‹ Folie d'opiumChapitre 33 sur 129 · J'ACHETAI UNE ÉPÉE QU'UN GAR.,ON ME VENDIT · texte numérisé non relu

J'ACHETAI UNE ÉPÉE QU'UN GAR.,ON ME VENDIT

vieil hôtel du faubourg Saint-German.

Les pièces étaient très hautes et très austères. Quand l'ambassadeur fut resté quelques instants à la fenêtre, il revint, reprit place derrière son grand bureau, inclina la tête, les yeux fermés, en faisant la grimace comme quelqu'un qui souffre des dents pendant son sommeil ; pms il me regarda, les \-eux brusquement grands ouverts :

— Cette mission que \'ous avez n'a

qu'on pût voir si c'était par mépris ou par poUtesse.

Puis il se mit à échanger quelques mots avec le secrétaire, qui lui donnait le titre de « prince ».

On me remit donc trois mille francs, sur lesquels je voulus laisser trois cents francs au petit tailleur, mais il n'accepta rien. Je ne sais pas s'il touchait quelque chose de l'ambassade, je ne le crois pas. Je suis persuadé qu'il agissait ainsi

SECRETS D'ÉTAT

par pure obligeance. Il aimait rendre des services aux gens.mais il était d'un physique tellement peu avenant qu'on ne lui en savait aucun gré.

Il y avait bien longtemps que je n'avais eu à ma disposition une somme aussi importante. A là vérité, mon chiffre de dettes était presque aussi élevé. ]\îais ces dettes criardes, aussitôt que je fus nanti de numéraire, cessèrent de crier comme par enchantement .

J'écrivis à mes créanciers des lettres posées, par lesquelles je les remettais paisiblement au semestre sui\'ant, pour un acompte. J'allai dans un grand magasin, où j'achetai du linge, des habits et des chaussures, afin de faire bonne figure à la Cour. Je trouvai au rayon de costumes d'homme jusqu'à une culotte courte en di'ap blanc poux la tenue de gala.

Le secrétaire d'ambassade m'avait bien recommandé ce détail. Et j'achetai dans un café de la rue de Vaugirard une épée qu'un garçon me vendit. Il l'avait eue, je crois, d'un étudiant qui lui devait de l'argent, et il affirmait que c'était la propre épée d'un homme illustre dont le nom, à vrai dire, tel qu'il le prononçait, était inconnu, mais pouvait bien être celui, passablement altéré, de M. de Talleyrand.

Le tailleur me confia un petit livre où j'appris quelques rudiments de la langue du Bergensland, qui ressemblait d'ailleurs beaucoup à l'allemand.

Après avoir fait mes adieux à ma petite amie actuelle, qui travaillait dans les modes, et lui a\-oir remis une certaine somme, pas très importante d'ailleurs (quatre-vingts francs), je pris le Nord- Express, où mon voyage était paye.

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