PREFACE
Il n'est si petit livre, aujourd'hui, qui ne doive avoir sa préface. L'éditeur le demande, l'usage le veut, je le voudrais aussi, mais j'y sens quelque embarras.
Une préface, à moins de n'avoir aucun sens, doit dire au lecteur le plan de l'ouvrage et le nœud qui rassemble ses diverses parties. Comment faire, quand on n'a devant soi que des feuillets épars, écrits à d'assez longs intervalles, et que rien ne rattache nécessairement l'un à l'autre? J'ai beau chercher, en effet, je ne vois à ce volume qu'une unité très-insuffisante, je ne lui trouve d'autre lien que dans mes souvenirs, dans l'intérêt constant et passionné de mon esprit pour les choses d'Italie.
Rappeler ces souvenirs, les retracer ici comme ilr,
VI l'iSÉl'ACE.
me viennent, au courant de la plume, sans y chercher l'ordre et la méthode, sans me préoccuper de ce qu'ils ont, peut-être, de trop personnels, ce serait la préface la plus naturelle et conséquemment la meilleure à un livre dont ils ont été l'origine. Voudrat-on s'en contenter? Ce qui ne se fait pas toujours, a-t-il chance d'être agréé quelquefois? Essayons.
La première fois que l'image de l'Italie m'apparut, réelle et poétique tout ensemble, ce fut dans l'œuvre dantesque. L'impression que me causa le Livre ïtaUen (c'est ainsi qu'il faudrait nommer la Divine Comédie) fut vive et profonde. Le moment et la circonstance me sont restés présents. J'étais seule à la campagne, par une saison très-triste. Mes longs soirs avaient épuisé la biblioihèque de famille. Tous les volumes avaient été successivement pris et remis en place, hormis quelques auteurs latins et la terrible épopée de Dante. J'en connaissais, ne sachant pas l'italien, ce que tout le monde en connaît chez nous par l'image ou par le drame : l'épisode de Francesca et celui du comte Ugolin. L'envie me prit de voir dans l'ensemble ces fragments si dissemblables, et de lire dans l'idiome où il fut écrit le livre fameux. La tâche n'était pas facile, car, dans mon isolement, je n'avais d'autre guide qu'une grammaire et un dictionnaire; niais je m'opiniàlrai au travail et, grâce