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CHAPITRE VII La Mueraquitan. — Porte-bonheur

Le rio Jamundà est Tun des plus beaux affluents de T Amazone. Parsemé de lacs, séparés les uns des autres par une légère étendue de terres verdoyantes, il semble parfois plus imposant même que le souverain auquel il apporte le tribut de ses eaux à travers des méandres inextricables. Des collines, hautes comme des montagnes ou à peine élevées comme un morne, mais toujours gracieusement découpées, encaissent ce réseau de lacs d'eau douce. Sur les plages au sable fin et uni, le guarà* aux plumes roses se promène à côté du magoary ^' élancé et du grave marabout ^. Aux arbres de la forêt riveraine pendent, comme de longs sacs, les nids artistiques du japyim ^ jaune et noir ; et, au loin, rompant le silence de ces solitudes solennelles, le singe hurleur jette son cri plaintif.

* Ibis Rubra.

2 Ciconia magoari.

3 Mycleria Americana,

4 GeDre Cassicus,

C'est près des sources du Jamundà que la tradition place le séjour des Amazones fabuleuses. C'est là qu'elles vivaient deux à deux, sans commerce permanent et avoué avec les hommes.

A certaines époques de Tannée, les Amazones célébraient le souvenir de leur victoire sur les hommes. Elles se préparaient à cette commémoration glorieuse par une purification symbolique. Le jour de la fête venu, elles descendaient de leur colline et arrivaient en bandes aux bords d'un lac charmant entre tous, le lac Yaci-uarua, le miroir de la lune. Là, pendant la nuit, alors que la lune reflétait sa douce lumière sur le miroir argenté du lac, les Amazones plongeaient leurs corps bruns dans les eaux lustrales. Puis, purifiées par ce bain traditionnel, elles invoquaient la mère delà mueraquitan, de la pierre verte comme la forêt voisine, et celle-ci, débonnaire, daignait leur apparaître dans ce sabbat nocturne. La fée mystérieuse remettait à chacune des suppliantes purifiées une pierre verte — la mueraquitan — portant des dessins symboliques et ayant la forme que l'Amazone préférait K

L'Indienne emportait son talisman, qui, exposé

' Oasait que ces pierres vertes, nommées « pierres des Amazones », étaient portées suspendues au cou par les Indiennes de quelques tribus' de TAmazone; ces amulettes^ sur lesquelles on a beancoup disserté, se retrouvent encore, de plus en plus rares, il est vrai, chez quelques vieilles descendantes de ces Indiennes.

à la lumière du soleil, aux rayons de la mère du jour [uaraci), durcissait et gardait sa forme définitive que rien n'aurait pu changer.

Ce talisman magique, elle ne le voulait pas pour elle. C'était le cadeau qu'elle réservait à rindien qu'elle recevait chaque année, à une époque déterminée.

L'Indien emportait, suspendue à son cou, cette « pierre des Amazones » , que l'on trouve encore aujourd'hui chez quelques-uns d'entre eux. Elle le préservait des maléfices et lui assurait le bonheur dans ses entreprises.

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