M. PLANCHUT DE LA BROSSETTE, AERONAUTE
C'est seulement vers la quarantaine que M. Planchut de la Brossette, appelé familièrement le « père »
Planchut dans les clans de la nacelle, s'était consacré à la vie des airs.
Fils et petit-neveu des amiraux La Brossette, il avait, marin de carrière, sillonné le monde un peu en tous sens, conquis avec éclat le grade de capitaine, au Tonkin, puis, pour épouser la fille d'un opulent annateur antillais, donné sa démission; car Mlle Jeannine de Noirfeuille voulait habiter Paris et n'aimait pas les voyages.
Fort épris de sa femme, jolie personne indolente et calme, M. de la Brossette apportait à cette dernière le sacrifice d'un métier chéri. Toutefois, il lui fallait un dérivatif à ses aspirations d'aventure. Par hasard il songea aux ballons. Une fortune assez belle lui facilitait les expériences et, très rapidement, il s'était acquis un renom de maître pilote.
Mme de la Brossette ne partageait pas davantage ce nouveau goût de son mari; elle se consolait en allant au bal; car cette créole, qui passait
IL REPARTAIT DANS l'aTMOSPHÈRE, CHARGÉ d'uN FARDEAU, QU'iL SE SEKTAIT DÉJa' PLLS' CHER
QUE l'existence (p. 8).
^ UN AVIATEUR
UNE ÉCHELLE SE TROUVAIT APPLIQUEE CONTRE LE MUR DE LA MAISON (p. 8)
des journées alanguie sur sa chaise longue, recelait un incroyable potentiel de force dansante, qui lui permettait de tournoyer tout un soir, sans fatigue comme sans arrêt, aux rythmes des valses, par les salons.
On ne sait pas si, suivant un dire connu, c'est ce qui l'a tuée. Toujours se trouve-t-il que, resté veuf de bonne heure, M-f de la Brossette s'adonna avec une recrudescence de ferveur à un sport qui le passionnait maintenant plus que celui de la mer et qui lui procurait un oubli varié, certain. Et, depuis quelques années, dans le même temps qu'il accompHssait de multiples exploits en « sphérique », il s'était attelé résolument au problème des dirigeables et des aéroplanes.
* * Le père Planchut, outre une grande
réputation de praticien — de théoricien aussi, à l'esprit * délié par l'usage des mathématiques — tenait celle d'être ce qu'on nomme un original, c'est-à-dire, en langage courant, un monsieur qui montre, soit dans sa vie, soit dans son langage, quelque répugnance aux lieux communs, et qui aime tout particulièrement penser par lui-même.
Chacun s'accordait, d'ailleurs, pour reconnaître en lui le meilleur des êtres, un bourru très bienfaisant.
Mme de la Brossette lui avait laissé une fille, âgée de dix ans, gamine brune et vive, aux yeux noirs, et qui semblait surtout tenir du papa.
Il eût aimé la garder auprès de lui; mais, avec son verbe aussi haut que son teint l'était en couleur, il se sentait mal outillé et trop fruste pour présider à l'éducation d'une fillette: et il la confia, pour lors, à des parents de sa femme, le ménage Noîrfeuille, gens du meilleur aloi, le mari ancien ingénieur des mines, et gros financier, elle, Parisienne aimable et distinguée. Dépourvus de progéniture, ils envisagèrent très vite la jeune Nicole comme leur propre enfant.
M. de la Brossette n'eut à Paris qu'un pied-à-terre, acheta près de Maisons-Laffitte une propriété oii il installa, selon ses vues, un parc aé-
LA COUKSE. d'abord, AVAIT ÉTÉ RECTILIGNE ET DÉLICIEUSE (P. 8).
rostatique. Au mois d'août, les Noirfeuille, avec Nicole, venaient passer quelques semaines au Castel.
Ce fut là que, le dimanche qui suivit cette providentielle rencontre, déjeuna Gilles Lebrisard; au surplus, dès la première ascension il manifesta des aptitudes évidentes, et il fut pris en amitié par le père Planchut, dont il devint l'intime.
Dès lors, ayant, cahin-caha, passé son bachot, il nourrit l'intention déterminée de borner son existence à seconder ce maître.
^ UN AVIATEUR
tendait pas ainsi, d'autant que les Lebrisard, éplorés à l'idée d'un fils qui ne serait « rien » (aéronaute, ça n'a jamais constitué un diplôme ! opinait le bien-disant M. Le- ,,<; s^^ brisard), avaient fait au-
\ ^ près de lui une démar-
\g»|^ che clandestine pour le ^aB^ prier d'appliquer son ^H^^ influence — ils la sa- ■v f^ valent toute - puissante
— sur le jeune indiscipliné.
Aussi lorsqu'à la question :
— Et maintenant, qu'est-ce que tu comptes bricoler?
Gilles, avec sérénité, eut répondu:
— Mais vous aider, si vous voulez bien le permettre !
M. de la Brossette se récria, sévèrement:
— Oui-là, et les études! Il faut choisir un état, fiston!
— C'est que l'idée de me voir enfenné dans une boîte ne me sourit guère ! *"
— Tu ne prétends pas, jeune homme, changer le cours des choses. Le temps où nous vivons exige qu'on soit instruit...
— Cependant...
— Pas de cependant!
Il en fut ainsi décidé. Gilles Lebrisard préparerait Centrale, tout en continuant à travailler avec M. de la Brossette, lequel «sortit» vers cette époque son fameux dirigeable
Mais M, de la Brossette ne l'en- n° 3.
^ Uy AVIATEUIi ^