I. — Les Traditionalistes
Benozzo Gozzoli, l'honnête disciple de Frà Angelico, inégal, parfois incorrect et maladroit, passionné pour la grâce adolescente et les architectures compliquées, animalier, pay-
,, , . , . . sae-iste, eut la bonne fortune d'être chargé
Hercule et Antee, par Antonio °
del Pollajuolo. Offices. par Pierre de Médicis de décorer de fresques
le Palais Riccardi à Florence. En une salle étroite et mal éclairée, il plaça aux parois de la fenêtre et dans les plus
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obscurs recoins, des chœurs d'anges et V Annonciation des Bergers ; sur les trois murailles principales, le cortège triomphant des Rois Mages, qui chevauchent dans une campagne vraiment florentine, « cavalcade joyeuse de seigneurs élégants, en surcots de brocart, éclatants d'or et de pierreries, au milieu de pages alertes «, accompagnés de leurs meutes de chasse et, dans cette chevauchée, les portraits de la famille médi-
Mort de saint François d'Assise, par D. Ghirlandajo. S. Trinita.
céenne, de Côme, de Laurent le ^Magnifique, de l'Empereur Jean Paléologue et la figure de Benozzo lui-même.
A JMontefalco. quelques années auparavant, il avait repris la tradition giottesque, l'illustration de la vie et de l'apostolat de saint François. Il avait étudié, à Assise et à Florence, les épisodes peints par Ciiotto. u La virtuosité un peu superficielle du jeune artiste, écrit >L Arnold Goffin [La Lêgeiule l'rancisiaiiie dans l'arl pri niili f' ital ien), sa complexion plus enjouée que pénétrante ne le })rédestinaient à aucune rivalité avec Oriotto dans la figuration des côtés héroïques de la vocation de saint In-ançois. » Les meilleures parties de son œuvre sont les scènes de jubilation ou (riuiniiliié, le Def^oiiillenienl de François devant l'èvèque d'Assise, le Sermon aux oiseaux, la fraternelle Rencontre de saint
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Dominique cl de saint l^^rançois, à Rome, sur le seuil de la vieille basilique de Saint-Pierre.
Tout à coup illustre, GozzoUi alla peindre, à San Gemignano, les dix-sept fresques de l'église Sant Agostino, puis, à Pise, au Campo Santo, en quinze années, les vingt-deux vastes compositions tirées de TAncien Testament, Œuvre terrible, terribilissima, dit Vasari. Les Pisans, reconnaissants, lui décernèrent le droit de cité et l'enterrèrent
Le baptême du Christ, par Verrochio.
L'ange de srauche est attribué à Léonard de Vinci. Académie.
dans ce cloître peuplé de si grands souvenirs, où dort Henri VII, l'empereur de Dante.
Cosimo Roselli retiendra le visiteur par deux fresques « d'un naturalisme hardi et presque rude », la Prise d'habit de saint Filippo Beni^^i, au cloître de l'Annunziata et, dans Sant Ambrogio, la Procession à Florence.
Voici maintenant la famille des dessinateurs, peintres de chevalet, disciples des Flamands quant aux procédés de la peinture, curieux de la fidèle imitation sculpturale du corps humain, du détail anatomique, du relief plastique, du clair-obscur, de la perspective, attentifs à un prudent
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emploi des vernis et des huiles, peintres d'animaux, peintres pa^-sagistes, peintres orfèvres. Tels, les deux frères PoUajuolo (morts en 1496 et 1498), modeleurs, ciseleurs, graveurs, francs et âpres, « jusqu'à la sauvagerie » (aux Uffizi, Combats lÏ Hercule avec Antée et V Hydre : la Prudence, de Piero).
Andréa del Verrochio ;i435-i488), orfèvre, prospettivo, sculpteur, graveur, peintre et musicien (une ébauche de Viionio iiniversale de la pleine Renaissance), eut, par l'ensemble de ces aptitudes, une profonde
Naissance du Christ, par IvOrenzo di Credi. Académie.
influence sur l'art italien. Il fut le maître de Loren/o di Credi. du Pérugin et de Léonard de Vinci. On lui doit, écrit M. l.afenestre. « la formation de ces types si florentins, les visages pleins, ronds, souriants, avec de grands fronts intelligents et des lèvres minces pour les temmes. les jolis corps potelés et charnus, avec de grosses tètes frisotées, de petits yeux perçants pour les Bambin/ '>. Il dut à son maître Donatello le réalisme (c des anatomies sèches et des visages fatigués. » ^Acad. des Beaux-Arts, le Bap/rnic' du (]lirisl .)
Lorenzodi Credi (1459-1537)- Sincère et pieux artiste, gros bourgeois de Florence, disciple de Savonarole qui, pour complaire à son maître, brûla ses compositions profanes. Fils d'orfèvre, apprenti sculpteur, il
s'attacha aux ordonnances bien pondérées, aux attitudes nobles, aux architectures élégantes, ornées de délicates ciselures. Ses Madones à V Enfant et ses Annonciatioiis sont nombreuses dans les musées de l'Europe. La cathédrale de Pistoja possède son meilleur ouvrage, la Vierge accompagncc de saint Zanohi et de saint Jean-Baptiste. L'Académie des Beaux-Arts de Florence garde son Adoj-aiion des Bergers, les Uffizi son Verroctiio^ très vivant portrait, et ses études de tètes à la pointe d'argent sur papier teinté, qui comptent, écrit M, Lafe-
Le Printemps, de Saiidro Botticelli. Académie.
nestre, « parmi les analyses les plus pénétrantes qu'un artiste doublé d'un psychologue ait jamais su faire de la physionomie humaine ».