‹ Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine (volume 2)Chapitre 14 sur 42 · Peur de tomber · texte numérisé non relu

Peur de tomber

— Eh ben ! elle dit comme ça : « Mon Dieu, Je n'jurerat pu, mon Dieu, je n'jurerai pu.

« Et une fa r'descendue sur la lande, elle va cor crier: (Cinq cent mille diables, que j'étais haut ! » è

Un tout petit garçon répliqua : — Mon père ne raconte pas ça de même, .

— Eh ben ! que dit-y? dirent les autres.

— Quand l’alouette est ben haut, elle chante:

(« Mon bon Dieu, laissez-ma passer,

Je n'hbairaï pu Car je n'veux pu bare, Mon bon Dieu, laissez-ma passer, Je n'bairatï pu pour me saouler. »

Et quand elle est descendue:

Le bon Dieu m’a laissé passer, Je batïrat cor, Je batrat cor.

Le bon Dieu m'a laissé passer, Je batratï cor Pour me saouler !

Un troisième ajouta: — S'avous c'que les coqs disent quand y chantent ?

— Je n'savons point.

— Le premier dit:

€ J'ai du grain dans mon grenier ! »

Le second :

€ J'en ai quand j'veux 1»

Un troisième, pauvre fire-misère enfermé dans une mue :

« V’z êtes ben heureux ! »

La Semaine du Paresseux

Lundi, mardi, fête, Mercredi, peut-être, Jeudi la Saint-Nicolas, Vendredi on ne travaille pas.

Samedi on se repose, Et le dimanche on ne fait rien.

Les enfants vont, au printemps, arracher dans les prairies des racines de Janottes. C'est une petite ombellifère que les savants appellent Carum denudatum.

Le tubercule de cette plante a la forme d’une petite truffe blanche. Il n’est pas désagréable au goût et les enfants le mangent cru, malgré la défense des mères qui prétendent que l'absorption de cette racine amène des poux dans les cheveux.

(Saint-Laurent, près Rennes.) * k %*

Quand les petits garçons affirment ou promettent quelque chose entre eux, ils s'entrelacent le petit doigt en disant :

Crochi, crocha, Le premier des deux qui mentira En enfer il ira.

Les enfants ont souvent dans leurs poches des cornes de cerf-volant (nom vulgaire du lucane). Ces cornes doivent leur porter chance et les faire gagner aux jeux.

Les mères envoient leurs petits garçons aux processions des Rogations qui ont lieu au mois de mai, dès cinq heures du matin. (Si vous n'y alliez pas, leur disent-elles, vous n’apprendriez pas de nids. »

Autrefois, dans les villages, lorsque les petits enfants étaient encore en robe, on reconnaissait les garçons à une mèche de leurs cheveux sortant par le haut de leurs bonnets, — dits à trois quartiers,-— qui enserrent la tête et s'attachent sous le menton avec des

filets.

On fait croire aux enfants qu'ils doivent porter dans leurs jardins une petite botte de foin pour la Mi-Carême, qui leur donnera en échange des bonbons et des jouets que l’on a soin de cacher dans les grands buis ou les lauriers.

On les engage à chercher, et lorsqu'ils les

découvrent, c'est un étonnement et une joie excessive.

A la fin du Carême, le jeudi saint au matin, les cloches partent pour Rome et ne reviennent que le samedi suivant.

Pendant leur absence, ce sont les enfants qui, soir et matin, parcourent les rues du bourg avec des clochettes de toutes grosseurs qu’ils appellent des faupanes. Ils les agitent avec force afin d'inviter les chrétiens à se rendre à l’église pour entendre la prière.

T4 On dit aux enfants que les cloches qui reviennent de Rome le samedi saint sèment des œufs rouges sur leur passage.

A cet effet, on cache çà et là, dans les jardins, des œufs durs qu'on a fait cuire avec des pelures d’oignons, ce qui leur donne une

teinte rouge. Les enfants les cherchent quand les cloches sont revenues.

La Coccinelle (Bête à bon Dieu).

Quand on s'empare d’une coccinelle. il faut la mettre à s'envoler ou la déposer sur l'écorce d’un arbre. Alors elle monte au ciel, devient un ange et garde votre place dans le Paradis.

Lorsqu'un enfant aperçoit un arc-en-ciel, il s’arrache un cheveu, l’allonge dans sa main gauche toute grande ouverte, crache au milieu et dit:

Arc-en-ciel brillant,

Par la grâce de Dieu, J'te coupe par le mitan (milieu).

Joignant le geste à la parole, il frappe du revers de la main droite au milieu de la salive qui vole en tous sens.

Après cela l’arc-en-ciel doit être coupé en.

deux.

(Bain-de-Bretagne.)

À Pleurtuit,sur la limite de l’Ille-et-Vilaine

et des Côtes-du-Nord, la formule de l'arc-enciel a une variante :

Lorsqu'un enfant aperçoit un arc-en-ciel, il en informe aussitôt un camarade qui, lui, ne doit pas lever les yeux au ciel. Au contraire, il s'arrange de façon à tourner le dos à l’arcen-ciel,et alors crache sur le dessus de sa main gauche, et avec la droite, tout en récitant les paroles ci-après, frappe alternativement à droite, à gauche, puis au milieu de la salive:

Arc-en-cié, arc-en-Cté,

Si tes ouées ! pass’nt dans mon blé, J'te coup'rai par la maitré ?, O mon faufillon* d'acté.

Quand un enfant perd une dent, on lui dit de la mettre derrière la porte pour faire péter les bonnes femmes qui entreront dans la maison.

Une personne du village de la Calvenais,

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