‹ Folk-lore chinois moderneChapitre 4 sur 231 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Grandes lignes du systéme.

Le monde est gouverné par un Être Suprême, lequel est désigné, soit par les appellatits primitifs et classiques X T'iên Ciel ou 上 ff Chang-t{ Sublime Souverain, soit par le titre Æ À U-hoang Pur Auguste, lequel désigne le méme Être, par décret de l’empereur 57 Tchèanisoung, en l’an 1015.

ht

天 沉 Koäa-ti ou 天 公 Koän-koung, de son nom 6 74 Koäa-u, général malheureux du troisième siècle, est le mandataire sur la terre, une sorte de minis- (re plénipotentiaire, du Sublime Souve:

rain, depuis l’an 1594. Il est souvent appelé #7 Chéng-ti le Sage Empereur, ou À # Où-ti l'Empereur Guerrier.

Le Ciel, Sublime Souverain, Pur Auguste, sait par lui-même tout ce qui se passe sur la terre. Mais, en règle flénérale, il fait comme s’il ne savait pas, attend qu’il soit informé par voie admi- . blstrative, et répond par la même voie, eXactement comme fait l'empereur de la Chine. Ses ministres et officiers sont, de haut en bas, Koän-tl ministre général; puis les mandarins, gouverneurs prélets ou sous-prélets des villes, appelés 城 隐 tch'éng-hoang, génies des villes; puis le maire de chaque tiilage, appelé k l'où-ti, génie du lieu; enfin, dans chaque lamille, le Æ À tsûo-kiuon, génie du loy&. Organisation hiérarchique du

monde inférieur ÉÈ yiînn, absolument identique à celle du monde supérieur D yäng. Les tch'éng-hoang, et probablement aussi tous les autres officiers du monde inférieur, sont des hotnines défunts. Ils sont promus, cassés, sujets à toutes les vicissitudes de leurs congénères du monde supérieur, On parle partois de leurs épouses. Le temple du tch'éoghoang est pour les défunts de chaque district, ce que le prétoire du mandarin est pour Îles tivants du même district. Ces fonctionnaires infernanx ont à leur service des salellites, lesquels ne valeut pas plus cher que ceux du monde supérieur, Etc.

Dans le cas de crimes énormes, dont la sanction doit être connue des vivants pour les effrayer, le Ciel fait exécuter le criminel par & À Léi-koung le génie de la foudre. On représente ce génte avec une bouche en bec de perroquet. H a des ailes aux épaules, ou des roues aux pieds, D'une main il tient un marteau, de l'autre une sorte de gros clou, le carreau, qu’il lance d'un coup de son marteau. La plupart des textes ne parlent que d’un seul génie de la foudre, pour ie monde entier, et expliquent aiosi pourquoi la justice d'en haut est parlois st tardive. Il faut au génie de ia foudre, qui fait sa tournée, le temps d'arriver.

S'il ve trouve plus ie criminel en vie, it foudroie son tombeau. D'autres textes mettent de petits génies de la foudre à la disposition des tch'éng-hoang de haut grade, vice-rols et gouverneurs. ‘Tout comme les bourreaux oftigiels du gouvernement chinois,

vY

Le juge des enfers F] Æ Yèn-wang, vu les juges des enfers, lancent, par leurs satellites les #% ff chü-cheun, les man-

dats d'amener les âmes, à l'heure écrite

sur le livre du destin, Le destin est Île décret du Sublime Souverain, basé sur le bilan des existences précédentes. Les âmes sont jugées, punies, réincarnées.

11 y a, sur ce point capital, de nombreu-.

ses et importantes divergences. Les idées bouddhiques prédominent. Cela se comprend, les Contuciänistes ne disant rien

sur l'’outre-tombe, et les Taoïstes pas .

grand'chose. À noter, que ies juges infernaux traitent avec grand respect Îles défunts nobles ou lettrés. ‘Tous les mandarins du monde intérieur défèrent aux avis et aux ordres que leur donnent ceux du monde supérieur. Il y a communion et coopération entre les fonctionnaires des vivants el ceux des morts, les uns et les autres se rattachant au même Sublime

Souverain, de qui vient toute juridiction

sur les hommes.

NI

A l'heure de ia mort, un ou deux satellites infernaux exhibent au mourant leur mandat d'amener, el l'appréhendent.

On les représente parfois armés d’un croc, qui leur sert à extraire l'âme. 一 Sur la descente aux enfers, il y a deux versions principales. — Ou bien l’âme est conduite à l'Ouest, vers le Séu-tch'oan, ap-

pelé dans l'antiquité par mépris % 国

koëèl-kouo pays des barbares, terme dont la légende a fait depuis le pays des morts, Là se trouve la ville de ÉR #f Fong-touw, vestibule des enfers. — Ou bien l'âme traversant une tempête de poussière jaune qui l'aveugle (la couche tte iimon jaune qui constitue le sol de la Chine), arrive dans une région inférieure, absolument semblable au monde des vi- Vants. — Le trépas se passe sans peine ni

douleur, si bien que souvent l'âme ne s'en aperçoil pas.

T'ous ceux qui se suicident ou qui périssent de malemort, n'ayant pas été cités et n'étant pas conduits, ne peuvent pas trouver le chemin des enfers, et doivent errer provisoirement. Les cérémonfes bouddhiques pour faire arriver les âmes errantes à ia réincarnation, sont, le système étant admis, assez raisonnabies. Mais, dans le Lore moderne, les idées les pius incohérentes et les plus fantastiques règuent sur ce point. — Une chose est admise comme certaine par tous, sans qu'on puisse l'expliquer par aucune théorie, C'est que l'âme de tout suicidé, cherche à tuer ou à induire au suicide un autre homme. Si elle réussit, elle sera réincarnée, et l'autre âme errera à sa place. De ji la croyance généraie que tout lieu où quelqu'un s’est pendu ou noyé, est hanté et dangereux. 一 L'état des À koëèi âmes errantes, est à peu près celui des prêtas bouddhiques (TP page 363). Les âmes de ceux qui ont été tués, dites Æ yuän-koei, dénoncent leurs meurtriers aux juges, ou se vengent elles-mêmes sur eux, Ces âmes sont aussi parfois appelées 供 tch'äug.

Une catégorie spéciale d'êtres malfaisants, sont les 姑 性 yao-koai spectres plus puissants et plus adroits que les autres. de peuse qu’ils sont la forme chinoise des asuras bouddhiques (TP page 351). Les 14 D'A ie-tch'a, yakchas bouddhiques (TP page 865), jouent aussi un assez grand rôle dans la légende. — Les génies des monts, des fleuves, des forêts, sont appelés chénn, ou koëi, ou koûi, Le foik-lore moderne paraît les

classer plutôt dans cette dernière caté:

gôrle.

L'homme a deux àmes. Après la mott; l'âme supérieure ä% hoûan ou 种 chéan se dissipe, disent les Néo-tontfucianistes ; se réincarne, disent les Bouddhistes; s'en va Vivre dans le monde intérieur; disént les Taoïstés. Pratiquement, la réinéaf*nation, la mélempsycose, est admisé par tous, quoi qu'il en soit de leurs théories, et le peuple ne connaît que cela. Elle se fait, ou bien daus le f@tus à terme d’une lemme enceinte, le:

quel n’est informé, avant l'accouchement, que par une âme inférieure; ou bien * dansun cadavre encore frais d'homme ou de bête. L'âme peul aussi revenir à son

propre cadavre, tant que celui-ci n’est

pas décomposé, De sorte que la résurrection d’un mort, est, pour ies Chinois, une chose assez naturelle, et qui ne prouve pas grand’chose, — Une âme supérieure peut aussi se loger à temps dans le corps d’un homme vivant, possé»

der cet homme, parler par sa bouche, agir par ses mains, etc. — Quand l'âme supérieure a quitté le corps, l'âme intérieure É$ p'âl peut conserver celui-ci, durant un temps qui varie selon le degré de sa force, de sou énergie; puis elle s'éteint, et le corps tombe en poussière:

Quand l’âme intérieure, laquelle est dé= raisounable, est très forte, elle couserve le corps très longtemps, et s’en sert à

Ses fins. Ces corps informés seulement

par uue âme fnuférieure, qu’on appelle # F kiäog-cheu, sont d'afireux vampi=

res, stupides et féroces, qui tuent el dé-

vorent les hoinmes, violent les femmes, elc. Pour éviter ces inalheuts, tout cokps quine se décompose pas normalement après la mort, doit être incinêrêé. — Un #uelette décharné, un crâne, ut os quelconque, peuvent, du fait de l’Âtmeé iuté- | rieure qui y adhère encore, commettre,

après de longs siècles, ioute sorte de méchancetès. De là vient que les ossements sont redoutés, et éloignés des habitations. — Outre les deux âmes principales, il y a de petites âmes des divers viscères. Etc,

Durant le rève, hane supérieure sort du corps par la grande fontanelle au haut du crâne, et va fiâner. Les choses révées, sont ce qu'elle rencontre et éprouve durant sa flänerie, des réalités objectives vraies. Il est très difficile de persuader les Chinois de la subjectivité des songes, = ‘Tandis qu'elle fane dehors, l’âme supérieure peut être capturée, ou tellement effrayée qu'elle ne retrouve pas son corps. Dans ce cas, ou blen iane inférieure continue à faire vivre le corps, et l'homme reste dément; ou bien l'âme intérieure s'éteint, et le corps se décompose. — Certains indivi= dus peuvent aussi envoyer leur âme au loin, à volonté, dans l'état de veille, pour explorer, s'informer, etc:

Presque toujours l'âme supérieuté sortie du Corps, est représentée comme gardaut la tigure du corps, costume compris. L'ùme intérieure déraisonnablie restée dans le corps, est parfois repré:

sentée comme raisonnable. De IA les cas

‘ de doubles plus ou moins partaîits, 18

même individu dédoublè biloquait, agissant en deux lleux, conversant avec soi-même, etc. Ces histoires extraordinalres, sont au fond contraires à la thèorié de toutes les sectes, — Parfois l'âme supèrieure sortie du corps, appa:

raît sous une autre formé; mouche, grillon, etc.

Les morts conservent leurs amours et leurs haines. Iis se livrent aux occupations qu'ils añinafent de leur vivant, musique, danse, jeu, chasse. Les armées de jadis, se font encore la guerre. Aucune théorie n'explique ces choses. Rien de plus fantastique, que les scènes macabres du folk-lore chinois. Le tra le plus hideux, le plus éxploité, le plus rebattu, ee sont les rapporis sexuels entre morts et vivants.

XHH

Minuñt est l'heure des spectres. Le ehaut du coq et l’aube du jour les chassent tous. La présence d’honnêles gens suffit aussi parfois pour ies iaire déguer:pir. La tisane de gingembre fait revenir à eux les vivants qu'ils ont épouvantés.

MIV

Be même qu'une âme peut passer d'un corps dans un autre, de même une partie matérielle dun corps peut être substiiluée à la partie correspondanie d'un autre corps, une tête à une têle, un eœæur à un cœur. Gette croyance taoiïste est praliquement admise par tous.

La géomaneie,sous tontes ses formes, et avec toutes ses conséquences, est crue et pratiquée par tous. L'influx heureux d'un terrain faste,-est dérivésurles meimbres d'une famille, par ies éssements de leurs ancêtres enterrés dans ce terrain, ces ossements servant comm# de conducteurs. L'influx peut être capté à son pro- Hi, par celui qui enterre secrètément

dans le cimetière un os de l'un des siens. — L'astrologie est moins cultivée que jadis, mais elle a encore ses adeptes,

Page 1