CHAPITRE XXX
Jardin des bambous de Kia lan tho. — Cbi mo che na ou le cimetière. — Grotte de Pin pho lo. — Maison de pierre Tchhe li. — Première collection des paroles de Foë. — Caverne de Tbiao thà. — Pierre noire du Pi khieou.
Il sortit ensuite de l’ancienne ville pour retourner à la nouvelle. En allant au nord l’espace de trois cents pas, il vit à l’ouest de la route le Jardin des bambous de Kia lan tho («) , où l’on avait construit une chapelle qui existe encore; des religieux 3a balayent et l’arrosent. Au nord de la chapelle, à deux ou trois li, est le Chimo cite na. Chi mo che na signifie en chinois, champ des tombeaux oit l'on place les morts !>). En traversant la montagne méridionale et en allant à l’occident, à trois cents pas, il y a un édifice de pierre qu’on appelle la grotte de Pin pho lo (5). Foë, après scs repas, venait habituellement s’asseoir en ce lieu pour y méditer. Plus à l’ouest, en faisant cinq ou six li, au nord de la montagne et dans un endroit ombragé, il y a une maison de pierre nommée Tchhe ti (4); c'est le lieu où, après le Ni houan de Foë, cinq cents Arhans recueillirent la collection des livres sacrés. Quand ces livres sacrés furent publiés, on dressa trois trônes vides disposés avec magnificence : Che li foë était à gauche, et Mou ban était à droite. Parmi les cinq cents Arhans, il n'en manquait qu’un seul; c'était A nan qui, quand le grand Kia se (5) monta sur le trône, resta hors de la porte sans pouvoir entrer. On a élevé dans ce lieu une tour qui subsiste aussi. Au delà des montagnes, il y a encore dans le rocher des grottes où les Arhans s’asseyaient et méditaient : elles sont en grand nombre.
En sortant dé l'ancienne ville , et en descendant du côté du nordest durant trois li, il y a la caverne de pierre de Thiao thâ (6). A cinquante pas de là, il y a une grande pierre noire carrée. Il y eut autrefois un Pi khieou qui, en passant par-dessus, dit en réfléchissant : Ce corps n'est pas durable, il est sujet à la douleur, vide
et exposé aux souillures. Contemplant l’ennui et les chagrins de ce corps, il tira son poignard et voulut se tuer lui-même; puis, faisant une nouvelle réflexion, il se dit : L’Honorable du siècle a établi en précepte qu’on ne doit pas se tuer soi-même. Il réfléchit encore : Quoi qu’il en soit, dit-il, je ne veux tuer aujourd’hui que trois ennemis mortels; et il se poignarda. Quand il commença ses blessures, il devint Siu tho wan ; quand il fut à moitié, il devint A na han; quand il se fut tout à fait achevé, il devint Arhan, et entra réellement dans le Ni houan.
(1) Le Jardin des bambous de Kia lait tèo.] Hiuan tlisang rapporte que le Jardin des bambous de Kia lan tho était situé à un U de la porte septentrionale de la ville des Montagnes. De son temps, il y avait une chapelle bâtie en briques sur une fondation de pierres, et dont la porte était tournée vers Test, C’est un lieu où le Tathàgata séjourna souvent et enseigna la doctrine, lit des miracles et conduisit tous les êtres au salut. On y voyait l’image du Tathàgata et celles d'un grand nombre d'autres Tathâgatas. Autrefois il y avait dans cette ville un grand nommé Kia lan tho; il était très-riche et distribuait des largesses à tous les hérétiques dans le Jardin des bambous. Cependant ayant vu le Tathàgata et entendu sa doctrine, il se purifia par la foi et cessa d’avoir de la prédilection pour la foule des hérétiques qui habitaient le Jardin des bambous. Alors, avant que l’instituteur des dieux et des hommes ne vînt se servir de cette habitation, les génies et les démons, pour récompenser Kia lan tho, en expulsèrent les hérétiques en leur disant . « Le chef Kia lan tho veut élever une « chapelle pour Bouddha dans le Jardin des bambous, il faut donc vous en aller « d’ici pour éviter tout malheur, » Les hérétiques, quoique en grande colère, furent pourtant obligés d’avaler leur chagrin, et ils quittèrent le jardin. Le chef (Kia lan tho) construisit alors une chapelle; cl quand elle fut achevée, il alla lui-mêinc prier le Tathàgata de venir en prendre possession \ — Kl.
(a) Champ des tombeaux oà l'on place les morte.] Le mot Chi mo che na est la transcription du sanscrit Smas'âna, qui signifie cimetière. — Kl.
(3) La grotte de Pin pho /o.] Je suppose que c’est la même grotte qui est nommée aussi caverne de Pi pho lo. Voyex chap. XXV, note 1 a , pag. a 69. — Kl.
' Pian 1 tian, lit. LXV, pag. 5a M 53.
FOË KOUÊ Kl.
(4) Une maison de pierre nommée Tchhe ti . ] iliuan thsang ne donne pas le nom de cet édifice, mais il dit qu'il était placé à cinq ou six U au sud-ouest du Jardin des bambous, sur le versant septentrional de la montagne et dans une grande forêt de bambous. Après le Nirvân’a du Tathâgata, ajoute-t-il, le vénérable Mahâ Kâs’vapa , avec neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Arhans, y fit la collection des trois trésors V Voyez, sur cette première collection des ouvrages bouddhiques, la note 12 du chapitre XXV, pag. a A7 - — Kl.
(5) Qaand le grand Kia së.] Le grand Kia së est Mahâ Kés’yapa. — Kl.
(6) La caverne de pierre tle Thiao thâ. ] Thiao thà est , comme nous lavons déjà vu, une des orthographes chinoises du nom de Déi'adatta. Iliuan thsang place la grande maison de pierre, 011 ce personnage célèbre se livrait à la méditation, à deux ou trois li à l'est de la porte septentrionale de la ville des Montagnes, à gauche, dans l’ombre de la pente méridionale de la montagne.
Dévadatta, qui fut pendant sa vie l'ennemi et le persécuteur du Bouddha Shâkya monni , est regardé ordinairement comme une incarnation du Mâra (ou génie malfaisant). De pareilles incarnations ne servent qu'à illustrer et à mettre dans tout son jour l’excellence des Bouddhas et de leur doctrine. Un ouvrage mongol, extrait par M. I. J. Schmidt, dit sur ce sujet : «1 Des gens dont l’esprit est obscurci , croient u par erreur et soutiennent que Dévadatta était un antagoniste, un ennemi et un « persécuteur du Bouddha. Si , pendant les cinq cents générations durant lesquelles « le Bouddha Tathâgata suivit le chemin de Bodhisattwa, l’illustre Bogda Déva- « dalla lui fit éprouver toute sorte de mal et de contrariété, ce ne fut que pour « fortifier l’excellence et les hautes qualités du Bodhisattwa. Aussi ces hommes « obscurcis commettent un péché, quand ils soutiennent et veulent faire croire « que Dévadatta a été un ennemi et un persécuteur du Bouddha Tathâgata ; ils cau- « sent par de tels discours leur propre renaissance dans les trois régions des condi- » tions abjectes (de brutes, de démons et d'habitants des enfers). L'accumulation des <1 vertus de l’illustre Bogda Dévadatta est très-grande, et la racine de scs mérites « immense; il a rendu des services extraordinaires à beaucoup de Bouddhas, et il a, «< par ce moyen, contribué au germe de la racine des œuvres méritoires; il appar- « tient d'ailleurs à ces Mahasattwas qui ont véritablement approfondi les moyens « du salut, et il a approché de la dignité d'un Bouddha Tathâgata. Ceux qui le re- « gardent avec haine et aversion , occasionnent par conséquent leur propre mal- « heur et leur renaissance dans les trois régions des conditions abjectes fc. 0
* Pian i lion, liv. LXV, p«g. 53 t>. — * detehicktr dtr (Jjt-.Wonyolfu , pag. 3i a.