L'ÉTA'I' D'AME DES ARTISTES FLORENTINS
Avec Giotto et ses disciples immédiats, la peinture tlorenline s'c^rientait délibérément vers l'édification religieuse. Ees cités voisines de Mo rence, Pise, Sienne, Arez/.o reçurent aussitôt la même initiation. .Mysti que, évangélique, monacal, cet art italien persistera jusqu'au déclin de la Renaissance. Il est bien remarquable que, en un pays de vie publique si intense, de vie communale ou princière si maonifique et fertile en spectacles tantôt pompeux, tantôt tragique, les peintres se soient si constamment attachés à la représentation des scènes chrétiennes, bibliques ou liturgiques. Dorénavant, c'est seulement par échappée, par caprice et comme par une soudaine velléité d'indépendance intellectuelle, que la peinture se permettra d'abonh^r des objets de nature laïque. uiènK» pa'ienne et tracera des images où ii(> réside }ioinl un secret : .S///'.s7//// CAirdû !
Ces vieux peintres ont-ils donc été îles ànuvs constamment pénétrées et illuminées par l'amour de Dieu, di's esprits tiiujours austères, des
consciences d'un très pur ascétisme ? Nous en rencontrerons bientôt un — un seul — qui laissa le souvenir d'une impeccable noblesse, un véritable saint. jAlais tous les autres furent-ils de la race d'Angelico da Fiesole?
Ici, Vasari est un historien précieux. Les légères esquisses qu'il trace (le la physionomie morale des maîtres florentins sont dignes d'attention.
Mur oriental de la chapelle des Espagnols. S. M. Xovclla.
'riotto, dit-il, fut ingénieux, d'esprit plaisant; ses bons mots étaient très piquants, ingcnioso c piaccvole inolto et uei motti argutissiiuo. Boccace a rappelé tel de ces mots ironiques, encadrés en quelque familière aventure. Vasari, copiant Sacchetti. conte la plaisanterie infligée par le peintre à un artisan simple d'esprit qui l'avait prié de lui peindre des armes sur un écusson. « Je veux, pensa Giotto, peindre pour cet imbécile des armes aussi complètes que s'il était le roi de France. » Il jeta donc quelques traits de crayon sur le palvcse et le laissa terminer au pinceau d'un élève. Celui-ci étala surl'écusson tout un arsenal chevaleresque