SAINTE -MARIE -NOUVELLE
uccELLAÏ, vers 1469, charga Léon Battista Alberti de donner une façade principale à l’église de Santa-Maria-Novella; la place sur laquelle on sort aujourd'hui en traversant le cloître était alors la plus considérable de Florence. On l’avait agrandie successivement et, peu à peu, avec celle qui. s’ouvre devant Santa-Croce, la nouvelle place devint la plus importante de la ville, qui n'est, d’ailleurs, pas riche en grands espaces libres, et l’était encore bien moins au temps des IMédicis.
En 1331, un premier décret ordonna d’élargir la rue qui mène à l'église; en 1334, comme un certain dominicain faisait là ses conférences publiques contre la secte des hérésiarques dits les Paterùii, on décida un nouvel agrandissement.
Tous les habitants de Florence étaient avides de fêtes et de spectacles, un tel espace libre était donc indispensable à la commune, plus tard, quand le grand-duc Cosme développa le goût des joutes, des tournois, des carrousels ; c'est là qu’on fit les courses en chars, avec quatre attelages, la Prasinà (verte), la Riissata (rouge), la Veneta (bleu azur) et ÏAlha (blanche). Le prix du vainqueur était une pièce d’étoffe cramoisie. On disposait des gradins en amphithéâtre autour de la place et la foule y prenait place, des pyramides de bois servaient de but aux jouteurs ; plus tard, en 1608, on chargea Jean de Bologne d’élever là deux petites pyramides en marbre de Seravezza; il les fit reposer sur quaire tortues de bronze, et, au siècle suivant, on surmonta la pointe d’une fleur de lys en bronze.
L’église est très-célèbre à Florence et elle est certainement, avec ses cloîtres et son agglomération de bâtiments monastiques, l’une des plus intéressantes de la ville. Autrefois l’entrée principale donnait sur la place Vieille; en 1278 les dominicains prirent possession de l’ancien sanctuaire, et deux des leurs, Fra Ristoro et Fi-a SixtCy furent les architectes. En 1349 un autre dominicain Fra acheva leur œuvre. Les arcades basses qu’on voit
à droite dans le dessin forment la face latérale d’un petit cloître soys les arcs duquel, pendant des siècles, on déposa les restes des familles les plus qualifiées du quartier de Santa-ÛIaria- Novella. En 1350 un certain Turino Baldesi s’engagea à faire une façade nouvelle à l’église, mais il ne put achever son œuvre; elle fut reprise en 1470 par Jean Ruccellaï dont on lit le nom au fronton; il confia l'exécution au fameux Léon-Battista Alberti.
L’intérieur est gothique, la forme du plan est celle du Tau ou crosse latine, il y a donc un singulier contraste entre la forme classique donnée à sa façade par l’Alberti, et le parti pris de l’intérieur. C’est à la fois un sanctuaire et un musée. Les plus grands noms y ont trouvé unasile après leur mort; il y a là la chapelle Ruccellaï, la chapelle Strozzi, le tombeau de la B. Villana, morte en 1360, celui de J. -B. Ricasoli, de l’évêque Aliotti, du pati’iarche
de Constantinople, mort à Florence en 1440, et enfin le mausolée d’Aldobrandini Cavalcanti. Le mausolée de Strozzi est de Benedetto da Majano. Les Anglais, au moment d’une réparation qui amena la suppression de la tribune des orgues, ont trouvé un ingénieux moyen de faire entrer au musée du South Kensington ce beau morceau décoratif dû à Baccio d’Agnolo. (Voirie frontispice de la sculpture.)
C’est dans la chapelle Ruccellaï que se trouve cette fameuse madone du Cimabue qu’on regarde comme le point de départ de l’Ecole florentine. Santa-Maria-Novella est d’ailleurs, pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de la peinture à Florence, un point d’une importance capitale. Filippo Lippi y a peint deux fresques Saint Philippe exorcisant le démon et Saint Jean l’évangéliste ressuscitant Drusiana. Mais l’artiste qui triomphe ici, c’est le Ghirlandajo. Dans le chœur même, aux belles stalles sculptées par ce Baccio d'Agnolo, auquel on doit aussi cette tribune des chanteurs au-dessus de la porte d'entrée, que nous reproduisons, Domenico a peint aux frais de la Tornabuoni, une suite considérable de compositions du plus haut intérêt pour l’art. L’artiste a placé çà et là dans ses groupes des personnages contemporains en costume du temps, ce qui fait de son œuvre un document du plus haut prix. Nous y reconnaissons Lucca Pitti, Baldovinelli, Pierre Tornabuoni, Cosme fils de Laurent, Bartolini Salimbeni, Francesca Pitti, etc., etc., et, circonstance plus précieuse encore, le Politien, Marcile Ficin, Cristoforo Landino, André de Médicis, tous les Tornabuoni, les Ridolfi, etc. Une remarque très-importante et qui repose sur un fait réel donne encore un attrait plus considérable à ces œuvres du Ghirlandajo; Michel-Ange était alors son élève; et, dans la Visitation de Marie à Elisabeth, il a peint le groupe de personnages appuyés au balcon de l’autre côté de la rampe.
Dans la chapelle Strozzi les parois sont peintes à fresques par Bernardo et Andréa Orcagna; et les cloîtres offrent une série d’œuvres d’un tel intérêt qu’on éprouve quelque regret à ne faire que les énumérer. Dans ce cloître où s’élève la chapelle dite des Espagnols, Taddeo Gaddi et Memmi, ont représenté militante et X Église triomphante, on croit que
Memmi a introduit dans son œuvre les hautes personnalités de son temps. Gaddi a pris pour sujet; Saint Thomas assis dans la chaire, avec les prophètes, les évangélistes et le chœur des anges. Un autre cloître appelé le Grand cloître, l’un des plus vastes de Florence, communique avec le premier, il est aussi décoré de peintures par divers maîtres. C’était un vaste établissement religieux dispersé par la révolution et fondé en 1278, et son ensemble ne comprend pas moins de soixante-trois mille mètres de superficie. Il y avait le quartier du Pape, et la chapelle du pape : le réfectoire, construit parTalenti en 1460, contient aussi des peintures, entre autres cette fameuse composition d’Allori, représentant le miracle de la manne dans le désert. La pharmacie de Santa-Maria-Novella, était aussi célèbre, elle est devenue aujourd’hui une entreprise privée, et le lieu qu’elle occupe a conservé un certain caractère. Les souverains de la période grand-ducale avaient pris cet établissement sous leur protection.
C’est en somme un sanctuaire de l’art; la chapelle du Ghirlandaio qui va chaque jour s’eifaçant davantage, est peut-être de tout Florence ce qui donne le mieux l’idée de la fécondité de ces gi'ands artistes ; et quant aux grandes compositions des cloîtres elles peuvent réaliser avec celles du Campo Santo de Pise.