‹ Folie d'opiumChapitre 67 sur 129 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

^^^I^^UAND j'essaie de me rendre IjK^? compte à distance de l'impres- >(^£^ sion que firent ces paroles, je crois me souvenir que j'avais la tête conrnie vide, et que ces mots : « le comte de Tolberg » résonnèrent en moi, sans que je pusse en saisir le sens. Je restai là, les yeux perdus et sans pensée, avec l'impression vague qu'il était arrivé un grand malheur.

— Qui est-ce qui aurait pu se douter de cela? répétait l'officier. On disait qu'il y avait entre les deux une rivalité de femme. Mais ce petit Tolberg est fou de s'en aller faire des choses pareilles. Sans compter que l'oncle n'est pas commode. Une histoire comme cela avec l'oncle, mais on y laisse sûrement sa tête...

Comment ? par quelle monstrueuse combinaison du hasard était-ce Tolberg qui s'était trouvé sur la route de Boern et non l'homme que, le matin, le sort avait désigné ?

Tolberg m'avait-il menti .^ Etait-ce lui dont le nom était sorti du chaj^au ?

Me l'avait-il caché pour ne pas m'alarmer, ou pour m'empêcher de le détourner de son projet ?

Mais non, ce n'était pas lui... Je revoyais très bien sa figure du matin... ce n'était pas celle d'un homme qui ment.

— Vous savez qu'il faut nous dépêcher, si nous ne voulons pas arriver trop tard chez la petite.

J'étais sur le point de m'excuser, de prétexter une fatigue subite, car j'avais besoin maintenant de me retrouver seul.

Mais le Lieutenant insista tellement que je l'accompagnai, peut-être parce que je craignais qu'il ne devinât mes terribles soucis. Et je me disais aussi depuis un instant que le lendemain il faudrait aller en personne, coûte que coûte, voir Tolberg. Le lieutenant ne venait-il pas de me

dire qu'il connaissait l'officier de garde ? C'était sans doute un mo\'en d'avoir un accès auprès du prisonnier...

Je tenais à voir Tolberg parce que je \'oulais tout lui dire. Il fallait qu'il sût de moi-m'me que c'était par ma faute qu'il avait été arrêté.

Ce n'était pas seulement chez moi un besoin éperdu de franchise : il ne fallait pas qu'un autre que moi lui révélât qui l'avait trahi. D'autant que moi, je pourrais plaider ma cause... Certes, j'étais un grand coupable, mais j'avais des circonstances atténuantes. Je n'avais pas trahi pour trahir ou parce que j'y avais un intérêt... Il fallait que Tolberg se rendit compte de tout cela au moment même où il serait mis au courant de ma trahison... Car, ces circonstances atténuantes, Tolberg ne pouvait les imaginer lui-même... On n'excuse un ami que si on a confiance en lui. Or, le fait de ma trahison devait lui faire perdi'e toute espèce de confiance...

Voilà ce que je me disais pendant que l'officier égayait notre route par toutes sortes de facéties, telles que de racler violemment avec son sabre les devantures des boutiques, ou de lancer des pierres dans les vitres des réverbères. Il accomplissait comme des rites ces plaisanteries consacrées. Il sonna au passage à quelques portes. Mais comme j'étais trop absorbe pour faire du succès à ces petites manifestations, il y renonça, et marcha sagement à mes côtés, en chantant toutefois un air en vogue pour entretenir sa gaîté et ne pas la laisser s'éteindre.

Nous avions pris quelques rues étroites du vieux Schoenburg, et nous arrivions sur la place, où était l'Alhambra. Elle était, cette petite place, toute changée, méconnaissable. maintenant que se trouvaient éteintes les brillantes giran-

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