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CHAPITRE V

Conclusion : Les légendes sont locales, malgré l'apparenco contraire. — Exemple lire de la légende de la Yara. — La Yara amazonienne et la Lorelei rhénane. — Le fonds commun de l'humanité.

Une question se pose à la fin de cette étude : Ces croyances, ces mythes, ces légendes, toutes ces traditions que nous avons vues ensemble, sont-elles originales, locales, ou bien sont-elles importées, ont-elles été transmises ? — Dans le cours de ce travail, nous avons répondu à cette question. Il s'agit de condenser ces explications et de les faire valoir en quelques mots, au moyen d un exemple :

Tous ceux qui lisent la légende de la Yara de TAmazone se souviennent aussitôt de la Lorelei rhénane, que la muse de Henri Heine a immortalisée et que tout le monde sait par cœur :

« Je ne sais ce que veut dire cette tristesse qui m'accable; il y a un conte des anciens temps dont le souvenir m'obsède sans cesse.

« L*air est frais, la nuit tombe et le Rhin coule en silence; le sommet de la montagne brille des dernières clartés du couchant.

« La plus belle vierge est assise là-haut comme une

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apparition merveilleuse; sa parure d'or étincelle; elle peigne ses cheveux d'or.

« Elle peigne ses cheveux d'or avec un peigne d'or, et elle chante une chanson dont la mélodie est prestigieuse et terrible.

« Le marinier, dans sa petite barque, se sent pénétré d'une folle douleur; il ne voit pas les gouffres et les rochers; il ne voit que la belle vierge assise sur la montagne.

« Je crois que les vagues à la fin engloutissent et le marinier et la barque : c'est la Lorelei qui a fait cela avec son chant ^ . »

Après ravoir lue, on est convaincu que la légende amazonienne est empruntée au leid allemand.

Or, les travaux de M. le docteur Leimbach, rappelés par M. L. Ducros, ont démontré que la légende de la Lorelei des rochers de Bacharach a fait son apparition, pour la première fois, seuleseulement en 1801, dans un roman de Brentano, intitulé « Godwi ». D'un autre côté, j'ai entendu raconter la légende amazonienne, il y a trente ans, par des vieillards de l'Amazone, sans aucune instruction, qui eux-mêmes la tenaient de leurs aïeux.

Il en est ainsi de beaucoup d'autres légendes dont les Folk-loristes brésiliens s'évertuent à chercher l'origine sur les bords du Rhin.

* Henri Heine el son temps, par Louis Ducros, Paris, 1886.

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