‹ Folk-lore brésilienChapitre 52 sur 77 · l'once, le cerf et le singe · texte numérisé non relu

l'once, le cerf et le singe

Une fois, l'amie Once invita l'ami* Cerf à aller boire du lait chez un camarade. L'ami Cerf accepta. En chemin, il fallait passer une petite rivière ; l'Once trompa le Cerf, en lui disant de ne pas avoir peur, car la rivière était peu profonde. Le Cerf s'y jeta, et un peu plus il s'y noyait. L'Once, elle, choisit un endroit peu profond, et traversa sans encombre.

Ils poursuivirent leur chemin, et rencontrèrent des bananiers. L'Once dit au Cerf: « Ami Cerf, allons manger des bananes ; grimpez, vous mangerez les vertes, ce sont les meilleures, et vous me jetterez les jaunes. » Le Cerf suivit le conseil; il n'en put manger aucune, tandis que l'Once se remplit le ventre. Ils suivirent leur route et rencontrèrent des travailleurs dans un champ. L'Once dit au Cerf : — « Ami Cerf, quand on passe près

de ces gens-là on dçit dire : « Le diable emporte ceux qui travaillent! » Le Cerf suivit le conseil ; il dit aux hommes la phrase que lui avait enseignée l'Once ; les travailleurs lâchèrent leurs chiens contre lui, et il faillit y laisser la peau. L'Once en passant près des hommes, leur dit : « Que Dieu aide qui travaille. » Les hommes en furent flattés et la laissèrent passer tranquille.

Plus loin, ils trouvèrent un serpent corail ^ et TOnce dit: — «Ami Cerf, regardez quel beau bracelet cela ferait pour votre fille! » Le Cerf voulut prendre le serpent qui le mordit, et, comme il se plaignait à TOnce, celleci lui répondît : — « Est-ce de ma faute si vous êtes un

iBOt? »

Enfin, ils arrivèrent chez le camarade de TOnce. Il était tard, on alla se coucher. Le Cerf dressa son hamac dans un coin et se mit à dormir. Pendant la nuit, TOnce se leva tout doucement, sur la pointe des pieds, ouvrit la porte, s'en alla à i'étable des brebis, saigna une des plus grasses, prit son san^ dans une calebasse, en mangea la chair, revint à la maison, jeta le sang de la calebasse sur le Cerf pour le salir, et alla se recoucher.

Le matin venu, le maître de la maison se leva, alla à rétable et s'aperçut qu*il lui manquait une brebis. Il alla s'en informer auprès de l'Once, qui lui répondit : « Moi, mon compère ! Jamais de la vie ! Voyez, je suis

toute propre à moins que ce ne soit l'ami Cerf. »

L'homme alla au hamac du Cerf et le trouvant tout couvert de sang: « Ah ! c'est vous, espèce de voleur ! » Et il lui administra une volée de coups jusqu'à ce qu'il le tuât. L'Once se régala de lait et s'en alla tranquille.

Au bout de quelque temps, elle demanda au Singe de lui prêter son manteau, et l'invita par la même occa-

* Coluber Corallinus.

218 FOUt-LGiaS BRÉSILIEN

tsîon à aller chez le même compère. Le Singe accepta, et les voilà partis.

Arrivés près de la rivière, TOnce lui dit : « Ami Singe, la rivière n'est pas profonde, passez devant, et prenez par-là. » Le Singe lui répondit: « Est-ce que vous croyez que je suis comme le Cerf que vous avez trompé? Passez, devant si vous voulez, sans cela je rebrousse chemin. » L*Once dut prendre les devants.

Arrivés près du bananier, TOnce lui dit : « Ami Singe, allons manger des bananes : vous mangerez les vertes, ce sont les meilleures, et vous me jetterez les jaunes. » Le Singe accepta, grimpa, mangea les bananes mûres et jeta les vertes à TOnce. Celle-ci, furieuse, lui disait : « Ami Singe, ami Singe, je vous mettrai les crocs dessus. » Le Singe lui répondait : « Je m'en vais, si vous commencez vos histoires. »

Poursuivant leur chemin, ils rencontrèrent les travailleurs, et rOnce dit : « Ami Singe, quand vous passerez près de ces hommes, si vous voulez leur faire plaisir, dites : le diable emporte qui travaille ! » Mais le Singe en passant, leur dit : « Que Dieu aide qui travaille ! » Les hommes en furent très flattés et le laissèrent passer. L'Once passa elle aussi.

Plus loin, ils aperçurent un serpent corail, et FOnce dit au Singe : « Quel joli collier pour votre fille I ramassez-le et emportez-le. » Le Singe répondit: « J'aime mieux vous le laisser. »

Enfin, ils arrivent chez le compère de l'Once et vont se coucher parce qu'il est déjà tard. Le Singe, pas bête, dressa son hamac très haut, se coucha et feignit de dormir. Bien plus tard dans la nuit, l'Once sortit sur la pointe des pieds, allaà l'étable des brebis, saigna la plus jolie de toutes, en mangea la chair, et prit une calebasse pleine de sang pour le jeter sur le Singe. Lui qui voyait

tout, donna un coup de pied à la calebasse, dont le contenu éclaboussa TOnce de la tête aux pieds.

Le matin venu, le maître de là maison alla à Tétable, s'aperçut qu'il lui manquait une brebis et dit : « Toutes les fois que cette maudite commère couche ici, il me manque toujours une béte. » Il revint chez lui et trouva le Singe déjà levé; celui-ci montra du doigt l'Once qui feignait de dormir. L'homme la vit toute couverte de sang et il s'écria : a Ahl c'est toi, diablesse! » Il lui tira un coup de fusil et l'abattit.

Le Singe se régalade lait et s'en retourna fort satisfait.

Page 1