemps notre admiration parce qu’il symbolise la force et la puissance des corporations à Florence et, en somme, c’est à ces dernières, qui la firent riche, célèbre, et nous pouvons dire aussi, qui la firent noble et belle, que la République a dû sa supériorité sur les autres villes d'Italie. Les corporations, voilà les vrais et les premiers Mécènes de Florence et de l’Italie.

Quatorze niches décorent l’extérieur ; peu à peu dans chacune d’elles les artisans de tel ou tel corps de métier vinrent placer la statue de leur patron; et, le jour de la fête de sainte Anne, on suspendait à ces niches les enseignes ou bannières des corporations. Cette cérémonie, célèbre dans les fastes de la ville, prit naissance au moment où le duc d Athènes

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en fut chassé ; elle s’est conservée jusqu’à nos jours malgré la dissolution des corporations.

Si nous commençons notre énumération parle nord-ouest, c’est-à-dire la façade tournée au couchant, nous trouvons d’abord la statue de saint Mathieu^ par Michelozzo Michelozzi. Si on regarde avec attention la bordure de l’étoffe qui enveloppe ce personnage, entre de délicates arabesques on lit l’inscription : OpuSy Universitatis canso7'mny Fhreîihœ an. Dom MCCCCXX. Nicolas Aretino avait dessiné la niche elle-même avec sa charmante et délicate ornementation et la corporation des changenrs en avait fait les frais.

Le grand Ghiberti, Lorenzo, avait été chargé du saint Etienne de la seconde niche par la corporation de la lame. Les maréchaux ferrants avaient demandé la leur à Nanni, fils à. Antonio di Banco, un nom moins populaire que celui de Ghiberti, mais un grand artiste aussi. Sur le socle, Nanni, dans un charmant bas-relief, représenta l’évêque ferrant un cheval possédé du démon. Cette façade, qui donne sur une ruelle obscure, échappe souvent au voyageur ; elle est cependant du plus haut effet pittoresque avec son singulier escalier qui relie les appartements supérieurs d’Or San hlichele à la maison voisine, en enjambant la rue par un arc bien buté et du plus audacieux caractère. Cette ruelle porte le nom de Sdrucciolo di San Michèle.

La société des tisserands réclama la faveur de placer son saint patron, saint Marc, dans la première niche de la façade latérale et elle eut la main heureuse en choississant-ZPo«<^/e//o pour l’exécuter, quoique la statue en elle-même ne soit pas supérieure dans l’œuvre. C est Michel-Ange qui lui a donné, par le jugement qu’il a porté sur elle, l’importance qn elle a aujourd’hui; il s’y arrêtait volontiers et on a recueilli de ses lèvres cette parole qui ne peut passer ni pour un éloge, ni pour un blâme. « Comment ne pas croire à l’Evangile prêché par un saint dont la face respire autant l’honnêteté ? »

Les armuriers allaient, en confiant aussi à Donatello l’image de saint Georges leur ancien patron, fournir au vaillant artiste dont le nom rayonne à Florence, l'occasion de faire une des plus belles statues qui existent au monde. C’est le génie même qui parle ici ; saint Georges est debout, dans sa grâce, sa noblesse et sa force ; cuirassé, la main appuyée sur son bouclier, l'autre bras pend le long du corps. Tout l’esprit de cette œuvre extraordinaire est dans le beau geste de la tête levée, fière et superbe comme si elle envoyait un défi à un invisible ennemi.

Je dois faire une remarque au sujet de la place qu’occupe aujourd’hui cette statue. En décrivant Or San Michèle, je ne fais pas d’archaïsme, et je laisse, dans les monuments, les œuvres picturales et sculpturales à la place qu’elles occupent. Mais cette œuvre du Donatello n’occupe que depuis peu de temps la place d’honneur entre les deux arcs de cette façade latérale. Elle était, au temps de l’artiste, dans la niche à l’angle extrême de la façade opposée, à côté de celle de saint hlathieu de Michelozzi. La niche est restée vide, mais, sur le piédestal on voit encore, pour preuve de ce que nous avançons, un délicieux petit bas-relief •de Donatello qui représente un saint Georges à cheval terrassant le dragon, dont le Kensington Muséum possède une charmante terre cuite. C’est là une de ces merveilleuses petites œuvres qui font naître chez les amateurs les criminelles pensées : on viendrait là, la nuit, sans témoins voler ce prodigieux bijou pour l’enfermer comme un trésor dans son cabinet d’étude et en

Le Saint Georg’es duDonatello. Façade latérale Or San Michèle.

Exécuté pour le compte de la Corporation des Armuriers.

repaître à toute heure ses yeux avides.

Auprès du saint Georges, une autre corporation, qui dépendait de celle de la soie, celle des artisans de Par Santa Maria ^ demanda à Baccio da Montcliipo la statue de l’évangéliste saint Jean. Audessus de ces niches, dans les tympans, Liica Délia Robbia, un des grands artistes de son temps, avait fixé, exécutées en terre cuite ou Maioîica, les armes et emblèmes des différentes sociétés.

La façade la mieux exposée aux regards, celle qui échappe le moins à l’attention du voyageur parce qu’elle s’élève sur l'une des rues de Florence les plus fréquentées, est décorée à son centre par une superbe niche d’un beau dessin architectural due au Donatello; mais le groupe qui occupe le centre est du Verocchio, c’est saint Thomas, convaincu d’incrédulité, mettant le doigt dans la plaie de Notre-Seigneur. Ce sont les marchands qui ont fait les frais de cette belle œuvre que nous reproduisons ici, et Luca Délia Robbia a suspendu leurs emblèmes à l’im des tympans.

Jean de Bologne, beaucoup plus tard, fit pour la société des juges et des notaires, la belle statue de l’évangéliste saint Liic^ qui flanque l’im des côtés de la niche de Donatello, et, Donatello lui-même, sur une commande expresse de la corporation des bouchers a sculpté l'autre statue. Les cordonniers ont demandé à Nam di Banco, que nous avons déjà nommé, le saint Philippe qui orne la deuxième niche, c’est-à-dire celle sur la façade latérale à l’angle de la principale rue ; et les menuisiers et les maçons, auxquels on avait réservé la niche qui occupe le centre de cette même façade ;

Donatello. — Saint Georges d’Or San Michèle.

ANDRÉA ORGAGNA

satisfaits du résultat obtenu par ce même Nanni, lui demandèrent un groupe de quatre saints, pièce monumentale qui peut se comparer pour l'importance au gi'oupe de saint Thomas du Verocchio, mais dont l’exécution est très-inférieure. Au sujet de ce groupe on raconte une anecdote qui prouve quelle influence Donatello exerçait sur les artistes de son temps et de quelle autorité il jouissait auprès d'eux. Nanni venait de terminer la terre de son groupe des quatre saints; il s’aperçut que ses figures n’étaient pas en proportion avec la niche ; il courut chez Donatello, qui lui dit de lui donner à souper à jour fixe et de garder avec lui ses praticiens. Il vint, remania les épaules, les bras, diminua la tête et remit le toutenproportion. Ce Nanni, d’ailleurs, était le protégé de Donatello, qui, plusieursfois, en agit ainsi avec lui.

On n'a pas, que je sache, trouvé le nom de l'auteur de la dernière statue, l’évangéliste saint Luc, qui est venu prendre dans la niche réservée autrefois au superbe saint Georges de la façade latérale opposée, la place de la statue de Donatello.

On voit par rémunération que nous venons de faire, que cette église d’Or Sa7i MicJicîe, est un véritable sanctuaire de l’art florentin. Si on considère qu’à l'intérieur, Orgagna a sculpté le splendide autel qui représente l’histoire de la Vierge, on comprend qu’on est là en face d’un des monuments les plus importants pour l’histoire de la sculpture.

L'intérieur brille surtout par la belle ordonnance, mais il n’y a plus là beaucoup d’unité, car chaque époque a apporté sa pierre. Le premier autel à main droite est moderne. Celui consacré à sainte Anne est de la fin du xviii*' siècle et on a rapporté au centre un beau groupe de sainte Anne, de la Vierge et de l’Enfant Jésus par le San Gallo, artiste vigoureux qui se souvient de Michel-Ange et qui l’exagère quelquefois.

Simon da Fiesole, dans le principe, avait décoré le dernier autel aux frais de la corporation des épiciers, mais cet autel a été complètement refait, et, en somme, à part le beau monument architectural des voûtes, et l’autel d’Orgagna, l’extérieur l’emporte en intérêt sur l’intérieur. Il faut ajouter qu’il n’y a peut-être pas à Florence de sanctuaire plus vénéré. L’image d’Ugolino, d’abord, a conservé auprès du peuple toute l’importance qu’elle prit dès le moyen âge; et, en outre, le groupe de la Sainte Vierge avec l’Enfant Jésus de Simone de Fiesole est tout à fait consacré par deux légendes. En 1493, la tradition rapporte qu’un Israélite, en plein jour, aurait frappé au visage la Vierge et l’enfant. Les enfants de la ville l’auraient poursuivi et tué à coups de pierre. On peut lire encore aujourd’hui, sur la base de la statue, l'inscription commémorative de ce fait. Plus tard, en 1628, on vit, dit-on, la sainte Vierge se mouvoir et remuer les yeux. Il y eut là comme un triste présage d’un malheur qui devait frapper la ville et, comme la peste éclata en 1630, on ne manqua point de consacrer le prodige. Les reproductions de cette admirable monument offrent une grande difficulté à cause de l’absence de recul, le monument étant en bordure sur une rue étroite. Nous avons fait exécuter une photographie prise à l’angle, de manière à embrasser partie des deux façades; mais les étages supérieurs de cette ancienne Halle aux Blés ne peuvent point figurer dans le dessin. Nous avons rejeté en cul-de-lampe à la fin du chapitre « Les Monuments» la petite façade sur le Sdriicciolo di san Midiele^ si pittoresque avec son escalier qui enjambe la rue. Ce sont là de ces audaces spéciales aux architectes d’autrefois, et l’effet est très-grand.

LA LOGGIA DEI LANZI

ON J O INTE MENT avec ce travail colossal exécuté à Or San Micliele, Organa menait de front sa coopération à la construction de la cathédrale d’Orvieto, autre merveille de l’art qu’il nous faut passer ici sous silence, le sujet n’étant déjà que trop vaste. En juin 1358, il étaÀX Proio Maestro des travaux d’Orvieto, et on voit qu’en 1359 il signait le tabernacle d’Or San Michèle. C’est à Orvieto qu’il passe l’année 1360, mais les deux Seigneuries de ces villes se disputant l’emploi exclusif de l’artiste, il arriva à les mécontenter toutes deux. Il lit cependant une mosaïque pour la façade, on lui paya la somme de 60 florins, prix convenu, et il rentra définitivement à Florence.

Le premier travail considérable dont il fut chargé après San Michèle est l’érection de la fameuse Loggia dci Lanzi. On donne, d’après les autorités les plus recommandables {Gaye et Ricci), la date 1374 comme époque de la fondation, mais l’étude que nous faisons depuis tant d’années dans les archives de l’Italie nous apprennent qu’il ne faut jamais assigner pour ces constructions des époques absolument déterminées. Il n’y a pas là une œuvre d'unité, on pose une première pierre, la guerre survient, les dissenssions politiques, les Vicendc de toute nature (comme on dit en Italie), interrompent l’œuvre; et on la reprend dix ans après. Ce qui est tout à fait certain, c’est que Baldinucci a publié les extraits d’un livre précieux pour l’histoire de l’art «Lihro di Ricordanze del Proveditore Siieri» où on cite les sommes payées aux sculpteurs collaborateurs de l’Orgagna pour l’exécution des statues du couronnement de la Loggia, et déjà en 1367, on en était à l’ornementation de la partie supérieure. Il faudrait aussi renoncer, d’après les dernières découvertes des archivistes, à faire de l’architecte le sculpteur du monument ; on lui avait donné d’abord les statues des quatre vertus théologales qui ornent la partie supérieure. Mais Gaddi et Giovanni Seti auraient, tout au moins, sculpté la Force et la 'l empérance qui y sont représentées.

Nous allons décrire la Loggia, monument important au point de vue historique et artistique, tribune en j^lein vent qui est pour la sculpture ce que la fameuse Tribune des offices est pour la peinture à Florence.

La Loge des Lances [Loggia dei Lanzi) s’élève, à la porte même du Palais Vieux, fermant l’un des côtés de la Piazza délia Signoria; les chefs-d’œuvre de la sculpture y sont exposés aux regards de tous. Arnolfo di Cambio, à cette même place, avait construit la Rwghiera, tribune primitive élevée d’un certain nombre de degrés afin de dominer la foule. Là, tous les Magistrats de la République, lejour de leur entrée en charge, recevaient l’investiture et, pour la première fois, portaient leur costume et les insignes. Là se conféraient les ordres de chevalerie, là se publiaient les décrets du gouvernement; et les capitaines appelés à commander les armées de la République recevaient le bâton du commandement. En somme, la place ellemême représentait, pour la vie politique des Florentins du moyen âge etdelaRenaissance, ce

LA LOGGIA DEI LANZI

que lAgora et le Forum représentaient à Rome et à Athènes : on y convoquait aussi le peuple pour avoir son suffrage. Au milieu du xiv‘= siècle, vers 1355) s’avisa de l’incommodité résultant de cette exposition aux intempéries; et le gouvernement municipal d alors, la Signoria, proposa au concours l’érection d’une Loge ouverte qui pourrait convenir au même usage. Orgagna, dont le nom devait traverser les âges, allait donner la formule nouvelle en

Bas-relief du Piédestal de l’Enlèvement des Sabines. — J. de Bologne.

substituant dans la construction les arcs plein cintre aux arcs aigus. Il devait garder encore la marque de son temps dans le parti pris des pilastres et rappeler l’ogive dans les consoles du couronnement et rornementation de la partie supérieure.

L’élégance, la hardiesse et la force sont les principaux caractères de cet admirable monument, trois arcades spacieuses et du jet le plus noble, quatre pilastres à la fois légers dans l’expression et puissants dans la réalité par leur accouplement, une corniche ample^ mais déli-

cate, ingénieusement terminée par une balustrade ajourée, tel est l’ensemble qui suffit pour constituer une œuvre sans rivale dans son genre et de l’effet le plus grandiose. L’arcliitecte a complété le monument par l’exécution d’un certain nombre de figures sculptées qui ornent la partie supérieure de chaque côté du petit Tabernacle contenant l’image de la Vierge, mais il est difficile de donner à chacun de ses collaborateurs la part exacte qui lui revient. Ce sont les vertus théologales ; elles échappent au regard par la hauteur à laquelle elles sont placées, mais à Florence, il faut avoir soin de scruter les moindres coins d’un édifice ; il y a là une telle pléthore de génie que les grands artistes le prodiguent même aux lieux où sa manifestation peut échapper aux regards et à l’admiration.

La Loggia si célèbre à Florence n’a plus eu sa raison d’être à partir du jour où la ville a changé de régime politique, et, passant du système de l’élection au système oligarchique, a abdiqué son indépendance aux mains des Médicis devenus princes régnants et

Loggia dei Lanzi. — L'Enlèvement des Sabines. — Jean de Bologne.

LA LOGGIA DEI LANZI

formant une dynastie. C’est vers 1541 que, Cosme L'' ayant fait venir à Florence une garde suisse composée de 200 fantassins , la Loggia prit le nom de Loge des Lansquenets. Il faut décomposer ce mot si on veut avoir ses origines. — Lanzi

— Lanzighinetti, — • Landt et Knect : Lances

— Lansquenets — • et terre et gardes — les deux mots allemands ont été réunis ; traduits depuis en italien ils sont enfin passés dans toutes les langues. Ce n’est pas que la Loggia servît de corps de garde comme la délicieuse Logetta de la place Saint- i\Iarc de Venise due au Sansovino ; mais tout près de là il y avait une caserne, et, sans doute, aux heures où siégeaient les conseillers au palais vieux ; les Lansquenets se promenaient de long en large. Le nom est resté aujourd'hui «.Loggia dci Lanzi. » On a conservé le nom du capitaine des Lansquenets suisses qui, le premier, vint à Florence pour exercer son emploi à la tête de sa compagnie ; il s'appelait Fuggler, son premier casernement fut la Fortezza da Basso, puis il vint occuper à la Via Larga le rez-de-chaussée du palais Riccardi actuel, alors palais Médicis ; enfin il vint sur la place même ; c'est à ce moment que le nom de la Loggia changea définitivement. Cette garde a été dissoute seulement en 1745; elle devait, par le costume, rappeler les Lans quenets du Vatican actuel.

La Loggia a changé d’aspect avec le temps, l’architecture n’a pas été modifiée; mais, peu à peu, à mesure qu’ils se produisirent, les chefsd'œuvre de la sculpture y vinrent occuper leur place. Michel-Ange avait conseillé à Cosme F'' de continuer la loge autour de la place, on renonça à ce projet à cause de la dépense qu'il devait entraîner. De toutes les œuvres sculpturales qui sont venus successivement orner la Loggia, la plus ancienne est certainement la du Donatello.

Elle n’a point été faite pourtant pour occuper la place où nous la voyons aujourd’hui, posée sur un piédestal du côté de l’entrée des Offices. On

Le Persée de Benvenuto Cellini.

connaît une gravure du xvi® siècle qui la

montre dans le péristyle du palais vieux. C’est à une circonstance historique qu’on doit son transfèrement sous l’arcade de la Loge. Elle est exécutée tout d’abord pour le palais Médicis; quand Pierre de Médicis est chassé, on consacre le soulèvement populaire par

Jupiter.

Figurines du Piédestal du Persée.

Mercure.

une inscription au piédestal même de la Judith dont on fait un symbole patriotique, et on y grave ces mots qu’on y lit encore : « Excmplnm Sal. pub. cives ponere, 1495. » En 1504, on avait placé le David de Michel-Ange sous la Loggia, on l’enlève et on lui substitue la Judith. Nous pouvons dire, d’après un document cité par Gualandi, l’écrivain d’art de

LA LOGGIA DEI LANZI

Bologne, que le bronze de Donatello est à. la même place depuis plus de quatre siècles, ce qui le rend singulièrement vénérable.

Les deux lions en marbre de grandeur colossale qui servent de départ aux marches de

l'i^rines du

l’escalier, ont des origines diverses; l'un est un antique et 1 autre est dû àFlaminio Vacca. Ils ne sont là que depuis l’année 1780.

U Ænlèvemcnt des Sahines de Jean de Bologne, composition superbe, pleine de mouvement qui pyramide en silhouette blanche sur le fond de l’architecture, na pas été fait d abord

pour représenter le sujet sous le nom duquel on le désigne. C’était une de ces compositions sans sujet défini qui sortent du cerveau d’un artiste que la forme préoccupe plus que l’idée. François I®'' de Médicis voulait que Jean de Bologne spécifiât mieux le sujet et il et il en fit une Andromède enlevée par Phinée. Borghini, le savant critique, regardant alors la composition, suggéra à Jean de Bologne l’idée d’en faire un enlèvement des Sabines, et s’arrêtant définitivement à ce sujet, le sculpteur représenta l’épisode historique sur la base du piédestal. Jean de Bologne était assurément fait pour décorer ces grands espaces et

c’est peut-être lui, qui remplit mieux le exécuté le groupe taureNessuSjtiré d’un puissante machine où avec une science et où les mouvements, semblent, ne manni de justesse. Ce spécialement pour la digne d’y figurer; on dant, Ajax expirant, que restaurée par transportée là par l'ar- Nous avons réserœuvre étrange entre premier chef rc’estZe Cellini, bronze singubizarre; d'une allure

quoiqu’il soit inférieur aux

Benvenuto Ceîlini.

rands noms que nous avons cités, but. Il avait encore d’Hercule et du censeul bloc de marbre, l’anatomie est étudiée un. relief admirables, tout excessifs qu'ils quent ni de naturel, groupe n’était pas lait place , mais il était lui donne, pour penœuvre d’origine anti- Etienne Ricci, et chitecte Poccianti.

vé pour la fin une toutes, célèbre au Perséc de Benvenuto lier, élégant, raffiné, originale et cavalière,

que les délicats ne placeront ni au-dessus, ni au-dessous des œuvres de Donatello et de celles de Michel-Ange, mais à une place à part, comme celle qu’occupe le singulier sculpteur auquel elle est due. Persée vient de trancher la tête de Méduse, le corps de la Gorgone se tord sous le pied de son vainqueur, le sang coule, les membres palpitent: victorieux et paisible, Persée, le glaive à la main, montre la tête sanglante. Une série de bas-reliefs superbes,

, d'une composition libre et tout à fait originale, ornent la base dont les quatre faces contiennent quatre niches ou quatre statues allégoriques de petite dimension et d’un travail qui accuse l’habile orfèvre. Tous les curieux des choses de l’art, connaissent le récit mouvementé de la fonte du Persée, pages vivantes de ces vivants mémoires de ce capitan de génie qui mania l’ébauchoir et la dague.

Telle quelle est aujourd'hui, la Loggia occupe, elle aussi, une place à part dans l’histoire de l’art à Florence. Dans cette ville fortunée, l’art est dans la rue, et, au lieu de se cacher aux regards dans les musées, on le voit resplendir à la face de tous, en plein air dans un musée ouvert à toute heure et à tous, avec le ciel bleu de Florence pour dôme et tout un peuple pour spectateurs enthousiastes.

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