POUGET
PROGES-VERBAL
de la séance des Etats de làn(jiicdoc, en date du 21 février 1780, par laquelle les Etals acceptent la dédicace de I'Estelle de Florian.
a M^'"" rArchevèque de Narbonue a dit ensuite cjue M. de Florian, capitaine des dragons, gentilhomme de S. A. S. Ms"" le duc de Penthièvre, de l'Académie Française et des Académies de Madrid, de Florence, de Lyon, de Nismes, d'Angers, etc, lui a adressé un exemplaire de la pastorale, intitulée Estelle, pour le présenter aux Etats ;
» Que cet hommage d'un auteur célèbre dans la littérature, réIoc|uence et la poésie, serait sans doute, à ce seul titre, agréable à l'assemblée \
» Mais que M. de Florian avait encore des droits plus personnels pour espérer que son ouvrage fiît reçu avec la flatteuse émotion de la sensibilité ;
» Que le lieu de la scène de cette pastorale, peu éloigné de nous, est ce vallon riant etfertile qu'arrose le Gardon ;
» Que l'auteur, né dans cette heureuse contrée, paraît n'avoir eu en vue, dans cet ouvrage, que d'exprimer le tendre souvenir des lieux qui l'ont vu naître et de la douce impression qu'il conserve des premiers soins qu'on a donné à son enfance ;
» Qu'il y a joint des notes oii l'érudition s'est réu-
nie au sentiment, pour rassembler tous les faits propres à relever l'honneur et la gloire du Languedoc;
» Que l'épitre dédicatoire aux Etats est peut-être reloge le plus intéressant qu'on ait fait de leur administration ;
» Que cet ouvrage ne respire d'un bout à l'autre, sous le voile des mœurs champêtres, qu'amour de la patrie, que raison embellie de la seule parure delà nature et de la vertu ;
» Qu'enfin les grâces du style, la fraîcheur des images, la pureté des sentiments, la candeur naïve et attachante des interlocuteurs de cette pastorale portent ce calme paisible qu'il serait heureux de répandre partout dans les esprits et dans les coeurs;
» Sur quoi les Etats ont délibéré d'accepter la dédicace de l'ouvrage et l'exemplaire qui leur est présenté, et de prier M»"^ l'archevêque de Narbonne de témoigner à M. de Florian leur satisfaction et leur sensibilité. »
22 Mars 1781, Paris.
Dans mon dernier voyage en Languedoc, Monsieur, j'eus l'honneur de vous voir à Anduze, et la confiance avec laquelle vous me parlâtes est la cause de celle que je vais vous montrer dans cette lettre. Oubliez pour un moment, je vous prie, la disproportion de nos âges et permettez-moi de vous parler comme à un ami. Je n'ai rien fait pour mériter ni démériter cette qualité, et comme vous n'êtes pas de ceux auprès desquels il faut de grands discours pour obtenir de petits services, j'en viens tout de suite au fait.
Depuis mon retour à Paris, j'ai pris un appartement, je l'ai meublé à mes frais, en un mot, je me suis arrangé comme devant être doresnavant un citoyen de cette capitale ; de plus j'ai achetée (sic) à mon oncle un contrat de rente dont je ne devais jouir qu'après lui, et pour en jouir dès à présent, je
(1) Les 17 premières lettres sont adressées , par Florian, à M. Gaspard Daniel de Pelet, capitaine au régiment de la vieille marine, chevalier de Saint-Louis. Plusieurs sont inédites, d'autres ont été partiellement publiées, à difl'érentes époques, dans les Mémoires de VAcadémie de Nimes. Nous les rétablissons dans leur texte complet. Elles sont extraites (sauf les deus dernières), des archives du château de la Rouvière, et nous en devons la communication il l'obligeance de M. Paidùi de Pelet, ancien sous-préfet du Yigan, propriétaire du château.
lui ai donné 4,000 francs. Cette somme, prise sur mes propres rentes, la dépense forcée que j'ai faite, tout cela m'a arriéré et comme le malheur de ma vie est de devoir et de faire attendre mes créanciers, j'ai recours à vous pour vous demander si vous pouviez me prêter 300 francs. Ce qui m'enhardit à vous faire cette demande, peut-être indiscret^e (sic), c'est que vous eûtes la bonté de me dire vous même à Anduze, " l'hiver^ (sic) dernier, que si je n'avais pas assez par la vente de Florian pour payer ce que je pouvais devoir, moi personnellement, vous me promettiez de venir à mon secours.
Si vous avez aujourd'hui la même amitié et la possibilité, vous me rendrez un grand service et j'oserais vous rappeler que le bien de ma mère vous répondra bien sûrement de votre fonds, je sais que je ne puis pas emprunter n'étant pas maître de ces biens, mais indiquez-moi tous les moyens d'engager mon honneur et je les prendrai. Quant aux intérêts M. D'Hornoy s'engagera de vous payer sur la rente de 600 francs qu'il me doit. Ainsi ils sont plus surs que sur l'Hôtel de Ville.
Voilà, je crois, les deux principaux points assurés ; il me reste à vous faire deux prières, d'abord, si vous ne pouvez pas m'accorder ma demande, de vouloir bien ne pas m'en continuer moins votre amitié, votre estime et les sentiments que vous m'avez dit avoir pour moi et qui me font tant de plaisir à croire ; la seconde, c'est que dans le cas où vous me l'accorderiez et ou vous me la refuseriez, ce serait
de n'en parler à qui que ce soit et, comme j'ai l'honneur de vous connaître, je n'insiste pas sur cet article. Je sais quelle est sur tout cela votre austère délicatesse ; j'oublie qu'il faudrait m'envoyer vous même le modeUe (sic) des précautions à prendre et que je les suivrais de point en point; je crois pouvoir vous répondre que dans trois ou quatre ans, vos fonds vous seront rentrés.
En voilà bien long sur une affaire qu'il vous est peut-être impossible de m'accorder; que rien là dessus n'arrête votre franchise. D'abord ce secours ne m'est pas d'une nécessité absolue pour vivre; il l'est pour que je sois tranquille ; et quand bien même vous ne pourriez pas me l'accorder, le plaisir de m'ètre rappeUé (sic) à vous, le plaisir plus grand de recevoir les assurances de votre amitié, seraient toujours un fruit très-agréable de la démarche que je fais: d'ailleurs, elle doit vous faire connaître et ma franchise et ma confiance, et j'espère gagner en les fesant connaître à quelqu'un comme vous.
J'ai l honneur d'être, avec tous les sentiments et
une amitié bien respectueuse, votre très-humble et
très-obéissant serviteur,
Floriam,
capitaine dans Penihièvre .
Rue Feydau, au coin de la rue Montmartre.
P. S. — Je ne prend pas la liberté de vous charger de rien pour votre famille, par ce (jue je sais que vous ne direz à personne n'avoir reçu de mes nouvelles.
No 2.
Paris, le 10 avril 1781.
J'ai reçu Monsieur la lettre que vous m'avez fait l'honneur de me répondre le 1*'' de ce mois ; j'ai été affligé de l'idée où vous étiez sur moi. Non, Monsieur, je vous ai toujours rendu justice et nommément pour moi, que j'ose dire ne vous ai connu que pour vous parler de ma reconnaissance et de mes sentiments ; vous êtes le premier et le seul auquel je me sois adressé dans le besoin où je me trouve, je me flatte cependant d'avoir quelques amis, et je ne passe ni pour un prodigue ni pour un homme dérangé, quoi qu'il en soit, Monsieur, ne doutez jamais d'une amitié que je vous ai vouée pour ma vie, et trouvez bon que doresnavant je m'adresse toujours à vous pour les conseils dont je pourrais avoir besoin par rapport au peu qui me reste en Languedoc, notre correspondance sera secrè^te (sic), elle n'aura pas besoin d'avoir l'air d'une bonne fortune pour être très agréable pour moi. Permettez-moi de laisser les affaires pour vous faire mon compliment très sincère sur le bonheur et le malheur qui vous sont arrivés. Hélas I ainsi va le monde, on n'a presque jamais un plaisir nouveau, qu'il ne faille regretter une perte. Cependant, Monsieur, avec l'aimable famille que vous avez, vous devez être plus souvent Jean qui rit que Jean qui pleure. Vous ajouterez beaucoup à mon bonheur à moi , si vous me continuez l'amitié que vous m'avez promise et si vous acceptez les témoigna-
ges de la respectueuse amitié avec laquelle j'ai l'honneur d'être Monsieur :
Votre très humble et très obéissant serviteur^
Florian. Rue Feydau, au coin de la rue Montmartre.
Paris, 18 mai 1781.
La noblesse de votre procédé, Monsieur, embarrasserait quelqu'un qui ne vous connaîtrait pas, mais par la même raison que je me suis adressé à vous, je m'attendais à ce que vous faites, je ne vous importunerai même pas de trop longs remerciments, j'accepte le service que vous voulez bien me rendre et tant que je vivrai mon cœur ne s'acquittera jamais avec vous.
Puisque cette occasion me prouve que vous m'avez toujours un peu aimé et que vous serez toujours sensible à la respectueuse et tendre amitié avec laquelle j'ai l'honneur d'être Monsieur :
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Je n'ose vous charger de rien auprès de votre aimable famille, mais vous devez juger combien tout ce qui vous est cher m'intéresse.
No 4.
Paris, le 9 juillet 1781.
J'étais parti, Monsieur, au commencement du mois dernier pour rejoindre mon régiment dans le-
quel je ne suis point encore remplacé, mais au bout de huit jours de séjour, il m'a pris une fièvre bilieuse, elle est finie, mais M. le Duc de Penthièvre m'a obtenu un congé pour revenir me rétablir à Paris. C'est de l'a que j'ai l'honneur de vous écrire. Ce n'est ici et aujourd'hui que votre dernière m'a rattrapé ; je ne perds pas un moment pour y répondre, il est inutile de vous renouveler mes remercîments.
Venons aux nouvelles, la retraite de M. Necker a affligé tous les bons citoyens. Je fais comme vous des vœux pour la paix et pour la prospérité de notre patrie. Il est bien affreux que les hommes, non contents des peines de la oie y joignent des fléaux dont eux seuls sont les auteurs. Votre position me parait la plus enviable pour un homme qui pense; votre famille, votre fortune, tout cela est établi. Vous n'avez qu'à songer à être heureux et tranquille. Dieu vous y maintienne. C'est le vœu bien sincère de celui qui est, avec un attachement bien tendre et bien respectueux.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
No 5
Paris, le 29 août 1781.
Il m'est impossible. Monsieur, de vous rendre la reconnaissance que m'inspire Thonnèteté et la franchise de votre procédé. Je viens de recevoir votre lettre de change, et je suis bien plus sensible à l'amitié que vous m'avez marquée qu'à l'utilité dont vous m'êtes dans ce moment.
ik
Vous ferez bien, Monsieur, de veiller un peu de près M. de L... ; je me défie toujours des gen^s caressants et gueux, il possède ces deux qualités, mais vous êtes prudent et le compte que je vous ai rendu est très fideHe (sic), je crois cependant qu'il serait extrêmement agréable pour M. votre fils d'obtenir l'arrêt en question. Engagez-le à ne pas le perdre de vue.
Si^ de mon côté, j'avais le bonheur de pouvoir
vous être utiile [sic), je vous prie de disposer de moi,
comme d'un ami bien sincère. Je vais être résidant
à Paris plus que jamais. M. le duc de Penthiêvre
s'est enfin décidé à m'attacher à lui, en qualité de
son gentilhomme. Je vais loger à l'hôtel de Toulouze
et ma fortune va augmenter de 2,500 francs de rentes.
Ce qui me réjouirait le plus de cette faveur, ce serait
qu'elle me mita même de vous prouver le respect et
la tendre reconnaissance que je vous ai vouée pour
la vie.
No 6.
Paris, le 30 septembre 1781 .
C'est toujours un plaisir pour moi, Monsieur, que de vous parler de ma reconnaissance. Croyez qu'elle est aussi vive que votre manière d'obliger est franche et agréable. La permission que vous me donnez de vous regarder comme mon ami est pour moi la plus flatteuse de vos offres, et mon cœur ne s'acquitera jamais avec vous de celle-là.
Je vous remercie de toute mon âme de la part que vous avez prise à la faveur dont M. de Penthièvre m'a honoré ; sans quitter le service absolument, je trouve le repos que je souhaitais , et que mon goût pour la retraite et les lettres me rendait nécessaires.
Vous êtes bien bon de me demander les chétifs enfants de mon loisir ; je vous envoie, sous le contreseing du Prince, mes trois comédies qui, toutes trois, ont réussi; si elles vous amusent, ou du moins, si elles vous intéressent, vous doublerez leur succès.
Voici bientôt le moment ou vous reverrez Monsieur votre fils, j'aurai voulu être sur qu'il eut passé par Paris, j'aurai guetté le moment de son passage. Je vous prie de me rappeller à son souvenir, de présenter mes respects à toute votre aimable famille et d'être surtout bien certain des sentiments de respects et d'amitié que je vous ai voués pour ma vie.
Paris, le 28 décemJjre 1781.
Pardonnez moi, Monsieur, si je n'ai pas eu l'honneur de répondre plustot à votre dernière. Accablé d'afîaires, et pressé par un déménagement, chose toujours embarrassante, mais plus encore à Paris qu'ailleurs, je n'ai pu trouver le temps de causer avec ceux à qui je dois le plus d'amitié. Enfin me
voilà installé dans ma nouvelle demeure à Thôtel de Toulouze, et mon premier soin est de me rappeler à vous.
L'époque de la nouvelle année qui est un prétexte pour tant de mensonges, n'est rien pour moi, Monsieur, auprès de vous. En tous temps je sens le service que vous avez bien voulu me rendre et tous les mois me sont égaux pour ma vive et éternelle reconnaissance. Agréez cependant Monsieur les vœux bien tendres et bien sincères que je fais pour votre bonheur, pour celui de Monsieur votre fils et pour celui de toute une famille à laquelle on serait cependant embarrassé de souhaiter autre chose que de vous conserver longtemps à sa tète ; recevez aussi je vous prie^ mon compliment sur le mariage de Mademoiselle votre nièce ; un père, un parent qui a passé sa vie à s'occuper de sa famille, doit passer sa vieillesse à recevoir des compliments.
Je vous dois des remerciments pour l'indulgence que vous avez eue en lisant mes chétives bagatelles. Je viens de donner un petit opéra comique dont le titre vous réjouira : Le Baiser. Il a été assez bien reçu, mais c'est un ouvrage plutôt pour être lu que pour être vu ; sous peu de jours je vous l'enverrai, mais aujourd'hui je craindrai que dans les terribles paquets dont la poste est chargée dans ce temps-ci, votre brochure ne se perdit et je serai fâché que vous puissiez m'accuser d'ingratitude en ne voyant pas venir les assurances de ma reconnaissance éternelle et de mon tendre attachement.
Paris le 29 août 178-2.
L'amitié que vous m'avez toujours marquée, Monsieur, me fait un devoir comme un plaisir de vous adresser les faibles essais auxquels je m'amuse. Voici une comédie que j'ai donnée il y a un mois et qui se joue avec plus de succès qu'elle n'en mérite ; vous en jugerez.
J'y joins un exemplaire d'un ouvrage que j'ai envoyé au concours de l'Académie, et qui a eu le bonheur d'être couronné. M. le duc de Penthiévre et M™^ la duchesse de Chartres y sont venus et ont été contents. Le public les a reçus avec un transport qui m'a bien plus touché que ma couronne. Comme vous êtes sensible, Monsieur , vous plaindrez les malheureux de la Franche-Comté , et l'humanité affaiblira à vos yeux les fautes de mon ouvrage.
Quant il vous plaira, Monsieur, de m'envoyermon billet des intérêts que je vous dois au mois de septembre, je l'acquitterai mais je sens que je n'acquitterai jamais la grâce et l'amitié avec laquelle vous m'avez obligé et surtout la reconnaissance respectueuse que conservera pour vous toute sa vie
26 septembre 1782.
La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Monsieur, a un peu galoppé après moi, parce
que j'avais suivi M. le duc de Peuthièvre dans un petit voyage qu'il a fait à l'abbaye de la Trappe. Si votre lettre m'y était parvenue, elle aurait adouci l'austère pénitence que l'on fait dans cette maison.
Je vous remercie de tout ce que vous me dites d'honnête depuis mon enfance ; j'y suis accoutumé, mais ce à quoi il est difficile de s'accoutumer, parce qu'ils ne sont pas communs, ce sont vos procédés.
Vous avez eu la bonté de me demander les deux jumeaux, je les joins ici avec reconnaissance, ils ont eu beaucoup plus de succès que ne vaut une bagatelle pareille.
Le moyen que je prends de payer à M. l'abbé Séguret, me vaudra encore une lettre de vous. Voilà pourquoi il me plaît davantage, car il faut que vous me promettiez , Monsieur , de regarder votre amitié comme un dédomagement que Dieu me donne pour tout ce qu'il m'a été en Languedoc. Je compte sur vos conseils dans tous les temps, et l'idée qu'il me reste quelque chose dans votre province emporte toujours celle du respectueux et tendre attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Paris, le 30 novembre 178-2.
Je n'ose joindre à cette lettre une bagatelle que je viens de donner , cela aurait l'air d'un dédomagement, mais comme je connais votre franchise
et votre amitié, je vous prierai de l'accepter avec le même plaisir que je vous l'offre.
Vous me donnes (sic), Monsieur^ l'espérance de faire un voyage à Paris, je voudrais bien que vous fussiez fide/le (sic) à votre promesse, comme vous l'avez toujours été à tout ce que vous avez promis, j'aurai bien de la joie à vous dire que je prends la liberté de vous regarder comme un ami et que ma confiance en vous égale seule la reconnaissance aveo laquelle j'ai l'honneur d'être Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Paris, le 24 janvier 1783.
Je suis bien reconnaissant. Monsieur, de la cordiale lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire le 2 de ce mois, si vous désirez véritablement mon bonheur, c'est me souhaiter que je conserve toujours votre amitié.
Je savais que mon père avait eu l'honneur de vous voir, ce qui m'a fait un plaisir difficile à vous rendre, quand on s'estime mutuellement, on est fait pour s'aimer et mon cœur y serait et y est si bien en tiers. Je vous prie de recevoir Monsieur une nouvelle bagatelle que la reine a eu la bonté d'accepter et de protéger. C'est par son ordre qu'elle a été jouée : les mœurs qu'elle peint sont faits pour vous et pour votre famille à qui je vous prie de présenter mes respects et compliments.
Adieu, Monsieur, permettez-moi de vous regarder comme le meilleur ami que je possède en Languedoc, cette idée me rend mon pais (sic) plus cher et me fait désirer d'aller vous assurer moi-même de la tendre et respectueuse amitié que je vous ai vouée pour ma vie. Florian.
Paris, ce 12 septembre 1783.
Le mois de septembre, Monsieur, est toujours pour moi une intéressante époque de l'année, sous prétexte de venir vous parler d'affaires, je viens vous parler d'amitié et je me flatte d'être encore plus votre ami que votre créancier.
J'espère dans le courant de novembre vous envoi'er [sic) un petit ouvrage qui doit paraître en ce temps là, et qui est fait pour vous plaire, car, sinon l'ouvrage du moins les personnages en sont aimables, je me fais un plaisir d'avance de vous l'offrir ; mon père m'a mandé, il y a longtemps qu'il avait eu l'honneur de vous voir, son silence depuis près d'un mois me donne de l'inquiétude sur sa santé. L'automne que nous avons ici est la plus malsaine possible , j'espère qu'il ne vous a point fait de mal non plus qu'à votre aimable famille, à qui je vous prie de présenter mes tendres hommages.
Recevez Monsieur, avec votre amitié ordinaire les assurances de l'inviolable reconnaissance et du respectueux attachement que je vous ai voué pour ma vie. Florian.
Paris ce 13 décembre 1783.
Voici, Monsieur, un petit ouvrage qui réussit fort bien dans le public de Paris, et qui n'aura eu de suite à mon gré que lorsque vous m'en direz du bien. Je le crois fait pour votre cœur, et pour un homme qui comme vous, aime la campagne et sait l'embellir, je suis condamné à ne point avoir de campagne, et pour m'en dédommager je me suis emparé de la nature ; avec cela et votre amitié je ne regretterai rien.
Permettez-moi de profiter de l'époque où nous allons arriver pour vous souhaiter à vous Monsieur, à Monsieur votre fils et à votre aimable famille tout ce qu'un père comme vous mérite pour lui et pour ses enfants. Jamais vous ne serez assez heureux au gré de mes souhaits et de la tendre et respectueuse amitié que je vous ai vouée pour ma vie.
No 14.
Janvier 1783.
Oui, Monsieur, j'ai perdu le meilleur des pères et je le pleurerais toute ma vie. Jamais coup ne fut plus affreux et plus imprévu, C'est au moment où j'étais sur le point, où j'avais la paroKe (sic) de M. de Périgord de lui donner un petit gouvernement, c'est dans cet instant que j'ai reçu la funeste nouvelle;
ma santée (sic) en est altérée, et il est impossible à mon cœur de vous exprimer ce qu'il éprouve.
Il fait ici un temps dont on n'a jamais vu l'exemple ; la terre est couverte de 4 pieds de neige, il ne tombe encore au moment où je vous écris. Malgré cela je vais me mettre en chemin et je ne suis pas certain d'arriver. Je vais avoir des affaires bien tristes et peut-être bien difficiles, je compte sur votre amitié que vous m'avez tant prouvée ; je confie à vous seul sous le sceau du secret que je veux tout vendre, mais si je le déclare on me fera la loi ; en conséquence, je viens chercher de l'argent pour payer toutes les dettes, cet argent sera hypothéqué, sur Coutelle et les intérêts délégués au fermier. Ainsi peut-être qu'avec ses sûretés je trouverai ce qu'il me faut c'est à dire une vingtaine de mille francs , mais vous, Monsieur, je vous demande de songer à me trouver des acquéreurs, sans dire le secret que je vous confie.
Je n'ai pas besoin, j'espère, de vous parler de la tendre et très tendre amitié que je vous ai vouée pour ma vie.
Présentez mes hommages et remerciments bien
tendres à M""* de Pelet, gardez-moi toujours votre
amitié et ne me répondez pas, j'irai, quelque temps
qu'il fasse, mais si vous pouvez m'aider soit pour
ma vente, soit pour mon emprunt, je vous demande
vos bons offices.
Châteande Florian, février 1783.
Je viens de recevoir, Monsieur et cher ami, le plan et l'estimation de M. Cahours, je vous prie de lui en témoigner ma satisfaction de lui en faire tous les remerciements que je lui dois et d'acquitter le salaire d'un travail si bien fait. Ce sera une obligation que vous ajouterez aux mille et une que je vous ai.
Demain Lundi, M. le Prieur et moi comptons aller vous demander à diner, si vous le permettez, je vous répéterai ce que je dois penser toute ma vie en vous assurant démon tendre et respectueux attachement,
Paris, 1783.
Quoique j'ai eu déjà l'honneur, Monsieur, de vous envoier (sic) mes comédies détachées, néammoins, je vous adresse leur collection et je m'estimerai fort heureux, si vous éprouvez en les recevant, la moitié du plaisir que j'épj)rouve à vous l'offrir.
Depuis mon départ de Languedoc, les acquéreurs pour Coutelle et pour mon champ ne se sont pas présentés en foule ; vous qui connaissez le désir que j'ai de libérer entièrement les dettes de mon père et celles que j'ai particulièrement avec vous, vous devez être bien sur que je ne laisserai pas échapper
l'occasion de vendre. J'ose espérer qu'avant la fin de l'année, je trouverai un acquéreur.
Vous ne trouverez sûrement personne qui ait pour vous un attachement plus inviolable et plus tendre que celui avec lequel j'ai l'honneur d'être,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Florian, le 20 septembre '770.
Je crois mon cher Monsieur, être parvenu à me défaire de Florian ; comme l'on me demande l'engagement que j'ai pris avec vous, sur la prise d'eau que je vous ai donnée, je vous serai obligé de m'en faire tirer une minute. Quoique vous m'ayez porté un grand préjudice par cette aliénation, je vous proteste que je ne vous en ai pas moms chéri et que l'opposé de ce sentiment n'a jamais dépendu de moi, assuré d'ailleurs que votre cœur a toujours parlé en ma faveur et que je dois le mal que vous m'avez fait, uniquement à l'amitié générale qu'on a pour vous et à l'idée que ce que vous appréciez un sol n'en vaut pas davantage. — Je serais au désespoir de joindre à la peine que j'aurai toujours, que Florian ne vous ait pas convenu ( et peu de chose nous aurait rais d'accord). Celle que j'aurai qu'on vous inquiétât sur cette prise, parce que celui qui donne une faculté de
(1) Cette lettre inédite est de François de Florian , père du poète, lieutenant de cavalerie au régiment de Luzigaan.
gré à gré (ne se prive point de celle de son bien) diton? à moins d'une exclusion précise pour le fait. Si elle n'est point dans la police passée avec vous, je serai charmé pour mes adieux, dut-elle rompre mon marché, de vous prouver que vous êtes un exemple de la fortune qui pour l'ordinaire n'est pas heureuse pour les gens qui pensent ; si j'emporte votre estime je serai bien dédommagé de ses revers.
J'ai l'honneur d'être avec tout l'attachement respectueux mon cher Monsieur :
Le plus dévoué de vos serviteurs,
Le chev. de Florian.
10 juin 1783.
J'ai reçu, Monsieur, avec un plaisir triste et doux, la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je ne veux pas rouvrir vos plaies en vous répétant combien j'en ai souffert, et comme je sais que la plus douce distraction pour les bons cœurs, ce sont les services qu'ils peuvent rendre, je vais vous raconter avec confiance le marché que je viens de finir avec M. Campel. Je lui ai vendu Coutelle, le contrat est signé, et je lui donne ce domaine pour un morceau de pain. M. le Prieur vous contera plus en détail notre marché, mais l'éloignement où je suis, le désir de liquider toutes les dettes de mon père m'ont engagé à ce sacrifice; enfin, il est consommé. Monsieur, j'ai délégué à M. Campel toutes les dettes qui peuvent rester.
Adieu, Monsieur, je voudrais être à même de vous
dire tous les jours, que le Ciel nous a donné l'amitié
pour nous consoler dans nos maux, je vous embrasse
de tout mon cœur, et vous assure du plus tendre et
du plus respectueux attachement.
Paris, le 1" avril 1788.
A Monsieur Vincens de Saint-Laurent.
Je noublierai point, Monsieur, que c'est à vous que j'ai dû la flatteuse adoption de l'Académie de Nimes ; c'est à mon premier patron que je m'adresse pour témoigner à cette Académie que les grâces que m'a faites la mère ne me rendent pas moins sensible aux faveurs dont m'honore la fille. C'est la bonté de mes anciens confrères qui m'a porté bonheur auprès de mes nouveaux : j'aime à leur en rapporter une partie de ma reconnaissance, comme il me sera doux dans tous les temps de leur offrir l'hommage de mes faibles productions, d'entretenir avec eux un commerce utile, pour moi, et de me vanter de leur adoption.
Je ne pouvais pas mieux choisir mon temps pour publier un ouvrage où la ville de Nimes joue un si grand rôle. Les succès de M. Pieyre au théâtre (1),
(1) Alexandre Pieyre, né à Nimes, en 1752, mort en juillet 1830. Précepteur du duc de Chartres (le roi Louis-Philippe) et plus tard secrétaire des commandements de la princesse Adé-
ceux de M. de Saint-Etienne et de Boissy dans toutes les sociétés où on les a connus, où on les chérit, où on les regrette, ont rendu le nom de Nimes intéressant pour tous les Parisiens. Estelle a profité de la prévention où l'on était déjà pour son pays. Les charmantes poésies de M""*" la baronne de Bourdic, ont fait penser que la bergère Estelle avait attrapé quelques fleurs échappées aux mains de la dame de son village, et quoique on ait été trompé dans cette attente, par respect pour la châtelaine, on a laissé chanter la paysanne.
Lettre adressée à M. Bruguier (1), négociant à Sauve.
Paris, le 21 janvier 1792.
J'ai un peu différé, Monsieur, de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 29 du mois dernier, parce que j'ai voulu consulter plusieurs notaires et plusieurs jurisconsultes sur la demande que vous nie faites d'une renonciation en
iaïde, est l'auteur de deux volumes de pièces de théâtre pai-mi lesquelles V Ecole des Pérès, comédie eu 5 actes et eu vers, mérite d'être citée; cette pièce fut jouée à Versailles le 24 janvier 1788, par les comédiens Français, en présence du roi et de la reine. Le roi, comme témoignage particulier de sa satisfaclion, donna à l'auteur une épée à poignée d'or, avec les armes de France. (1) Lettre découverte à Durlbrt (Gàid).
forme â la succession de mon père, tous unanimement m'ont dit de vous assurer que cette renonciation était absolument inutile; qu'ayant accepté la succession de mon père, je ne pouvais plus la répudier, mais que ne l'ayant acceptée que sous bénéfice d'inventaire, je ne puis, selon toutes les coutumes, être chargé des dettes que jusqu'à la concurrence de ce que j'ai recueilli de la succession ; qu'en conséquence, dans la position où je me trouve, je n'ai d'autres choses à faire que de rendre compte aux créanciers qui peuvent se présenter de cette succession bénéficiaire et de leur prouver que fai payé plus que je n'ai reçu.
J'ai déjà parlé à M. Pieyre, député de Nimes (2), pour qu'il vous fit passer les deux nouveaux volumes que je viens de donner au public. Il me l'a promi ainsi que M. Rabaud. Nous allons nous en occuper et j'aurai un très grand plaisir à penser que ce livre vous amusera vous et les vôtres.
(2) Jean Pieyre, député de Ninies, frère de l'auteur dramatique.