‹ FlorenceChapitre 90 sur 102 · LÉONARD DE VINCI · texte numérisé non relu

LÉONARD DE VINCI

rrinita, saint François ressuscitant un enfant, et \ Adoration des Mages. Il est impossible de ne pas pas reconnaîre, dans chacun des groupes qui assistent au miracle, des personnages du temps , mais les femmes et les enfants sont ceux de la famille Saxetti, les autres sont des Acciaioli et des Albizzi. L’artiste a porté cette habitude à son extrême limite ; elle est dans le goût du temps, mais il la certainement professée plus que tout autre car, au-dessus de la frise, il a encore représenté toute une série de personnages à mi-corps avec le costume de 1 époque. Les fonds d architecture ne sont pas non plus indifférents, ils représentent un état actuel de la cité et nous montrent les dispositions des constructions au temps du xv® siècle. Domenico meurt en 1498, avec le siècle; il avait dû naître vers 1450; il a laissé des élèves du plus grand talent, sans parler de son chef-d œuvre, Michel Ange. Francesco Granacci est sorti de son atelier ainsi que Mainardi, Cieco, Jacopo del Tedesco et Baldini.

RANACci Francesco, dont nous donnons ici une toile superbe représentant un portrait de jeune Florentine, fut l’élève chéri du Ghirlandajo et le condisciple de IMichel-Ange dans l’atelier du maître. Laurent de Médicis était très-partisan du Ghirlandajo parce .que les Tornabuoni, ses parents, l’avaient adopté comme leur peintre ; il suivait donc de près ses travaux et s’intéressait à son atelier : il y vit les élèves du maître et les suivit avec cette affection éclairée qui fait de lui un vrai IMécène. Déjà Granacci était de force à aider son maître qui travaillait avec ses frères David et Benedetto à ces grandes peintures murales de Santa Maria Novella. Il y avait dans le Granacci l’étoffe d’un décorateur, et Laurent le Magnifique l’employa à dessiner divers costumes du triomphe de Paul-Émile, superbe entrée qu’il avait organisée à Florence comme c’était alors le goût du temps; plus tard, quand Léon X fit son entrée solennelle dans la ville, c’est encore François qui eut la haute main sur la décoration des places et des rues où devait passer le cortège. Dans cet ordre d’idées sa production est considérable; mais tout a disparu, puisque ces divertissements éphémères n’étaient faits que pour un jour. Les poésies cependant nous sont restées, et souvent elles sont signées des plus beaux noms du siècle. Granacci était très-lié avec Michel Ange depuis qu’il avait été son camarade d’atelier. Lorsque le pontife appela le grand sculpteur pour lui donner la décoration de la chapelle Sixtine, celui-ci voulut pour aide son compagnon Francesco : il dessinait les cartons et Granacci exécutait ; il est vrai de dire que ce grand génie ne pouvait, quel qu’en fût son désir, avoir aucun collaborateur; il se débarrassa donc des Florentins qu’il avait appelés et resta seul en face de ces immenses espaces à couvrir. Granacci a surtout peint à la détrempe ; on possède encore de sa main nombre d’étendards et de bannières. Il y a en lui du Ghirlandajo et peut-être quelque chose de la morbidesse des chairs qui caractérise André del Sarte. Il était très-souple; il a fait beaucoup de vitraux et de cartons. Il est mort vers 1543, et ses cendres sont recueillies à San Ambrogio de Florence.

Léonard de Vinci, l’un des plus beaux génies de l’humanité, appartient aussi à la Toscane par sa naissance. Cependant, quoique né à Val d’Arno, il est presque un étranger pour Florence, en raison des circonstances que nous allons développer. Son père^ Pietro da Vinci, était notaire, le fils naît en 1452 et, en 1484, le père devient notaire de la Seigneurie. Il

débute comme élève chez Andréa Verocchio, peintre et sculpteur; une légende veut que le jeune homme ait surpassé son maître dès les premiers jours de son apprentissage et, en face de ce résultat humiliant pour lui, Verocchio aurait renoncé à la peinture pour se vouer ù la sculpture, où il devait s’illustrer.

C'était un artiste universel, il n’avait pas de spécialité ; il étudiait tout, art, science, litté¬

rature. Sculpteur, peintre, architecte, ingénieur, mécanicien, botaniste, anatomiste, mathématicien et astronome ; on aurait dit qu’il voulait parcourir le champ tout entier des connaissances humaines. Il était poète aussi et, comme musicien, il n’avait pas son égal lorsque, prenant la lyre qu’il avait inventée et à laquelle il avait ajouté une corde, il s’accompagnait en chantant d'une voix chaude et vibrante. Avec tout cela, Florence ne lui offrit cependant pas un champ d’action assez vaste ou assez rapide. Tous les grands hommes vivaient encore et étaient plus ou moins les favoris du prince. Laurent de Médicis le méconnut, ce fut Sforza qui eut la gloire de l’accueillir. Léonard écrivit à Ludovic le Maure pour lui proposer ses services. On a conservé l'original de la lettre à la Bibliothèque ambroisienne de Milan. « Je

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peux faire tout ce qii’liomnie peut faire, soit peinture, soit sculpture aussi bien qu’artiste vivant. » Il aurait pu ajouter sans nulle forfanterie qu’étant le plus habile des mortels dans tous les arts plastiques, il joignait encore à tant de qualités la force physique et la beauté, car on raconte que ce beau jeune homme, la première épée de son temps, pouvait, de son bras noueux, tordre le battant d’une cloche et lancer ou retenir, à son gré, un coursier fougueux.

Le jour où il arrive à Milan décide de son sort ; le voilà directeur de l’Académie ducale des beaux-arts, directeur de la construction de la cathédrale ; son protecteur lui commande la statue équestre de François Sforza, le fondateur de sa maison. Ce groupe colossal, dont on connaît quatorze esquisses différentes tracées de sa main, ne devait jamais être exécuté en bronze; Léonard en avait cependant achevé le modèle, -qui fut détruit, au dire de Castiglione, l’auteur du Courtisan, par les soldats gascons de Louis XII, lors de la prise de Milan par le roi de France.

Le sculpteur devait bientôt se faire une immense réputation comme peintre en exécutant la fameuse fresque qui existe encore à Milan, célèbre dans le monde entier sous le nom de la Cène de Léonard de Vinci. Malheureusement, les procédés d’exécution n’étaient point ce qu’ils devaient être ou la préparation de la muraille avait été mal faite, ou enfin les conditions d'humidité du sol étaient telles que, cent ans après son exécution, la Cène était à peu près perdue. Ajoutons, cependant, que pour ceux qui connaissent la gravure du Morghen et les copies de Marco d’Oggione, on retrouve, dans cette paie fresque, une force supérieure et tous les signes du génie. C’est une œuvre qui fait du réfectoire des Dominicains de la Madona Delle Grazie un véritable sanctuaire. Cette peinture est de 1495 ; c’est la dernière œuvre exécutée à Milan par Léonard. Dès 1499, il quitte la ville et revient à Florence où il est bien accueilli par le gonfalonnier Soderini; on lui donne un poste fixe et, en 1503, il est chargé de peindre, pour la grande salle du Conseil du Palais-Vieux, une composition à son choix relative à la gloire de Florence. Michel-Ange était convié au même travail et les deux œuvres devaient se faire face dans la décoration. C’est un regret éternel pour les amis des arts que la perte des deux cartons de ces deux artistes, les plus grands génies de l'Italie avec Raphaël. Michel-Ange peignit son fameux Carton de Pise, méchamment détruit par une main jalouse. Léonard avait pris pour sujet la défaite des Milanais, conduits par Piccinino, par les Florentins, à Anghiari, près Borgo San Sepolcro.

ENU à Rome, en 1514, à la suite de Julien de Médicis, Léonard est présenté au Pape Léon X. Il aurait eu là je ne sais quelle contestation avec les agents du Saint-Père ou le Saint-Père lui-même, mais la première de toutes les raisons doit être quelque jalousie suscitée par la position inattaquable de Michel-Ange au Vatican. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il eut une commande qu'il n’exécuta pas. De Rome il passe en France, où le roi François P'' était jaloux d’attirer les grands artistes, et il resta à la solde de ce prince jusqu a sa mort; il revint avec lui à Pavie et le suivit de nouveau en France ; il faisait partie de la suite, à Fontainebleau et à Amboise. C’est grâce à cette circonstance que nous

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