‹ FlorianChapitre 10 sur 16 · IM · texte numérisé non relu

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d'aprèi Cudin.

Dieu 1 quelle ressemblance ! mais mon cœur, etc.

{Les Jumeaux de Bcrgame.)

l'auteur dramatique. 7]

bre 1779 et jeté au feu le 6 du même mois. 2>

« Une des plus jolies miniatures que nous ayons vues depuis longtemps au théâtre, ce sont Les JumssLux de Bar gains (1), comédie en un acte et en prose^ du chevalier de Florian. Cette pièce, représentée pour la première fois par les comédiens itahens, le mardi 6 (2), est un charmant petit imbroglio, relevé de toutes les grâces du dialogue de Marivaux, avec moins d'esprit peut-être, mais aussi avec moins de recherche, plus de naturel et plus de vérité. Quelque rebattu qu'en soit le fonds (c'est celui des MénecJimes) j notre jeune poète a su en tirer quelques situations tout à fait neuves ou qui l'ont paru du moins, grâce à la manière piquante dont il a eu l'art de les rajeunir.

« Un extrait de cette pièce ne pourrait don* nor qu'une faible idée du plaisir que fait aii théâtre ce joli petit drame ; c'est que nous ne saurions exprimer ici la légèreté^ la grâce, la

(1) Les Jumcauœ de Bcrgamc ont été représentés sur la scène de l'Opéra en 1885, dans une série de restaurations archéologiques deg anciens théâtres.

(2) 6 août 1782.

vivacité avec laquelle le sieur Carlin (1) y joue encore le rôle d'Arlequin ; à soixante-dix ans passés, son talent conserve tout le charme, toute l'illusion de la jeunesse. Corali, le frère cadet, fait tout ce qu'il peut pour ressembler à son jumeau, et quelquefois il y réussit ; le son de sa voix a de la sensibilité et n'est pas sans agrément. La jolie figure de M^'" Carline n'ajoute pas peu d'intérêt au rôle de Rosette ; celle de M"'*' Gontier n'est pas faite assurément pour rendre celui de Nérine trop aimable » (2).

Grimm ne ménage pas les louanges à cette petite comédie, dont il place le dialogue en face et presque au-dessus du dialogue de Marivaux. De fait, elle mérite ces éloges; elle est pleine d'esprit, de grâce et de légèreté, alerte et sautillante comme Arlequin lui-môme, quand il gambade en taisant tournoyer sa batte audessus de son chapeau bicorne.

La scène est à Bergame, devant la maison de Rosette, qui est aimée d'Arlequin. Le hasard

(1) Carlin, de son vrai nom Bertinazzi, né à Turin en 1713, mort à Paris en 1783, excellait dans le rôle d'Arlequin. II a fait une comédie, Métamorphoses d'' Arlequin,

(2) Correspond, de Grimm.

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fait que le frère jumeau de ce dernier, Arlequin cadet, se trouve ce jour-là à Bergame : de là des quiproquos continuels dont la ressemblance des deux frères est la cause. Arlequin aime Rosette et dédaigne l'amour de Nérine. Rosette donne à cadet son portrait, croyant le donner à l'aîné ; Nérine surprend cadet avec ce portrait, croyant avoir surpris l'aîné. Aussi Arlequin, Nérine et Rosette ne peuvent-ils s'entendre. Arlequin étonne fort Rosette en lui disant qu'il n'a pas le portrait ; il est fort étonné luimême quand Nérine lui reproche sa perfidie et lu^ montre le portrait de Rosette qu'elle dit lui avoir enlevé des mains. Ces scènes, renouvelées des Ménechmes et des Sosies, se déroulent gaîment jusqu'à l'explication finale, où tout se découvre* Nérine , cette llermione de Bergame , est amusante et touchante avec ses transports furieux, sa jalousie bruyante et tenace. Arlequin cadet est un gai compère.

ARLEQUIN cadet, seul.

{Il chante.) Toujours joyeux, toujours conlent, je sais braver la misère ;

FLORIAN. i

ri FLORIAN.

Pour la rendre plus légère, Je la supporte en chantant.

Souvent la vie est importune ; J'ai mon fardeau, chacun le sien :

Ma gaîté, voilà ma fortune ; Ma liberté, voilà mon bien.

D'un an de peine et de chagrin Un court plaisir me dédommage ; Quand je suis au bout du voyage, Je ne songe plus au chemin.

Du sort je crains peu l'inconstance ; Tantôt du mal, tantôt du bien ; Travail, repos, plaisir, souffrance, Je ne refuse jamais rien.

J^ai beau chanter, je ne peux pas oublier que je meurs de faim. Mais il faut que mon frère soit fou ; il m'écrit à Bergame de le venir joindre à Paris, et il oublie de me donner son adresse. J'ai déjà demandé à plus de cent personnes où demeure monsieur Arlequin, domestique ; ils me répondent tous par des éclats de rire.

On aime beaucoup à rire dans ce pays-ci. Oh I je rirai aussi, moi, mais quand j'aurai dîné. On a beau dire que l'on s'accoutume à tout ; voilà plus de trois jours que j'ai faim, et je ne peux pas m'y accoutumer. Allons, du courage ; peut-être ferai-je fortune ici : je montrerai l'italien, je sais jouer de la guitare ; voilà de quoi se pousser dans le monde. D'ailleurs, j'ai ouï dire qu'en France on préfère toujours quelqu'un de médiocre, quand il est

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étranger, à un homnie de mirite qui n'est que du pays : je suis étranger; je ferai fortune.

Les jolies scènes abondent, et quand Rosine prend l'un pour l'autre les deux jumeaux qui se ressemblent, et quand Arlequin aîné reste ahuri par les quiproquos que cette ressemblance amène, et la façon touchante dont il se résigne à accepter toutes les invraisemblances, pour ne pas déplaire à Rosine.

Il y a de l'injustice et de l'ingratitude dans l'oubli qui pèse aujourd'hui sur toutes ces petites œuvres si joliment détaillées, si finement observées, où l'on retrouve l'écho des conversations subtiles de Marivaux, avec moins de recherche, moins d'esprit et plus de cœur.

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