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LE DISCIPLE REPRIT COKXAISSAN'CE SOUS UN POING RUDE QUI LE FRAPPAIT

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— Non, soupirait André, je n'ai point le cœur au plaisir...

— Bah ! essayez toujours.

— Je ne saurais que dire! Les paroles d'amour se glacent sur mes lèvres...

— On vous en aimera davantage, beau dédaigneux!

— Ne vaut-il pas mieux aimer que d'être aimé?...

— Penh !... Voilà de bien grands mots pour peu de chose!... Une heure de douce étreinte n'engage à rien. On boit à la coupe de chair comme à la coupe de cristal, un peu d'amontillado quand on a soif, et l'on s'endort sans regret.

« Il n'est point question ici de sentiment, et les petites aux seins roidis, qui vous offrent le vin d'amour, ne désirent point que vous leur donniez votre âme en échange. Elles n'en sauraient que faire, les pauvres!

— Je crois, ami, que vous vous trompez. La femme demande encore plus de tendresses que de caresses, et son rire est toujours près des pleurs.

— Poète, va!

— Peut-être... et plus encore aujourd'hui qu'hier, parce que je suis plus malheureux!

Pascal haussait les épaules.

■ — Retourne donc auprès de ta Fiamette!

— Non. Je ne veux pas, je ne peux pas!

— Parce que tu l'aimes trop. Quand je te disais que l'amour ne fait faire que des bêtises!

Les travées de la grande salle du Moulin-Bleu avaient été converties en loges décorées de façon bizarre et charmante. Les femmes sortaient des gerbes fleuries, montraient un coin de leur nudité et les corolles des roses se mêlaient aux corolles des seins appelant les papillons du baiser.

A minuit s'organisait le cortège où se trouvaient représentées: la Gaule, l'Egypte, l'Inde, l'Assyrie, la Perse, la Phénicie, etc. Les temps préhistoriques étaient rendus avec une heureuse abondance d'imagination, une fantaisie ironique ou attendrie toujours inattendue.

Il y avait là des bûchers hindous, entourés de bayadères aux langoutis de gaze, de pleureuses tragiques, de brahmes sacrificateurs.

Des maisons égyptiennes, des bateaux de fleurs, des guinguettes galantes, des palais byzantins, des grottes préhistoriques offraient des femmes de toutes les couleurs, également vendeuses de volupté.

Le Moloch de Salammbô se dressait dans un coin, gigantesque, terrifiant, et des bruits légers de baisers partaient des niches où les dieux de carton levaient leurs bras meurtris. Les prêtresses d'amour, toujours prêtes aux doux sacrifices, n'avaient d'ailleurs que leurs joyaux à déranger pour offrir leur chair aux caresses.

Un jeune homme, d'une beauté presque surnaturelle, conduisait le taureau phénicien, et les filles de' joie lui jetaient des fleurs, mendiant un re-

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garcl de ses yeux de velours fauve.

André ne pouvait s'empêcher d'admirer l'arrangement harmonieux de toutes choses, et si l'amoureux souffrait toujours, l'artiste, épris de belles formes et de beaux décors, éprouvait un secret contentement. Il ne l'avouait pas, pourtant, redoutant le sourire sceptique de Pascal, ses consolations un peu humihantes d'homme blasé sur les promesses et les déceptions du cœur.

— Vois-tu, disait l'artiste, celui qui aime est semblable au supplicié qui tourne sur cette roue. Chaque tour prévu ramène !es mêmes tortures. L'amour est toujours pareil à lui-même, et il ne pardonne pas à ses victimes!

Il montrait, sur un char précédé de barbares, vêtus de peaux de bêtes, une énorme roue, armée de lames d'acier

pour déchiqueter les corps. Tout autour gémissaient les condamnés chargés de chaînes. Deux souples jeunes filles agitaient, dans les flammes, les boucles de leurs chevelures, et des têtes de vierges, fraîchement coupées, ouvraient au bout des piques d'or leurs yeux langoureux. Un Bouddha, à cheval sur une grenouille, terminait le cortège.

Pascal avait entraîné André au souper. Installé à côté d'une mignonne fillette d'une quinzaine d'années, il s'était effroyablement grisé, et ne savait de quelle façon il était rentré chez lui. Un doux son de voix seulement lui restait dans l'oreille, et il avait retrouvé, dans une poche de sa défroque carnavalesque, un pavot rouge semblable à celui que la petite portait dans ses cheveux.

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