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NOUS AVIONS PRIS QUELQUES RUES ÉTROITES DU VIEUX SCHŒNBURG

SECRETS D'ÉTAT

doles du café-concert. Les petites maisons voisines reprenaient leur âge et leur as])ect modeste.

— C'est par ici, dans la seconde rue, me dit l'officier. Vous voyez son nom sur l'affiche.

A côté de l'affiche du concert, se trouvaient les affiches particulières des différentes attractions. La chanteuse en question s'intitulait : Mam'selle Jane ; elle chantait en français, en allemand et en anglais... Cette promenade nocturne, vers des logis inconnus, ressemblait à un rêve. Je ne pensais plus à rien. Je suivais l'officier. Il frappait maintenant à des volets. Je ne m'étais pas arrêté, croyant à une nouvelle farce. Mais il paraît que nous étions aiTivés. Au bout d'un instant, une porte s'ouvrit, et la chanteuse elle-même nous fit entrer.

Elle avait gardé sa jupe courte, qu'elle mettait pour chanter ses chansons polyglottes, et danser des danses de différents pays. Il n'était pas aisé de dire à quelle nationalité elle pouvait appartenir. Et son âge, la couleur de ses cheveux étaient également assez difficiles à déterminer. Elle ne connaissait de la langue française que les paroles de ses chansons, et -je vis, d'après différents essais de conversation qu'elle tenta avec le lieutenant, qu'elle parlait très mal l'allemand et l'anglais. Elle finit par nous dire qu'elle était de New- York ; mais nous sentîmes que ce n'était pas absolument irrévocable.

Elle avait préparé du thé ; mais elle n'avait que deux tasses, et l'officier eut la faveur de boire dans la même tasse qu'elle. Je m'en consolai en pensant que ma tasse ne servirait qu'à moi.

Mam'selle Jane était venue s'asseoir sur les genoux de mon compagnon, qui riait d'un gros rire embarrassé, et la baisait sur ses cheveux blonds ou roux, de provenance incertaine. Au bout d'un instant, il voulut par politesse qu'elle vînt s'asseoir aussi sur moi, et je dus m'appliquer à ne pas donner trop d'énergie à mon geste de dénégation.

Je ne sais pas ce que cet officier, dans son for intérieur, pensait de Mam'selle

Jane, mais il sentait bien qu'elle ne me plaisait pas outre mesure, et son impression personnelle en fut influencée. Cinq minutes se passèrent dans le silence et dans l'indécision, pour savoir dans quelle langue on allait prendre congé. .

Quand nous sortîmes de là, le lieutenant commença à se moquer de cette chanteuse; ce qui me déplut un peu, bien qu'à ce moment je fusse assez loin de ce qu'il me disait. Il semblait qu'il voulût rompre toute attache avec cette femme, et ne pas garder vis-à-vis d'un « Parisien >; la responsabilité d'une telle présentation.

Quand il m'eût reconduit jusqu'à ma.

porte, il ne me quitta pas avant que nous ayons pris jour poui souper avec des amies à lui.

Je compris qu'il allait remuer ciel et ten-e pour m'amener de jolies personnes, afin d'effacer de mon esprit la fâcheuseimpression qu'y avait laissée sans doute cette chanteuse de l'Alhambra.

En traversant la cour du palais, je pensais à ce que serait ma journée du lendemain. Mais j'étais un peu soulagé par la résolution que j'avais prise d'aller trouver Tolberg, et de lui raconter tout ce qui s'était passé. Je pensais avec plus d'appréhension à ce qu'il faudrait dire à Bertha : si Tolberg était homme à me pardonner, malgré la faute que j'avais commise, je savais bien qu'il n'y avait aucune miséricorde à attendre de la jeune femme. J'avais perdu son amant; j'étais un être exécrable, que rien à ses yeux ne pourrait absoudre... Soudain, je pensai au pli que Tolberg m'avait confié... Etais-je encore qualifié pour en prendre connaissance ? A qui pourrais-je rendi'e ce dépôt ? Pourrais-je le faire parvenir à Tolberg ? Il ne m'avait pas autorisé à le remettre à Bertha. Le mieux était d'attendre d'avoir vu le prisonnier, et de lui demander à lui-même ce qu'il fallait faire de cette lettre.

Oui, mais le jeune homme n'avait-il pas spécifié que je devais ouvrir l'enveloppe s'il lui arrivait malheur ce soir-là ? Ces instructions concernaient peut-être des mesures à prendre sans retard. Il me semblait que j'obéissais mieux à la

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\-olonté de mon ami, en m'assurant dès le soir même de ce que pouvait contenir cette envelopi^e.

Je ne veux pas par sévérité chercher à

Aussitôt que j'eus décidé d'ouvrir la lettre, je montai à ma chambre avec une certaine hâte. Je m? dépêchai, une fois entré, d'allumer ma bougie et j'allai

l'armoire avait ETE OUVERTE.

ma conduite des motifs trop bas, mais je crois bien que dans cette lutte d'arguments, ma curiosité intervint discrètement, et, sans avoir l'air, fît pencher la balance.

jusqu'à mon armoire où j'avais enfermé mon coffret. J'eus une commotion de surprise : l'armoire avait été ouverte, le petit coffret avait été brisé, la lettre de Tolberg ne s'y trouvait 'plus...

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