CHAPITRE X
Tamandaré, le IVoé indien. — Le Délugre.
Ce fut il y a longtemps, bien longtemps de cela *. Les eaux tombèrent et commencèrent à couvrir la terre. Les hommes montèrent au haut des montagnes ; un seul resta sur la plaine avec sa femme. C'était Tamandaré ^, fort parmi les forts ; il savait plus que toui le monde. Dieu lui parlait pendant la nuit, et, le jour, il enseignait aux enfants de la tribu ce qu'il avait appris du ciel.
Lorsque tous montèrent aux montagnes, il dit : « Restez avec moi, faites comme moi et laissez venir Teau. »
Les autres ne Técoutèrent point ; ils s'en allèrent sur les hauteurs, et le laissèrent seul, sur la plaine, avec sa compagne qui ne l'abandonna pas.
Tamandaré prit sa femme dans ses bras et monta avec elle au bourgeon du palmier. Il y attendit que l'eau vînt et qu'elle passât. Le palmier produisait des fruits qui leur servaient de nourriture.
L'eau vint, monta, monta toujours ; le soleil s'y plongea et reparut une, deux et trois fois. La terre disparut ; l'arbre disparut ; la montagne disparut.
1 Guarany^ par José do Âlencar, 4* édition; Rio, 1868, 2 vol., p. 321.
< TamaDdaré, dit José de ÂleDcar, est le nom du Noé indigène. La tradition raconte qu'au moment du déluge, il avait échappé dans le bourgeon d'un palmier, et qu'après il avait peuplé la terre.
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L'eau toucha au ciel, et Dieu ordonna alors qu'elle s'iarrétât. Le soleil en regardant n'aperçut que le ciel et l'eau, et, entre le ciel et Teau, le palmier flottait emportant Tamandaré et sa compagne.
Le courant creusa la terre ; en creusant la terre, il arracha le palmier; en arrachant le palmier, il remonta avec celui-ci ; il remonta au-dessus delà vallée, au-dessus de Farbre, au-dessus de la montagne.
Tous périrent. L'eau toucha au ciel pendant trois soleils et trois nuits ; puis elle baissa, elle baissa jusqu'à ce que la terre restât découverte.
Lorsque le jour parut, Tamandaré vit que le palmier était planté au milieu de la plaine, et il entendit le guanumhy ^,le petit oiseau du ciel, qui battait des ailes.
Il descendit alors avec sa compagne et il repeupla la terre.
' Selon la traditioD des Indiens, dit José de Âlencar, le colibri, qu'ils connaissaient sous le nom de guanumby^ apportait de Tautre inonda les âmes et les y reconduisait.