‹ Folk-lore brésilienChapitre 71 sur 77 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'un, comme M. Gelso de Magalhâes, voit dans la légende des saubas^ une analogie avec les légendes de Faust et d'Ashavérus.

L'autre, comme M. B. Rodrigues, pense que la croyance à la vertu fatidique de TYrapassu est venue d'Allemagne et n*a fait que s'acclimater chez les Indiens catéchisés.

Un troisième, comme M. Hartt, va chercher la filiation de certains mythes encore plus loin.

Nous nous permettons de considérer toutes ces belles hypothèses comme peu fondées.

Déjà de son temps, Lord Byron disait àMedwin : « Je viens de lire les spécimens d'anciens poètes dramatiques, de Gh. Lamb. Je suis surpris de trouver" dans les extraits des anciens poètes dramatiques tant d'idées que je croyais m'appartenir exclusivement. Voici un passage de la duchesse de Malfi qui ressemble étonnamment à un morceau de Don Juan. . . Je ne connaissais pas ces extraits de Lamb, je les ai lus aujourd'hui pour la première fois. » Et Gothe disait, à son tour, à son ami Eckermann : « J'ai toujours été frappé de la manie de ces savants qui semblent croire que la poésie n est pas dans la vie, mais dans les livres. Ils sont toujours à dire: ceci vient delà, etcecivientd'ici! »

Ce qui est vrai pour la pensée individuelle, l'est encore davantage pour la pensée collective.

* Grandes fourmis du Brésil.

La plupart du temps, il faut donc rejeter l'idée de ces emprunts faits consciemment et volontairement à d'autres littératures populaires, tout en admettant la possibilité de certaines transmissions, qu'il est toujours facile, d'ailleurs, de signaler avec quelque probabilité.

Il est certain que l'humanité possède, pour ainsi dire, un fonds commun où chacun, sous quelque latitude que ce soit, puise à pleines mains.

Placés dans des milieux analogues, en butte à

des circonstances identiques, tous les peuples

rêvent de la même manière et donnent à leurs

rêves à peu près la même forme et une expression

sensiblement semblable.

« Je regardais cet homme avec étonnement — dit Salomon Azraël, l'ange de la mort, dans la parabole orientale, — j'avais reçu l'ordre de prendre son âme dans l'Inde, et je la trouve dans la Palestine ». Il en est ainsi parfois des légendes.

Oui, sans doute, il y a une migration de mythes, comme îl y a une migration d'oiseaux. Mais encore faut-il l'expliquer, et ne pas se fier à de simples ressemblances pour conclure à des importations, qui, le plus souvent, n'ont aucune réalité.

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