L'ÉTAT D'AME DES ARTISTES FLORENTINS
huit mois esclave en Barbarie. Le portrait de son maître, dessiné au charbon sur un mur blanc, lui rend la liberté. Il revient à Xaples, à la cour d'Alphonse d'Aragon, puis à Florence, près de Cosme de 31édicis qui doit l'enfermer pour le contraindre à travailler. Il se fait une corde des draps de son lit et s'évade. Cosme dut l'autoriser à mêler à la peinture sacrée les escapades amoureuses.
A Prato, les religieuses de SainteiMarguerite lui confient le tableau de leur maître-autel. Une jeune novice, Lucrezia Buti, lui paraît charmante. Les bonnes sœurs la lui prêtent imprudemment comme modèle pour la figure de Xotre- Dame. Il enlève cette Lucrèce
Enfant de V'errochio. Fontaine de la cour du Falais-\'ieux.
Filippo Scolari, par Andréa del Castagne. Couvent de Sani' .-Xpollonio.
sur le chemin d'une église où elle allait vénérer la ceinture de la Vierge. Confusion des nonnes, douleur du père u qui ne fut plus jamais joyeux ». La jeune fille refusa de rentrer au couvent et donna à Filippo son tils l'ilippino. Le pape Fugène IV offrit en vain au prinlre une dispense canonique de mariage. Il ne l'accepta point, u afin de pouvoir se conduire à sa guise ». Il devait mal finir. A cinquante-sept ans. il mourut, empoisonné, dit-on, par l'irascible famille de Lucre/.ia.
l'J.ORENCE
Sandro Botticelli (1447-15 15), le peintre exquis des madones et des anges, avait d'étranges fantaisies. Un sien voisin, tisseur de draps, faisait trembler, par le mouvement de son métier, les murailles de Sandro. Le peintre fit placer, en haut de son propre mur, une énorme pierre, branlante et menaçante, qui, à la première secousse, écraserait la maison du tisseur et tous ses habitants. « Moi aussi, je suis maître chez moi »,
Pieta du Perugin. Palais Pitù.
déclara Botticelli. L'artisan dut calmer la trépidation de son atelier. Un jour, Sandro accusa d'hérésie épicurienne un de ses amis. « Il croit, ditil au Saint-Office, que l'àme meurt avec le corps ». Le pauvre diable le fit comparaître au tribunal ecclésiastique. « Vous voyez bien, dit le mauvais plaisant, que cet homme est une pure bête, dont l'âme ne saurait survivre; ignorant, et sachant à peine lire, n'ose-t-il pas commenter Dante ? >y Sandro eut une vieillesse amère : infirme, décrépit, Florence le voyait se traîner sur deux béquilles.
Andréa del Castagno (1390-1457), un peintre rude, d'humeur sauvage, franchement réaliste, dont la cathédrale garde une fresque de fière allure,