LA PLACE DE LA SANTISSIMA ANNUNZIATA
xÉcuTÉE et conçue d'un seul jet, la place de lAnnunziata est une des plus belles de la ville; elle présente un noble aspect dans sa sobriété décorative. Si on y arrive par le Sud, on a en face de soi l’Église de l'Annunziata qui lui donne son nom, et, vue de l'entrée, elle n’offre pour façade que son beau portique. A droite elle est fermée par l'hospice des Enfants trouvés, et à gauche par les Sci'i’i, « Servi di Maria, » serviteurs de Marie. Les monuments sont conçus dans le même goût, et les mêmes lignes régnent dans les deux façades; ainsi placé on a derrière soi la belle maison Riccardi. Au centre se dresse la statue équestre du grand-duc Ferdinand P’', composée par Jean de Bologne et exécutée par ses élèves sur son esquisse. A droite et à gauche, le Tacca a placé deux petites fontaines d’une invention bizarre, où deux monstres marins accroupis versent l'eau dans des conques de bronze.
C'est en 1608 qu’on dressa la statue sur son piédestal, le vieux sculpteur dont le nom s’attachait déjà à tant d’œuvres de grande tournure, avait alors quatre-vingts ans. C’est le grand-duc Ferdinand II qui, en érigeant cette statue à Ferdinand P'', rendait hommage à son prédécesseur. On voulait transmettre à la postérité la mémoire des victoires remportées sur mer par ces chevaliers de l’ordre de Saint- Etienne créé par le souverain, et pour attester ce souvenir, après avoir employé à la fusion les canons pris sur l’ennemi; on grava ces mots sur la sangle du cheval ‘.«cou la fusionc dei mctalli rapiti al fiero Trace » ces fiers Thraces de l'inscription, c'étaient les pirates qui infestaient alors les côtes. Plus tard, Ferdinand fit décorer la base de ce large écusson de bronze où on lit la devise : Majestatc Tantiun sur un champ d'abeilles.
De l'église, nous ne voyons ici que le portique, d’ordre corinthien, avec ses élégantes arcades; Léon X a construit celle du milieu, et c’est A. de San Gallo qui l’a dessinée, c’est Alexandre et Robert Pucci qui ont fait les frais des autres arcades. La porte centrale conduit à l’église et ouvre sur le charmant portique décoré par André del Sarte, celle de gauche mène au cloître et, par ce cloître, elle donne accès à l’église en passant par la porte
où le del Sarte a peint son incomparable Madone du Sac. L’autre porte, celle de droite, ouvre sur k chapelle de Saint-Sébastien ; c’est au-dessus de cette chapelle que s’élève la petite coupole qu’on voit pointer au-dessus du portique. L’église est une des merveilles de Florence; mais nous devons dire qu’avec le temps bien des modifications y ont été apportées : elle ruisselle d’or et de marbres précieux. Ses trente chapelles ont été décorées par tous les princes qui se sont succédé en Toscane depuis les premiers Médicis, les simples marchands , jusqu'aux derniers des représentants de la race.
La construction àe.V Hospice de Sainte -Marie des Enfants trouvés, fut résolue en conseil communal le 25 octobre 1421, sur la proposition de ce fameux Léonardo Bruni dont la tombe est à Santa -Croce : quand le Filippo Brunellesco fut chargé de l’érection, il devait quitter Florence à cause d'engagements antérieurs, il fit le dessin et laissa le soin de l’exécution à Francesco Delta Lnna, son élève. Ce fut un malheur pour l’édifice, car il changea les lignes et, une fois engagé dans ces modifications, il lui fut impossible d'en sortir. On voit que la façade est formée d'un beau portique de neuf arcades ; dans les tympans
Portique de l'Hôpital des Enfants-Trouvés. — Par le Brunelleschi. ^ne Singulière déCOration ar-
Fresques du Poccetti.
rête le regard : ce sont des
médaillons de terre cuite représentant sur un fond d'un beau bleu un enfant emmailloté avec ses langes et ses bandelettes blanches; c’est une allusion à la destination hospitalière du monument.
Nous avons fait dessiner le portique avec l’ancien 7'our, supprimé en Italie comme il l’est en France. Les peintures à fresque qui le décorent sont du Poccetti, un artiste de décadence qui a quelquefois son mérite. Si on franchit le seuil, on accède à un pétit cloître d’un admirable effet, et on s’arrête devant un des plus beaux Délia Robbia qu’il y ait à Florence, une Annonciation de la Vierge.