SCENE X
Les Mêmes , ELISE dans son premier costume.
DEPREVAL.
Tu le veux; il le faut.
£ lise gagne sa porte pour feindre de sortir de chez elle.
fierville V apercevant , à part.
Elise nous écoute ; Ne ménageons plus rien... Un tel parti me coûte ; Mais tu n'as pas voulu te rendre à mes raisons. J'adore Elise ; hé bien ! nous la disputerons.
Jls veulent sortir.
élise les arrêtant.
Qu'entends-je ? Quoi ! Messieurs...
depreval, interdit.
Madame...
élise, gaîment.
Une querelle!
fierville , avec tranquillité.
Madame , nous allons où l'honneur nous appelle. Ne pouvant tous les deux espérer d'être à vous, Nous nous bâtions ; l'un meurt , et l'autre est votre époux : « Des chevaliers français tel est le caractère ! »
e'lise.
Y pensez-vous , Messieurs?
TIERVILLE.
L'idée est singulière,
J'en conviens : mes conseils n'ont pu vaincre un ami ;
Il faudra se résoudre à ce dernier parti ,
Ou qu'un de nous consente à faire un sacrifice.
Madame , soyez donc notre médiatrice :
Un mot, si vous voulez, peut nous mettre d'accord.
Pour moi , sans murmurer je subirai mon sort;
Si votre bouche même à l'instant le prononce.
Depréval en silence attend votre réponse.
"\ ovez , souffrirez-vous que deux tendres amis
Egarés par l'Amour soient par lui désunis?
élise , sérieusement.
Est-ce à moi de juger , Messieurs, votre querelle ?
FIER VILLE
Depréval , allons donc où l'honneur nous appelle.
depre'val.
Vous me voyez , Madame , humilié , confus...
fierville , à Elise.
Depréval meurt d'amour... (Aparté), quoiqu'on n'en meure plus.
Élise , à Depréval.
Exposez vos raisons , Monsieur le philosophe. On dit que vous m'aimez ?
FIERVILLE
Réponds à l'apostrophe.
depréval, embarrassé.
Comment parler?
FIERVILLE
Surtout garde-toi de mentir,
ÉLISE
Est-ce une faute enfin dont il faille rougir?
FIERVILLE
Je ne rougis point moi d'avouer ma tendresse.
DEPRÉVAL.
Je ne dois plus alors vous cacher ma faiblesse.
eierville , à parf.
Moi je trouve ce mot fort bien imaginé.
ÉLISE
A le dire , Monsieur s'est donc déterminé ?
depreval , à Elise.
Votre ame généreuse a détruit mon système : Ce vieillard , ces enfants dont l'indigence extrême.
élise.
Comment donc ?
FIERVILLE
11 sait tout.
DEPREVAL.
Fierville...
FIERVILLE
J'ai tout dit'
DEPREVAL.
Air : Du Vaudeville de Florian.
Oui . vous avez fixé mon cœur :
Esprit, attraits , grâce piquante , A ous aviez tout; mais par malheur Vous n'étiez alors que charmante.
La bonté \ ant bien la beauté ; Cesi elle que mon coeur réclame:
A vos yeux j'aurais résisté; Comment résister à votre ame ?
Élise, rappelant les paroles de Depreval.
« La dissipation un moment nous séduit:
» Pensez-vous qu'au bonheur elle seule suffise? »
deprÉval , étonné.
Ernestine...
élise , gaiment.
Monsieur , n'était autre qu'Elise.
,V©us pouvez maintenant aspirer à ma main.
tterville , en confidence.
Avec elle tu peux te marier demain.
DEPREVAL.
Est-ce un songe?
ELISE
Une fois votre tendre compagne , Nous passerons l'été pour vous à la campagne, Et l'hiver à Paris pour moi : par cet accord Chacun, de ses plaisirs pourra jouir encor.
F1ERV1LLE.
La raison , la folie étaient fort mal ensemble ;
Mais quand le no^ud d'hymen aujourd'hui les rassemble,-
Sur une paix durable on a droit de compter.
DEPREVAL.
Oui, leur bonheur sera de ne plus se quitter. VAUDEVILLE.
ÉLISE
Air : de Doche.
Heureux qui dans la vie ,
Changeant souvent de ton,
Fait penser la Folie
Et rire la raison.
DEPREVAL.
Raison , ton flambeau qu'on doit craindre Guide l'homme trop peu d'instants :
Jeune , l'Amour cherche à l'éteindre ; Vieux , il est éteint par le Temps.
ENSEMBLE
Heureux qui dans la vie , etc.
FIERVILLE
Lorsque l'on voit femme jolie De l'Amour on suit la leçon, Et l'on fait preuve de folie Eu ne perdant pas la raison.
ENSEMBLE
Heureux qui dans la vie , etc.
Élise , au public.
Le Vaudeville qui se pique De fronder nos folles erreurs,
Veut , pour faire nimer la criti(pi«, Gaîoied la cacher sous des fleurs.
Daignez, je voua supplie, Approuvant sa leçon , Permettre à la Folie, De vous parler raison.
ENSEMBLE
Daignez, je vous supplie, eu*