NICCOLO ET GIOVANNI PISANO
C’est incontestablement la Toscane qui a été le berceau de la Renaissance de la sculpture ; on a essayé de donner à la Pouille la prééminence, mais partout où des œuvres sculpturales ornent des monuments des xi^ et xii'' siècles dans cette partie de l'Italie, ils ont le caractère sarrasin ou byzantin. L’artiste, qu’on peut regarder comme le grand initiateur de l’art toscan, n’est pas né à Florence ; son origine est encore incertaine — malgré les contrats pour la chaire de Sienne publiés par Milanesi, — mais il y a lieu de le croire Siennois. C'est un homme de génie dans toute l’acception du mot, car il a créé et il a fondé une grande école. Il étudia d'abord l'architecture, et à seize ans il suivit à Naples l’empereur Frédéric IL On suppose qu’il resta là une dizaine d'années, pendant lesquelles il aurait certainement travaillé au fameux Castel dcîl’ Ovo et au Castel Càpnà/io. De Naples il va à Padoue,
et on croit qu’il a présidé à la construction de YÉglise San Antonio, ce fameux Santo, l'honneur et l’orgueil de la ville de Padoue.
La coopération de Pisano à cette œuvre énorme n’est pas un fait prouvé par les historiens. De Padoue il va àLucques, où, pour la première fois, il fait œuvre de sculpteur, exécutant la Descente de croix en haut relief d’une des portes latérales de la cathédrale de San Martino. C’est sa première manière, le résultat de ses qualités naturelles et de ses observations personnelles. On peut rattacher aussi à cette période Madone, \ç. Saint Dominique et la Madeleine de la Misericordia Vecchia à Florence. Qu’on regarde avec attention cette Madone, elle devient bientôt le type de toutes les Madones de l’Ecole pisane.
Il entremêla alors les travaux d’architecture et de sculpture, mais il est difficile d’assigner une date précise à chacune de ses œuvres. On lui doit l’église de Santa Trinita — réédifiée en 1593 par Biiontalenti — San Domenico d’Arrezzo, le Duomo de Volterre, la Pieve et Sainte Marguerite de Cortone. En 1260, il avait acquis la réputation d’un sculpteur aussi habile qu’il était reconnu grand architecte. C’est l’époque de l’exécution de la fameuse chaire du Baptistère de Pise, qui peut être regardée comme une de ces œuvres géniales d'où découle toute une école. Il est certain qu’il s’inspira là de ce sarcophage, dit de la comtesse Béatrix — parce qu’il renfermait les cendres de la femme de Boniface, marquis de Toscane et mère de la fameuse comtesse Mathilde morte en 1076. Il innova, en ce sens que, pour la première fois, il changea la forme adoptée depuis les premiers temps chrétiens et se conforma cependant à la tradition de l’Eglise lombarde en faisant reposer les colonnes sur le dos des lions. On a remarqué, comme preuve évidente de l’inspiration demandée à l’antiquité, qu’il avait transporté là, en l'appropriant toutefois, le Bacchus barbu du Vase Grec du Campo Santo de Pise.
De Pise, Niccolo se rend à Bologne, où il va sculpter le sarcophage' destiné à recevoir les restes de saint Dominique, Y Area di san Domenico, une des merveilles de Bologne. On a la date exacte fournie par les documents du professeur Bona'ini. C’est le 5 juin 1267 qu’on a procédé à la translation des cendres; en 1226, Niccolo avait quitté Bologne, laissant à son élève Guglielmo Agnelli quelques parties inachevées ; il allait signer le contrat relatif à la chaire de la cathédrale de Sienne. C’est un de ces chefs-d’œuvre dont cette prodigieuse Italie se montre si prodigue : il l’exécuta avec le concours de son fils Giovanni et de ses élèves Arnolfo del Cambio, Donato et Lupo. Elle est octogone et repose sur neuf colonnes. Elle offre, dans sa partie supérieure, sept panneaux traités en bas-reliefs. — La Nativité, l’Adoration des Mages, la Présentation, la Fuite en Égypte, le Massacre des Innocents, le Crucifiement et le Jugement dernier. Un pilier central, sur lequel porte la masse, est entouré de figures allégoriques en demi-relief : Y Astronomie, la Grammaire, la Dialectique, la Philosophie,.
Y Arithmétique, la Géométrie et la Alusique.
Les voyages que faisaient Pisano, tantôt au nord, tantôt au centre, tantôt au sud de l’Italie, et les travaux considérables qu’il exécutait dans chacun de ces déplacements, eurent ce résultat évident d’exercer une influence considérable sur les arts des villes qui l’employaient. A Sienne son action fut considérable, il a frayé la voie à tous ceux qui, plus tard, ont laissé un nom dans la sculpture.