Florian et ses bandes de partisans en 1814 et 1815
Il ne faut pas croire, ainsi que quelques uns se sont plu à le dire, que les deux Restaurations des Bourbons en 1814 et 1815 se soient accomplies dans nos provinces du Sud-Ouest de la France sans murmures ni protestations. Si la noblesse, tant éprouvée par la Révolution, aspirait à prendre sa revanche et à rétablir le trône légitime, si la bourgeoisie, écrasée par la conscription, les levées en masse et les impôts de toutes sortes, ne supportait plus qu'impatiemment le lourd fardeau de cet Empire qu'au début elle avait si frénétiquement acclamé, le peuple au contraire, l'armée surtout ne pouvait aussi facilement se détacher du drapeau tricolore, que sous la conduite de l'homme extraordinaire elle avait promené si longtemps victorieux sur tous les champs de bataille de l'Europe, et ce n'est ni sans hésitations ni sans regrets qu'elle se voyait forcée d'abdiquer ses croyances politiques devant le drapeau blanc ramené par les baïonnettes étrangères.
La Guyenne et la Gascogne, comme la plupart des provinces éloignées de la capitale, participèrent à ce mouvement de révolte, qui, hâtons-nous de le dire, fut bien vite réprime.
Ces dernières convulsions du régime déchu, ces spasmes suprêmes du colosse moribond, nous avons pensé qu'il était bon de les étudier et de les faire connaître, s'étant manifestés plus particulièrement dans nos provinces après les Cent-Jours. Il nous faut les chercher dans les derniers rangs de ce qui avait été l'armée impériale, parmi ces bandes de partisans ou de corps-francs, qui s'étaient organisées sur les flancs des trou-
pes anglo-espagnoles, lors de l'admirable retraite du maréchal Soult le long du versant nord des Pyrénées. Dissoutes par la première Restauration, elles se reformèrent bien vite au nouvel appel de leur Empereur. Mais, désemparées après Waterloo, sans but avouable, sans moyens d'existence, recrutées dans la lie du peuple, elles se mirent à parcourir alors au hasard nos campagnes, les pillant, les terrorisant, et, pour la plupart, finirent misérablement dans les bagnes et les prisons.
Un homme les personnifie dans nos départements du Sud- Ouest, Florian, dont le nom se trouve mêlé à tous les événements de cette époque, mais dont l'histoire n'a pas encore été écrite (1). Ce n'est pas sans peine que nous avons réuni sur son compte un assez grand nombre de documents entièrement
(1) Sous le titre : Etat militaire et politique delà Gascogue en 1814 et 181ô, J.-F. Bladé avait commencé dans la Reçue de l'Agenais, t. vi, 1879, une série d'études sur ce même sujet. Pour des raisons que nous ne connaissons pas, il les a laissées inachevées. Il voulait examiner d'abord la lutte mémorable du maréchal Soult et de Wellington, puis la situation de la Gascogne en 1814 et 1815, enfin l'organisation des corps francs dans le Sud-Ouest. Le premier chapitre seul a vu le jour. C'était le moins intéressant, puisqu'il ne pouvait être et n'a été que le résumé de tout ce que l'on a écrit sur la campagne de France le long des Pyrénées. Encore l'auteur s'est-il arrêté avant la bataille de Toulouse. La publication des Annales de la ciUe d'Agen de 1789 à 1819 par Noël Proche {Reçue de l'Agenais, t. vin, ix et x, et tirage à part, Agen, 1884. ln-8° de 316 pp.), puis, celle du Journal des Ecénements qui se sont passés à Agen, lors du rétablissement des Bourbons sur le trône de France en 1814, par le comte de Villeneuve-Bargemont, alors préfet de Lot-et-Garonne (Reçue de l'Agenais, t. xxvu), ont, depuis, comblé une partie de cette lacune et fourni sur la situation de notre département à cette époque tous les renseignements désirables. Restait la troisième partie, celle de l'organisation et de l'histoire des corps-francs et plus spécialement des bandes de Florian et de Beaupuy. C'est l'étude que nous entreprenons en ce moment. Nous ne l'aurions peut-être jamais tentée, si nous n'avions été servi par une occasion exceptionnelle. Nous voulons parler de la remise qui nous a été faite par notre ami, M. Adrien Lavergne, vice-président des Sociétés archéologique et historique du Gers, à qui Bladé les avait données, de toutes les notes que ce dernier avait prises sur ce sujet, notes informes, désordonnées, non rédigées, souvent même absolument obscures. Nous aurions cependant mauvaise grâce à ne point reconnaître que, malgré ces défauts et à la suite du contrôle rigoureux que nous en avons fait, elles nous ont été d'un précieux secours. Nous les avons complétées par de nouvelles et nombreuses pièces que nous avons été assez heureux de pouvoir découvrir. Ainsi publions-nous ce travail qui, nous l'espérons, présentera à nos lecteurs un intérêt d'autant plus vif que ce sujet, relatif à une époque très peu étudiée encore, n'a jamais été traité et que les documents sur lesquels nous l'étayons sont pour la plupart entièrement inédits.
inédits. Nous exposerons d'abord ce que nous savons de lui et de sa première bande en 1814 ; puis, le retrouvant l'année suivante, nous détaillerons les excès que commit sa troupe, connue sous le nom de seconde bande de Flovian, moins dans les rues d'Agen que dans la campagne de Marmande et les confins du Périgord. Nous dirons auparavant comment furent organisés dans le Sud-Ouest de la France les corps-francs de partisans.