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JE PRENAIS MES REPAS DANS UN PETIT RESTAURANT DE LA RUE SAINT- JACQUES

SECRETS D'ÉTAT

et paresseux, qu'une riche famille de snobs lançait de force dans le journalisme mondain.

Chaque mois, mon élève me remettait dix louis sur les trois cents francs que sa mère lui allouait pour ses leçons. Je lui libellais un reçu de trois cents francs qu'il montrait à sa famille. J'avais commencé, par un scrupule de conscience un peu hypocrite, par exiger qu'il vînt chez moi trois ou quatre fois par semaine.

Les premiers jours, j'avais essayé consciencieusement Se lui donner une leçon, mais, devant son air rébarbatif, je pris le parti de lui lire à haute voix de bons auteurs, de façon à perfectionner son style. Je feignais de ne pas voir qu'il dormait, et je lisais pour moi, ce qui était assez agréable. Ainsi, je touchais une faible somme qui m'aidait à vivre, je me perfectionnais dans l'étude de nos classiques, et mon élève, tout en augmentant sa pension de cent francs, se reposait de ses nuits de fatigues. Jamais trois cents francs ne furent mieux employés.

Cependant j'aurais bien voulu trouver un autre emploi pour m'assurer une existence moins étroite. J'avais toujours avec moi quelque compagne à qui j'étais attaché par la faiblesse de l'habitude. Cent francs par mois, ce n'est pas lourd pour un garçon de vingt-six ans qui aime les femmes, et qui ne \'eut pas trop être aimé d'elles.

Je prenais mes repas dans un petit restaurant de la rue Saint-Jacques, où la pension coûtait cinquante francs par mois. La nourriture n'y était pas très bonne, mais je restais fidèle à cet établissement auquel me retenait — je dois le dire — un arriéré continuel. J'ai longtemps maudit cet arriéré... La Providence avait son idée. C'est, en effet, dans ce restaurant que je fis la connaissance d'un petit tailleur allemand...

Il se nommait Karl Merck, il était de Carlsruhe. Après avoir séjourné pendant trois ans dans le Bergensland, il était venu s'installer depuis quelque temps à Paris. J'avais horreur de cet homme, je détestais son empressement, ses amabilités, d'autant que je ne lui

accordais aucune importance sociale- Ce fut pourtant ce personnage négligeable qui fut l'aiguilleur de mon destin, et, de la voie de garage herbue où je végétais, me dirigea sur la grande ligne où passe le rapide, et qui va loin.

Il avait des relations avec un secrétaire de l'ambassade, chez qui sa sœur, je crois, était placée comme gouvernante. Le secrétaire, que son gouvernement avait chargé de chercher un jeune Français pour tenir là-bas un emploi de confiance, s'était adressé à lui, à tout hasard, faute sans doute d'avoir des relations suffisantes en dehors du ministère français des Affaires étrangères, à qui il valait mieux ne rien demander.

On leur aurait envoyé quelqu'un qu'ils auraient été forcés de garder, même s'ils avaient été mécontents de ses services, ou s'ils n'avaient pas été tout à fait sûrs de sa loyauté.

J'allai donc un matin en compagnie de Karl Merck à l'ambassade du Bergensland. Je m'efforçais de n'être pas trop aimable avec le tailleur, afin de ne pas trop m'apercevoir du contraste de mon attitude actuelle avec ma froideur passée.

C'était très gênant de marcher dans la rue avec lui, parce qu'il était extraordinairement petit, et qu'il avait la manie de se mettre toujours au pas. Je me souviens que, pendant tout ce trajet, je fis mon possible, sans en avoir l'air, pour contrarier cette manie...

Nous arrivâmes à l'ambassade, et sur un mot que tendit Karl Merck au domestique, on nous introduisit auprès du secrétaire, qui me fit subir un petit inten-ogatoire sur ma famille, et sur mon instruction. Puis il m'accompagna chez « le patron ».

Je me trouvai en présence d'un homme très grand, complètement rasé, qui ressemblait à un énorme garçonnet. Le secrétaire lui répéta tous les renseignements sur moi-même que je lui avais fournis. Le grand petit garçon répétait sans cesse : « Oui, oui, » en hochant la tête avec nonchalance.

— Eh bien! dit-il, d'une voix condescendante et fatiguée, qu'on lui donne

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trois. Oui, oui! faites-lui donner trois... Monsieur Hiunbert, me dit-il, trois mille francs je vous fais remettre... Ceci, pour les frais de votre départ... Puis il se leva, et alla, sans mot dire, appuyer son front, contre la vitre de la haute croisée.

L'ambassade était installée dans un

pas un caractère secret... Non, nonmais cependant, bien évidemment, monsieur Humbert, il vaudrait mieux, en tout cas, ne pas parler à droite et à gauche...

Chaque fois qu'il disait : monsieur Humbert, il aspirait fortement Y H, sans

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