PRÉFACE. XLV
tures Prussiennes, et les rois de Bavière et de Wurtemberg à échanger leur pourpre contre la livrée impériale ? Que gagnera la liberté, le mouvement intellectuel, au militarisme prussien, si bien défini par un allemand : < la Prusse n'est pas un pays qui a une armée, c'est une armée qui a un pays »? Que gagnera surtout, ouplulôt quene per-' dra pas la piété à la guerre inique, corruptrice, et rapace dont TAUemagne célèbre les triomphes?... Certes, nous ne voulons pas ici dresser un acte d'accusation en forme, nous ne nions pas les qualités solides des peuples germaniques, nous n'oublions pas qu'en bien des lieux nos prisonniers français ont été traités avec bienveillance, nous ne pouvons pas oublier surtout ce que nous avons constaté nousmêmes dans nos visites aux blessés Prussiens, leur foi, leur courage, leur résignation. Mais dans un livre, oîi nous n'avons voilé aucun des défauts de la France et où nous avons parlé à notre peuple avec une sévère franchise, il nous
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sera permis de déclarer, au nom de notre conscience chrétienne, les impressions douloureuses que nous laisse à bien des égards la conduite de la Prusse dans la guerre qui vient de finir.
Nous avouons avec simplicité que trompé par les habitudes studieuses de l'Allemagne, 'par ridéalisme de ses philosophes, et la sentimentalité de ses poètes, nous avions fait de ce pays une sorte de contrée idyllique où s'étaient réfugiées bien des vertus que ne possédait plus la France : la pureté, la candeur, le noble dédain des intérêts matériels. Le livre de Mme de Staël, peu récent, il est vrai, avait contribué à cette illusion. La guerre de 1870 nous montre l'Allemagne sous un aspect tout nouveau.
Ce pays de la spéculation transcendante nous apparaît comme singulièrement pratique. Jamais aucun peuple n'avait poussé aussi loin l'esprit d'ordre et de calcul et la puissance d'organisation. La discipline est incomparable, de Tavis de tous. Dans les combinaisons stratégi-